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CLOITRE DE L ABBAYE DE SAINTE-SCIIOLASTIQUE A SUBIACO

Fondée dans la vallée de la Puceja, à un mille environ au-dessous du Sacro speco, grotte habitée par saint Benoît lorsqu'il quitta Rome et vint se réfugier au milieu des gorges sauvages que creuse l'Anio, l'abbaye de Subiaco fut, dès l'année 528, dotée de biens considérables par les sénateurs Tertulus et Equitus, pères des deux plus jeunes disciples du pieux solitaire. Placée à l'origine sous l'invocation des saints Cosme et Damien, l'abbaye faisait partie des douze monastères construits aux environs de Subiaco et dirigés j)ar saint Benoît lui-même. Saint Honorât, successeur de saint Benoît dans l'administration de cette vaste communauté, fit élever, auprès de la petite chapelle dédiée aux saints Cosme et Damien, une basilique plus grande à laquelle il donna pour patrons saint Benoît et sainte Scholastique sa sœur. D'après une inscription gravée sur

le marbre, et conservée dans im des cloîtres, mie réédification presque complète du monastère eut lieu sous Tadministration de l'abbé Humbert, en 981 ; à cette occasion le pape Benoît VII vint à Subiaco et procéda à une nouvelle dédicace. Le vocable unique de Sainte- Scbolastique fut alors adopté, la grotte, première retraite de saint Benoît, ayant été depuis un siècle transformée en une église placée directement sous son invocation personnelle.

Au centre des hautes montagnes de la Sabine, à l'extrémité (Vune pittoresque vallée qu'arrose l'Anio, la \ille de Subiaco étage ses blanches maisons sur les flancs d'une roche isolée dont le^ château des papes occupe le sommet. De nombreux ])ontifes, au moyen âge, vinrent occuper la forteresse, attirés, non seulement par la sécurité qu'offrait cette retraite, mais surtout par les souvenirs si voisins de l'illustre fondateur des ordres monastiques en Occident, et par la vénération que de toute part on témoignait à sa mémoire. En dehors de la ville, vis-à-vis les ruines d'une villa et de thermes construits, dit-on, par Néron, un chemin rocailleux s'élève au flanc de la montagne dénudée, dominant une gorge étroite, profonde, inhabitée, où l'Anio bondissant a])porte seul le mouvement et trouble le silence. Après quelques minutes d'ascension apparaisssent brusquement, au détour du sentier, les vastes constructions du monastère de Sainte-Scholastique groupées les unes auprès des autres sur un plateau

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assez étendu : une église avec son campanile, trois cloîtres, des réfectoires, (les bibliotliôques, (les haliments d'habitation et de service forment un ensemble imi)0sant, mais d'as])ect triste et sévère avec ses hautes murailles noircies où (|uel(|ues rares ouvertures semblent avoir été ménagées à regret.

L'existence est ici toute intérieure, aussi les cloîtres ont-ils pris à Sainte-Scholastique une étendue et une importance inaccoutumées. Le plus vaste, le ])lus moderne aussi, est environné de larges arcades retombant sur des piliers carrés. Le plus ancien, le plus triste, date du \ siècle; il est entouré d'une large galerie, prenant jour par d'étroites arcades, largement espacées, et])ercées dans une épaisse muraille. Malgré des dimensions relativement assez grandes, on ne peut s'empêcher, en parcourant ce cloître, de songer à un préau de ])rison plutôt qu'à un lieu de promenade et de méditation. 11 a subi au xnf siècle quelques modifications, les arcades primitivement en plein cintre ont été retouchées pour leur donner une apparence ogivale et les murs ont été surélevés.

Sous ces galeries obscures, à c(3té de (juelques fragments antiques provenant sans doute des thermes de Néron, nous remarquerons un beau meuble de marbre, ayant, dans son extrême simplicité, tous les caractères des œuvres des marbriers romains de la lin du xf ou des premières années du xn siècle. C'est l'ancienne cathedra qui occupait la place

d'honneur au fond de l'abside de l'église : une dalle de marbre sert de siège et trois gradins forment les accotoirs ; leur face extérieure est ornée de bandes de mosaï({ue de marbre corres])ondantes aux ressauts des gradins. De l'antique mobilier presbytéral, c'est là tout ce qu'il reste, Téglise ayant été complètement ti'ansformée à l'intérieur.

Le troisième cloître, le i)lus restreint par ses dimensions, mais le plus remarcjuable de tous par son architecture, est celui dont nous avons à nous occuper spécialement.

Les galeries du préau sont dans un })arfait état de conservation, aucun changement inq^ortant n'a été apporté nia leur ordonnance, ni à leur décoration; telles elles sont aujourd'hui, telles elles ont été édifiées à Tongine. Ce résultat est du non seulement à la solidité des matériaux, mais surtout à la situation écartée du monastère, ce qui lui a })ermis de traverser les siècles à l'abri des ruines et des dévastations. Cette construction n'est du reste qu'une restauration; il est évident que le portique est venu s'adapter sur des galeries plus anciennes dont le sol est inférieur à celui du préau.

