‹ Les marbriers romains et le mobilier presbytéralChapitre 70 sur 96 · CLOITRE DE L ARI5AYE DE SAINTE-CROIX A SASSOVIVO · texte numérisé non relu

CLOITRE DE L ARI5AYE DE SAINTE-CROIX A SASSOVIVO

Nous avons signalé l'émulation vive qui existait au xiii" siècle entre les marbriers romains et les marbriers

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Cloître de l'Abbaye de Sainte-Croix à Sassovivo. — xiii' siècle

ombriens, nous avons reconnu qu'il y avait presque identité dans le style de leurs œuvres, et nous avons donné quelques preuves de cette analogie. Le cloître de l'abbaye de Sassovivo va nous en fournir un nou-

vel exemple, très remarquable par son importance, très intéressant par la date de son exécution.

La riche abbaye de Sainte-Croix avait été fondée en 1070, à Sassovivo aux environs de Foligno, sur une des pentes des Appennins, par les moines bénédictins agissant sous l'inspiration deTévéque Azzone.Mainardoleur premier abbé, institua parmi ses subordonnés une réforme telle, que cette maison religieuse devint bientôt la tète d'une congrégation spéciale dans l'ordre de Saint-Benoît. Au xv' siècle, en 1486, l'abbaye passa aux mains des moines olivétains\

Les bâtiments de cette célèbre abbaye ont subi de radicales transformations : l'églisis, façade et intérieur, a été complètement modernisée, mais le cloître est encore aujourd'hui dans un état remarquable de conservation. A première vue, et bien ([u'il soit de dimensions plus considérables (|ue celui de Saint-Jean de Latran,on les croirait absolument copiés l'un sur l'autre. La ressemblance est telle, et poussée jusque dans des détails de si peu d'importance, qu'il semblerait que colonnes, corniches, marbres et mosaïques aient été taillés à Rome, sous la direction de Vassaletus, puis transportés à Sassovivo, prêts à être mis en place. Il n'en est rien cependant, l'architecte marbrier auquel on doit le cloître de Sassovivo est né en Ombrie et a pris soin de faire passer son nom à la postérité en le faisant

i. Ludovico Jacobili, Discorso délia cita di P'oligno. 16 '±6.

entrer dans une grande inscri])tion rimée relative à cette construction :

HOC CLAVSTRI OPVS EGREGIVM QUOD DECORAT MONASTERIVM DONNVS ABBAS ANGELVS PCEPIT MVLTO SVMPTV FIERI ET FECIT A MAGISTRO PETRO DI MARIA ROMANO OPERE ET MASTRIA ANNO DOMINI MILLENO IVNCTO ET BIS CENTENO NONO QUOQUE cT VICENO.

Cette inscription ne laisse exister aucun doute : maître Pietro de Maria est l'auteur de ce beau monument édifié dans le style qu'il désigne lui-même sous le nom d'Opiis Romanum; et, ce travail, fait d'après les ordres de l'abbé iVngelus, a été exécuté en 1229, c'est-à-dire quelques années à peine après l'achèvement du cloUre du Latran.

L'œuvre de Vassaletus avait-elle fait à ce point l'admiration des contemporains, que les moines de Sassovivo aient prescrit à leur architecte Pierre de Maria d'en édifier une reproduction aussi fidèle que possible ? Le pape Honorius avait-il imposé des deux côtés le même programme, indiquant un ty})e commun auquel on devait se conformer ? Nous ne pouvons répondre

d'une façon bien positive; mais, d'après les remarques faites au début de ce chapitre, nous n'hésitons pas à admettre une influence commune venue de haut et s'imposant avec autorité.

Au cloître de l'abbaye de Sainte-Croix, comme à celui du Latran, tout est en marbre: colonnes, chapiteaux, archivoltes des arcades, corniche, architrave, revêtement de la frise. Le préau occupe un espace rectangulaire assez vaste, entouré de toute part de portiques comprenant ensemble cinquante-deux arcades divisées