Au début du xnr siècle, la communauté était dirigée par l'abbé Rainaldus auquel succéda bientôt un moine nommé Landi. Celui-ci vécut longtemps, paraît-il, puisqu'on le retrouve encore mentionné dans la chronique du monastère en l'année 12G0, sous le pontificat d'Alexandre IV, qui, lui-même, avait été religieux de

l'aljbaye. L'abhé Landus, ou Landi, dit cette clironique, <( avait fait beaucoup de belles choses, il con- (( struisit au monastère de Subiaco un cloître de pierre et « de marbre, et, à coté de ce cloître, une chapelle dédiée (( à la sainte Trinité ». D'après les inscriptions, gravées de différents cotés dans le cloître, la date de ces constructions peut être fixée entre les années 1230 et 1235. Le petit cloître de l'abbaye de Sainte-Scholasti(pie, construit entièrement en marbre comme ceux que nous avons précédemment cités, peut passer pour une reproduction de celui de Sassovivo. Il comprend un espace rectangulaire de 17"", 50 de longueur sur ITViO de largeur, environné de tous côtés de galeries dont les façades sont ajourées par plusieurs suites d'arcades en plein cintre, retombant sur des colonnettes accouplées dans le sens de l'épaisseur du mur, et portant sur un soubassement servant de socle et de mur d'appui. Au centre du préau, pavé de briques, s'élève la margelle d'un puits. Il n'existe pas de contreforts ou de piliers en saillie pour séparer les arcades, toutes se suivent, divisées en groupes de six par de larges pieds-droits situés dans le plan même du portique. Trois groupes sur les longs côtés, deux sur les petits, forment un ensemble de soixante arcades, auxquelles il faut ajouter les quatre portes permettant d'accéder au préau. Deux des galeries sont encore couvertes par les anciennes voûtes d'arête que séparent de solides arcs-doubleaux, au-dessus des autres, ces voûtes ont été remplacées par

une charpente en bois avec solives apparentes; les surfaces intérieures devaient être couvertes de peintures à fresque, on retrouve encore des traces assez nombreuses de cette décoration.

Toutenprocédantidentiqiiementdes mêmes principes qu'à Sassovivo, l'architecture du cloître de Subiaco est encore plus sévère: les colonnettes, généralement lisses et accouplées deux à deux, portent sur un soubassement très élevé, les chapiteaux uniformément galbés en corbeille, alourdis par un abaque carré, n'ont pour tout ornement que de longues feuilles avec une nervure centrale, telles (ju'on avait l'habitude de les modeler au xif siècle. L'archivolte des arcades a peu de saillie sur le nu du mur; une simple moulure indique l'architrave, et, de gros modillons unis, occupant à peu près la hauteur totale de la corniche, su])portent la sailHe du larmier. Comme à Sassovivo, il y a absence presque complète de sculpture ornementale.

Quelques-unes des arcades retombent cependant sur des colonnettes uniques, torses ou cannelées en spirale, ornées de feuillage dans les cannelures, et l'on remarque que ces colonnettes isolées sont couronnées, non plus par un chapiteau régulier, mais par un coussinet sculpté de feuilles, de volutes et de rosaces, s 'étendant dans toute la largeur de l'intrados. Malgré ces exceptions, rares il est vrai, et pouvant provenir de changements ou d'adjonctions postérieurs, le caractère général du cloître subsiste dans toute sa simple sévérité.

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11 faut noter que les proportions classiques et rationnelles sont mieux observées ici qu'aux autres cloîtres de même style; la hauteur de l'entablement surtout est plus en rapport avec les dimensions des arcades. Néanmoins, malgré cette supériorité, le cloître de Sainte-Scholastique serait d'une apparence certainement plus froide et plus austère encore, si l'architecte n'en avait égayé l'uniformité ])ar une belle décoration de mosaïque, occupant la frise de l'entablement, et formée de carrés de serpentine et de disques de porphyre entrelacés, comme au cloître du Latran, par des bandes d'or et d'émail à dessins réguliers.

Au reste, pas jdus à Subiaco qu'au Latran ou à Sassovivo, il n'est possible de juger de l'effet que devait produire cette architecture délicate, lorsqu'une simple toiture la surmontait. Ces galeries légères sont écrasées aujourd'hui par des constructions supérieures élevées au xvnr siècle. Une série de hautes arcades, hors de toute proportion avec les dimensions du portique, ont, paraît-il, été jugées nécessaires, à une certaine époque, pous fournir avec abondance l'air et le jour à des bibliothèques et à des dortoirs, mais quelques années plus tard, il en fut décidé autrement, et les énormes baies furent bouchées et remplacées par des fenêtres carrées. Ces différentes transformations et ces adjonctions déplorables enlèvent à l'ensemble du cloître tout aspect d'élégance et de légèreté.

L'architecte de cette œuvre remarquable a transmis

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en belle place son nom à la postérité ; la frise entière d'une des façades du cloître est consacrée à l'inscription suivante :

COSMAS . ET . FILII . LVC . ÏÂ . AlTt . ROMANI. CIVES . IN . MARMORIS . ARTE . PERITI . HOC.

OPVS. EXPLERVNT.ABIS.T. PE . LANDI.

Cosmc et ses fils Lucas et Jac(|iies, tous trois ciloyens romains, liabiles marbriers, exécutèrent ce travail, au temps de Tabbé Landi.

Cosme et Lucas durent quitter Tabbaye de Subiaco pendant le cours de ces importants travaux, en laissant à Jacques le soin de les terminer seul, car sur l'arcliivolte d'une des portes-arcades du cloître on trouve cette autre inscription :

MAGISTER lACOBVS ROMAN FECIT HOC OPVS.

Pour atteindre le couvent du Sacro Speco, il faut, par une montée rapide, suivre le sentier tracé sur le rocher, passer sous un porche et traverser le bosquet de magnifujues chênes-lièges que saint Benoît planta lui-même. Au sortir de ce bois vénérable apparaît l'antique abbaye. Ses bâtiments sont étages sur les différents paliers formés par la montagne, pressés les uns contre les autres, débordant le terrain solide, et soutenus au-dessus du

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vide ])ar d'immenses contreforts ])renant leur point d'appui sur des roches inférieures. Etonnant spectacle que cette œuvre de ])iétc,de volonté, de persévérance, due à la vénération dont fut à toutes les époques entourée la demeure de saint Benoît, le disciple aimé de saint Romain, l'habitant solitaire d'une caverne inaccessible où nul bruit, nul contact ne venait troubler les extases du bienheureux.

Le Sacro Speco, ainsi se nomme la caverne sainte, existe encore, tel qu'au temps de saint Benoît; transformée en chapelle, elle est le premier sanctuaire que rencontre le pèlerin montant au monastère. De là, un large escalier droit, amène à l'église inférieure, voûtée, toute couverte des peintures les plus remarquables par leur ancienneté et leur beau caractère'.

De cette crypte à l'église supérieure, également décorée de magnifiques fresques , la communication est établie par un emmarchement intérieur. La porte de l'église est ouverte sous un vestibule orné d'une décoration en mosaïque très semblable à celle du cloître de Sainte- Scholastique. Elle serait cependant antérieure de quelques années, car elle est signée :

LAVRENTIVS CVM lACOBO FILIO SVO FECIT

HOC OPVS

1. Tout auprès de la crypte, sur un terre plein bien restreint, saint Benoit cultivait ces roses aux pétales blanches tachetées de rouge dont on retrouve encore sur place quelques échantillons, et qui ont conservé son nom.

ce qui nous reporte aux travaux exécutés à Civita- Gastellana par les deux mêmes marbriers en 1205.

Le maître autel, dans lequel sont conservées les reliques de sainte Anatolie, est un ouvrage de marbrerie ayant le caractère très particulier des œuvres des artistes romains du xiif siècle : tout de marbre blanc, il est orné sur la façade de belles mosaïques accompagnant des tables et des disques de serpentine et de porphyre, dans le style du véritable oyi/zs romanum; deux colonnes torses également en marbre incrusté surmontent Tautel et supportent une arcade.

Un autre autel, placé dans une chapelle latérale, présente une décoration analogue mais plus simple : la façade est divisée en trois compartiments, une étoile en mosaïque d'émail occupe celui du milieu, deux courtes colonnettes torses incrustées, engagées de chaque coté de cette façade soutiennent les extrémités de la table sainte.

Une des fresques de la crypte, peinte au xiv' siècle, représente le pape Grégoire IX venant, en 1235, pendant le gouvernement de l'abbé Landi, consacrer à nouveau l'église du monastère. Il est à croire que la mise en place des deux autels lit partie des travaux qui donnèrent lieu à cette nouvelle consécration ; travaux entrepris à la suite de la construction du cloître de Sainte-Scholastique et exécutés, bien probablement, parles mêmes maîtres marbriers, c'est-à-dire par Gosme et ses lils.

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• CLOITRE DE SAlNT-PAUL-HOHS-LES-iMURS A HOME

Nous passerons rapidement sur les origines de la grande abbaye annexe de la basilique de Saint-Paulhors-les-Murs, à Rome, nous en avons ailleurs retracé l'histoire'.

Il nous suffira de rappeler que la congrégation bénédictine établie à Saint-Paul, devenue puissante et riche de tous les ])résents offerts par les princes passant à Rome au retour de Terre-Sainte, résolut de faire reconstruire le cloître du monastère avec tout le luxe que comportaient les progrès des arts à cette époque. Vassaletus avait montré au Latran à quel degré d'élégance on pouvait arriver en mettant en œuvre des procédés nouveaux ; les bénédictins de Saint-Paul voulurent égaler et même surpasser cette magnificence. Il n'est donc pas surprenant de retrouver ici une répétition presque textuelle du cloître de Saint-Jean, avec la même disposition générale, le même style, et le même genre d'ornementation. Le grand incendie de 1823 a très heureusement épargné le monument ainsi créé, et nous pouvons encore admirer aujourd'hui le cloître de Saint-Paul, tel qu'il est sorti des mains des constructeurs du xni' siècle.

1. Voir notre ouvrage sur les Basiliques et les Mosaïques chrétiennes, vol. II. p. 289.

Commencés d'après les ordres de Pierre de Gapoiie, cardinal romain, abbé du monastère de 1193 à 1209, les travaux furent achevés, après une assez longue interruption, par les soins de Jean d'Ardea, chef de la communauté en 1241. Ces renseignements sont fournis ])ar une grande inscription, écrite en lettres de mosaïque bleue sur fond d'or, occupant une partie de l'architrave du portique intérieur: douze vers, placés les uns à la suite des autres, ra])pellent, en un latin très barbare, les devoirs des religieux et les occupations auxquelles ils doivent se livrer pendant la vie claustrale ; l'inscription se termine ainsi.

HOC OPVS ARTE SVA QVEM ROMA CARDO BEAVIT NATVS DE CAPVA PETRVS OLIM PRIMAVIT ARDEA QVEM GENVIT QVIBVS ABBAS VIXIT IN ANNIS CETERA DISPOSVIT BENE PROVIDA DEXTRA lOHANNIS.

Pierre de Capoiic, béatifié à Rome du titre de cardinal, commença par ses soins autrefois cet ouvrage. Jean, natif d'Ardea, acheva tout le reste de sa main prévoyante, pendant les années qu'il vécut étant abbé.

Telle est la traduction littérale. Ces vers ont cependant donné lieu à une autre interprétation. Se fondant sur ce que le mot carda pouvait signifier climat ou région, certains auteurs ont voulu ti^aduii^e les deux premiers vers : « Pierre natif de Capoue commença autrefois ce travail d'après l'art qui florissait à Rome » ; et ont identifié Pierre de Capoue au Petrus que nous avons rencontré à Alba-Fucense, à Amiterno et à Norcia.

Cette version ne ])ciit être acceptée ; le quatrain, com])let dans sa forme littéraire, ne peut exprimer qu'une pensée également complète, en donnant les noms des deux abbés dont l'un avait commencé et l'autre achevé une œuvre magnifique, faisant honneur à la communauté tout entière. Si le nom de l'architecte n'est pas indicpié dans l'inscription, la meilleure raison à donner de cette lacune fâcheuse est que, pendant les trente années écoulées depuis le début jusqu'à l'achèvement des travaux, plusieurs artistes avaient dû les diriger ou y participer successivement, sans qu'aucun d'eux pût prétendre au titre de maître de l'œuvre. Le mieux, à moins de les mentionner tous, était donc de s'abstenir de les nommer.

Quoi qu'il en soit, le résultat de ces efforts collectifs fut la création d'un monument qui peut être cité comme le type le plus parfait de ce genre d'architecture. On y trouve, sur une étendue plus considérable qu'au Latran, un plan conçu absolument d'après les mômes données générales, une exécution aussi soignée et aussi délicate, avec une recherche plus grande, et plus de richesse dans l'ornementation.

Le cloître de Saint-Paul comprend un espace de 37 mètres de longueur, sur 33 mètres de largeur, entouré sur les quatre côtés de galeries couvertes par des voûtes d'arête. Ces promenoirs sont séparés du préau par un portique de marbre composé d'une suite de petites arcades que divisent, en cinq groupes ou travées sur la longue face et en quatre sur la petite, de

larges piliers faisant saillie; les arcades portent comme toujours sur des colonnettes accouplées dans le sens de l'épaisseur du mur. Les colonnes sont, pour la plupart, lisses avec des chapiteaux en corbeilles délicatement fouillés, variés de formes et de dessins, tous ornés de feuilles et de volutes; un petit mur reçoit les bases finement moulurées de ces légers points d'appui. Les arcades sont généralement groupées par série de quatre, cependant dans l'axe des grands cotés, il y en a cinq par travée, celle du milieu descendant jusqu'au sol et servant de passage. En outre, ])Our distinguer ces ouvertures médianes d'avec celles qui les avoisinent, leur archivolte est décorée de mosaïques stelliformes à fond d'or, ainsi que la portion d'architrave qui les surmonte, et, des colonnes torses, cannelées, incrustées de mosaïques, renforcées de contre-])ilastres , les accompagnent de chaque coté.

Les piliers en saillie, séparant les groupes d'arcades et rompant la continuité du mur d'appui, servent nécessairement à étayer la poussée des voûtes intérieures, mais ils sont cantonnés ici, de cha([ue côté, par des demi-colonnes; cette disposition, empruntée à certains édifices antiques, augmente l'importance et la stabilité des points d'appui, et dénote un réel progrès sur la simplicité un peu brutale des piles unies édifiées au Latran.

Des quatre côtés du cloître, celui qui est adossé à la basilique présente la plus riche décoration : les colonnes

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offrent une étonnante variété de galbe, celles qui avoisinent les piliers sont lisses, comme dans les autres parties du portique, mais il y en a de cannelées verticalement ou en spirale, plusieurs sont formées de l'accouplement de deux fuseaux tordus l'un contre l'autre, enfin, il en existe quelques-unes de complètement incrustées de mosaïques dans toute la hauteur de leur fût, telles que nous en avons signalé au cloître de Saint-Martin à Monreale. De ce côté également, tous les tympans sont occupés par des motifs de sculpture extrêmement variés, représentant des ornements, des emblèmes, des fleurs et des animaux. Peut-être cette galerie est-elle la moins ancienne et son constructeur a-t-il désiré surpasser en richesse ce qui avait été fait avant lui.

L'entablement, à peu près uniforme sur les quatre faces du cloître, est composé des mêmes éléments qu'au Latran, cependant les décorations en mosaïque sont ici plus abondantes et plus riches : un grand entrelacs sur fond d'or, composé de carrés et de disques de marbre ou de porphyre encadrés par des bandes de mosaïques d'émail, court également dans toute l'étendue de la frise, mais ici, la grande inscription en vers occupe la partie plane de l'architrave, et, chaque dessus de porte est orné d'une bande de mosaïque. Il faut le reconnaître, il y a véritablement dans cette architecture un abus des colorations violentes ; on pourrait croire, que livré à lui-même, le mosaïste a voulu s'emparer

de toutes les surfaces où ses petits cubes pouvaient s'a(la|)ter, sans s'inquiéter de savoir, si leur éclat, répété et poussé ainsi à rextréme, ne nuirait pas à l'aspect général de Fédifice, et, si les différents membres d'une ordonnance définie pouvaient être impunément remplacés par des bandes brillantes qui leur enlèvent toute fermeté et les font presque disparaître. Ces défauts indiquent bien Tabsence d'une haute et intelligente direction, et laisseraient supposer que certains moines du couvent, habiles à manier le petit ciseau, le scarpcUo du marbrier mosaïste, ont pendant des années exercé leur patience et leur talent à créer ces décorations.

Le cloître de Saint-Paul n\a pas été à l'abri de restaurations et surtout d'adjonctions malheureuses ; sa délicate structure, si fine dans ses détails, si riche dans son ensemble, est écrasée par des constructions j)lus modernes qui lui enlèvent une grande partie de son élégance et de sa légèreté. C'est avec un sentiment pénible que l'on voit de hautes murailles de briques aux tons sombres peser sur ce portique de frêles colonnettes, en étouffer la délicatesse, en écarter la lumière et même, ])ar un jeu d'optique, restreindre l'espace (pi'il circonscrit. Cependant, grâce aux fleurs et aux verdures dont l'éclat se marie en toute saison à la teinte chaude des marbres, grâce au grand nombre de fragments sculptés exposés sous les galeries et formant un très intéressant musée lapidaire, le cloître du monastère de Saint-Paul-hors-les-Murs devait être pour les

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religieux ])i'é|)osés à la garde et au service de la hasilique une délicieuse retraite, bien faite ])()ur tempérer par son charme l'austérité de vie à laquelle ils étaient assujettis au milieu de cette plaine triste et insalubre.

LES CLOITRES DE VITERBE

Sous bien des rapports, la ville de Viterbe a bénéficié des séjours prolongés et réitérés que les papes firent dans ses murs; à côté des églises, des palais, des tombeaux, des fontaines, des monuments de toute sorte dus à leur munificence, de nombreuses congrégations monastiques vinrent s'établir à Viterbe et dans les environs sous la protection immédiate du chef de l'Eglise.

Vers la première moitié du \ui siècle, en 1230 environ, car la date n'est pas absolument précise, les moines bénédictins relevant de la règle de Gîteaux arrivent de Bourgogne et construisent sur le mont Cimino une abbaye placée sous l'invocation de saint Martin. Grâce à la forte impulsion donnée aux constructions par les moines architectes bourguignons, et grâce aussi à la haute protection du cardinal Raniero Cimino, ce premier établissement fut bientôt suivi de plusieurs autres.

Il ne reste malheureusement presque rien du cloître de San-Martino, type sur lequel sont venus se modeler d'autres constructions du même genre, que Ton peut

admirer encore aujourd'hui. Cependant, les débris d'une travée de galerie noyés maintenant dans la maçonnerie d'une construction voisine, permettent de reconnaître deux des contreforts ou ])iliers qui devaient séparer les grands arcs en tiers-points dont se composaient les portiques. De minces colonnettes monolithes accotaient les pieds-droits de ces arcs, et d'autres colonnettes semblables recevaient la retombée des cinq petites arcades qui subdivisaient l'espace couvert par le grand arc en ménageant au-dessus d'elles un tympan ajouré*.

L'abbaye de Santa-Maria délia Verita est située près de la ville, en dehors des remparts; ses anciens bâtiments, affectés aujourd'hui aux classes et aux services d'une école des Beaux-Arts, n'offrent aucun intérêt, mais le cloître a été parfaitement conservé et peut représenter, à défaut de celui de San-Martino, le spécimen le plus parfait de l'architecture monastique importée de France en Italie par les religieux cisterciens, architecture considérablement modifiée ici du reste par les traditions romaines et les usages locaux.

Ce cloître, de forme à peu près carrée, mesure 26 mètres dans sa longueur sur 22°", 50 de largeur, dimensions prises à l'intérieur de la galerie. Tout entier construit avec cette pierre dure d'origine volcanique,

1. G. Enlart, Origines françaises de l'Architecture gothique en Italie. Paris, 1894.

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d'aspect un peu l)rutal, d'une coloration foncée (jue Ton nomme le travertin, seule ])ierre (pie fournissent les environs de Viterbe, le cloître de Santa- Maria dclla Verita est divisé en cinq travées sur chaque face, par de larges piliers saillants faisant fonction de contreforts; de plus, il est à deux étages. Au rez-de-chaussée, chaque travée présente quatre petites arcades en tiers-point, laissant entre elles des tympans ajourés de trèfles et de quadrilobes, ces arcs reposent sur des colonnettes monoUthes dont les bases portent sur un bahut élevé formant mur d'ap])ui. Au-dessus de cette série d'arcades s'élève un mur plein, ajouré au droit de chaque travée par une ouverture circulaire quadrilobée, et couronné par un bandeau mouluré courant autour du cloître en ressautant sur les pilastres. La galerie supérieure forme le second étage : c'est une sorte de loggia largement ouverte à l'air et à la lumière, directement abritée par une toiture que portent des piliers de pierre élevés au droit de chaque contrefort. A travers ce haut ])ortique, le soleil et sa chaleur bienfaisante pénètrent Hbrement dans toutes les parties de l'habitation, tandis qu'au rez-de-chaussée, le promenoir s'étend sous une succession de voûtes d'arête séparées par des arcs doubleaux portant, d'un coté sur les angles des pilastres, et de l'autre, sur des consoles encastrées dans le mur, galerie par conséquent basse et peu éclairée, mais donnant l'idée absolue de repos, de solitude, de calme, de méditation à l'abri des ardeurs

d'une lumière trop vive et d'une température trop pénible à supporter. La sculpture est très sobrement employée dans l'ornementation de ce cloître : les chapiteaux des colonnes s'évasent en corbeille à quatre feuilles, et le couronnement des piliers est formé de moulures agrémentées d'une simple succession de feuilles lisses recourbées.

Les religieux cisterciens fondèrent aux portes de Viterbe une autre abbaye également placée sous le patronage de la Vierge Marie, et connue sous le nom de Santa-Maria in grade ; nvài^, les moines en ont été expulsés pour faire place à d'autres pénitents d'un ordre bien différent ; ses bâtiments servent aujourd'hui de prison militaire. Néanmoins, l'ancien cloître a été respecté, et l'on y trouve reproduit, dans des dimensions analogues, mais avec plus d'élégance peut-être, le type d'architecture du cloître de Santa-Maria dclla Verita.

L'espace circonscrit, mesuré à l'intérieur des murs de façades, est de 29 mètres en longueur sur 26 mètres en largeur; ce n'est donc pas un carré parfait. Malgré cette différence, chacun des cotés est divisé en cinq grandes travées par de hauts pilastres saillants faisant fonction de contreforts. Chaque travée comprend ellemême cinq arcades en tiers-point donnant naissance à des tympans ajourés de trilobés ou de trèfles, et portées sur des doubles colonnettes de marbre placées l'une devant l'autre dans le sens de l'épaisseur du mur. Ces

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colonnettes, dont les bases épatées sont i)Oiii' la |)lu[)art ornées de griffes, reposent sur un socle élevé servant de mur d'appui.

Un premier bandeau règne au-dessus des arcades et ressaute sur les pilastres, indiquant ainsi une première division horizontale ; au-dessus, entre les pilastres, une partie de mur plein est ajouré, dans l'axe de chaque travée, par une rosace de dessin varié, (|uelques-unes même représentent un lion debout, symbole tiré des armoiries de la ville de Viterbe ; puis, un second bandeau saillant circule comme le premier sur les quatre faces du cloître. L'étage supérieur n'a pas la légèreté de celui du cloître de Santa-Maria delta Verita, la loggia ouverte a été remplacée ici par un mur percé de fenêtres n'ayant aucun caractère, mais il est bien certain que tel ne devait pas être l'état primitif, et que ce changement est le fait d'une transformation bien postérieure à l'époque de la construction. Les galeries du rez-de-chaussée sont voûtées au moyen de voûtes d'arête s'appuyant d'un côté sur les faces intérieures des pilastres et de l'autre sur des demi-colonnes engagées dans le mur. Les chapiteaux des colonnettes sont très simplement ornés de quatre feuilles hsses entourant une corbeille assez évasée ; les couronnements des pilastres, placés à la hauteur de la retombée des petites arcades, sont formés d'une succession de feuilles denticulées recourbées à leur extrémité.

Il existe à Viterbe un autre ancien monastère dont le

cloître, bien que plusieurs fois remanié, ne laisse pas que de présenter quelque intérêt par la disposition toute particulière des arcades de la galerie inférieure. Chaque travée, ouverte, comme dans les autres cloîtres, entre de hauts contreforts, est composée d'arcs en plein cintre recoupés les uns les autres suivant des demidiamètres, donnant ainsi naissance à des arcades ogivales, portées sur des doubles colonnettes, et à des tympans triangulaires évidés. Cette fantaisie architecturale, due sans doute à quelque moine constructeur venu de Bourgogne, n'a ])as trouvé d'imitateurs. Ce monastère était désigné sous le nom cleW Paradiso.

Nous ne saurions parler des anciens cloîtres de Viterbe sans nous arrêter un instant en dehors de la ville au couvent de Santa-Maria délia Qucrcia. A côté de Tégiise, œuvre de Bramante, très remarquable parla sévérité, la convenance et les heureuses dispositions de sa belle façade, l'abbaye possède deux cloîtres. L'un, fort étendu, environné de larges promenoirs abrités sous de hautes arcades, a été postérieurement ajouté par Vignole. L'autre, adossé au mur latéral de l'église, date de l'origine du monastère, et occupe une surface beaucoup plus restreinte. Le préau est un espace oblong entouré sur les quatre faces de galeries à deux étages divisées en travées par de hauts contreforts partant du sol pour arriver jusqu'à la corniche sur laquelle s'appuie la toiture ; il y a cinq travées dans la longueur et

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(jiialre seulement dans la largeur. 1, 'étage supérieur est largement ouvert dans chaque travée par deux grandes arcades en plein cintre, fort élégantes d'allure, retombant sur des colonnes, tantôt isolées, tantôt accotées aux pilastres formant contreforts, tandis que la lumière ne pénètre dans la galerie inférieure que par des séries des quatre petites arcades en tiers-point ouvertes dans chaque travée, et portant sur de légères colonnettes monolithes dont les bases s'appuient sur un socle assez élevé formant clôture. L'espace compris entre les arcades du rez-de-chaussée et la galerie supérieure est occupé par une maçonnerie pleine percée dans les axes des travées par un œil de bœuf circulaire.

L'illustre Bramante a très probablement été l'architecte de ce cloître, comme il avait été celui de l'église. A défaut d'une entière certitude, que ne donne aucun texte, rien ne s'y oppose ; on reconnaît le style élégant et ferme du célèbre architecte dans les gracieuses proportions de cette galerie supérieure. Mais pourquoi la galerie inférieure se trouve-t-elle privée de lumière? pourquoi ces voûtes d'arête? Pourquoi cette arcature en tiers-point, forme absolument démodée en Italie à l'époque de Bramante? D'où vient cette ressemblance frappante dans les dispositions d'ensemble et même dans les détails entre ce cloître et celui de Santa-Maria délia Fmfa? Bramante n'aurait-il fait que surélever d'un étage un cloître déjà existant, ou seulement transformer les dispositions de cet étage ? Ces questions

se présentent à Tesprit aussitôt qu'on pénètre dans le cloître deUa Qnercia; cependant, elles s'évanouissent devant un fait absolument certain, c'est que la fondation de Tabbaye date de la seconde moitié du xv" siècle. Il faut donc admettre que les dispositions des anciens cloîtres de Viterbe, ayant donné satisfaction à tous les besoins, avaient reçu l'approbation générale, et que les religieux auxquels le monastère était destiné imposèrent à leur architecte l'obligation de s'y conformer rigoureusement. Il est néanmoins assez curieux de retrouver, à un moment où l'œuvre de la Renaissance était en pleine maturité, un édifice empreint de toutes les hésitations, de tous les tâtonnements qui en avaient marqué les débuts deux siècles auparavant.

Bien (pie les cloîtres de Viterbe n'aient pas été construits par des architectes ou des marbriers romains, nous avons cru devoir en parler ici, tant nous avons reconnu de similitude entre leurs dispositions générales et celles des cloîtres de Rome.

11 semblerait donc, d'après le rapide examen que nous venons de faire des principaux cloîtres construits au xnr siècle dans les états de l'Église, qu'il s'était créé, à cette époque, un type tellement parfait, répondant si bien au goût et aux besoins d'alors, que toutes les communautés assez riches pour se permettre cette dépense s'étaient empressées de transformer les portiques de

leurs anciennes galeries, et d'adopter la nouvelle architecture avec l'ornementation brillante qu'elle comportait.

On a voulu, non sans raison, attribuer aux disciples de saint Benoît le mérite de cette rénovation; les cloîtres que nous avons cités appartenaient en effet à cet ordre puissant alors, par son antiquité, par ses richesses, par la haute influence qu'il exerçait sur le développement de la civilisation. Mais on est allé plus loin, et l'on a voulu prétendre donner au type d'architecture caractérisé par la retombée des arcades sur de légères colonnettes accouplées, une origine absolument bénédictine, se fondant sur ce que cette disposition avait été depuis bien longtemps mise en pratique par les religieux de cet ordre ; le père Mabillon cite, a l'appui de cette opinion, une ancienne peinture, exprimant une satire contre Ratgarius, abbé de Fulda en 815, dans laquelle se trouve représenté un cloître exactement semblable à celui du monastère de Sainte-Scholastique à Subiaco. Il est possible que ce tableau ait existé tel que le décrit le père Mabillon, mais cela ne constitue pas un argument bien sérieux, car le tableau dont il parle a pu être peint ou repeint à une époque bien postérieure au ix' siècle ; et, l'on sait qu'en fait d'architecture, les peintres, au moyen âge et à l'époque de la Renaissance, avaient l'habitude de copier ce qu'ils avaient sous les yeux.

Certes, l'ordre monastique fondé par saint Benoît avait atteint, au commencement du xin' siècle, une im

portaiice considérable ; un grand nombre de religieux bénédictins occupaient ou avaient déjà occupé dans l'Église de hautes situations, mais les progrès d'un art en général n'ont jamais été le résultat de la prospérité d'une minorité restreinte quelque éclairée qu'elle puisse être, ils ont une base plus large et répondent aux besoins d'une société tout entière. Au xuf siècle, la vitalité sociale était, en Italie surtout, complètement concentrée dans la puissance pontificale arrivée à un degré de développement qu'elle n'avait jamais encore atteint; aussi, lorsqu'on veut étudier l'histoire des arts à cette époque, c'est à Thistoire des papes qu'il faut toujours en revenir.

Ce siècle, ([ue l'on pourrait nommer le grand siècle du moyen âge, siècle de régénération religieuse, sociale, artistique et littéraire, débute sous les auspices d'un grand pape, hinocent III avait occupé la chaire de saint Pierre dès l'année 1197, et présidait aux destinées de l'Église avec une rare fermeté et une hauteur de vue toute exceptionnelle. Dans de telles mains, la puissance du Saint-Siège s'était considérablement accrue, son autorité morale, reconnue par l'Europe entière, était un sûr garant de l'autorité politique exercée sur Rome, son territoire et ses provinces par le vicaire du Christ. Innocent s'attacha à réformer les habitudes luxueuses de son entourage, réduisit sa propre existence au strict nécessaire, et contraignit les cardinaux et les abbés à régler leur aenre de vie sur le modèle de la sienne. Au

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l)oiit (le ])eii de temps, grâce à ces économies, les trésors des églises et des communautés se trouvèrent en état de subvenir à de grandes dépenses. Faire de grandes choses, élever de beaux monuments, réparer les temples, accroître l'importance des monastères, encourager autour de lui cette émulation qui, mettant en action toutes les énergies, fait les grandes époques, tel fut pour Innocent III le complément nécessaire d'un pouvoir reconnu par tous les peuples chrétiens.

C'est donc à cet illustre pape et à son successeur immédiat Honorius III, qu'il faut attribuer l'honneur d'avoir fait faire, en Italie, un progrès sensible à l'architecture, art jusqu'alors fort délaissé.

Tandis que Rome, livrée aux factieux et aux émotions d'un gouvernement populaire, n'avait ])u entreprendre aucun travail important, le nord de l'Italie, la Provence et les rives du Rhin s'étaient couverts de merveilleux monuments; pendant ce même temps, sous la royauté des princes normands, s'élevaient en Sicile et dans les provinces méridionales de splendides basiliques et de somptueux monastères. Au début du \uf siècle, l'art romain prend à son tour un vigoureux essor, mais il reste lui-même, fidèle à ses principes, et ne se laisse envahir par aucun élément étranger; l'art gothique, parvenu à un haut degré de perfection en France et en Allemagne, n'a pas encore d'influence sur lui, bien qu'ayant déjà fait son apparition en Italie; l'architecture sarrasine ne pénètre pas dans la ville des

papes, encore moins le style mauresque, arrivé cependant, sous les Kalifes de Gordoue et de Grenade, à un merveilleux épanouissement et livré à l'admiration générale par la conquête de l'Andalousie.

A Rome, c'est l'art véritablement romain qui, longtemps oublié, avili, dégénéré, reparaît au grand jour; seulement, la sévère grandeur d'autrefois n'est plus en harmonie avec la civilisation nouvelle, ce ([ui charme, ce qui frappe les esprits, ce n'est plus la majesté, mais l'élégance. Nous reconnaîtrons encore, dans les œuvres des artistes romains du \uf siècle, les formes de l'architecture classique, quelquefois même le respect de ses proportions, nous n'y retrouvons jamais, ni l'ampleur de ses conceptions, ni la hardiesse de son exécution, et, si certains caractères nouveaux en augmentent l'éclat, ils en altèrent en même temps l'admirable correction.

L'œuvre accomplie par les architectes marbriers romains pendant les siècles du moyen âge est donc une œuvre de transmission, se rattachant toujours, comme nous lavons fait voir en maintes circonstances, aux règles et aux beautés de la noble antiquité ; ces artistes se sont efforcés d'en reproduire les formes, et, si ce but n'a pas toujours été atteint, il faut du moins reconnaître qu'ils se sont partout appliqués à en perpétuer l'esprit.

Que nous les rencontrions exécutant pour les an-

ciennes églises des meubles (rua éclat tout nouveau, que nous les admirions élevant pour les princes et les papes de splendides mausolées, que nous les signalions construisant des monuments entiers ou décorant des façades, c'est toujours l'art antique qu'ils ont devant les yeux et qui leur sert de modèle. Pendant plusieurs siècles ils tendent vers le même idéal, et vont probablement l'atteindre lorsque cette période de vitalité est brusquement interrompue.

Aussi, nous n'hésitons pas aie dire, si la merveilleuse renaissance architecturale, classique par ses principes et par ses manifestations, a trouvé au xv" siècle un terrain si bien préparé, elle en est redevable, en grande partie du moins, aux travaux de cette longue succession d'artistes qui s'étaient eux-mêmes désignés sous le nom de Marbriers Romains.

Tympan. — Cloître de SaintJean-de-Latran. — xiu'' siècle.

TABLE DES CHAPITRES

CIIAPITRK PREMIER.

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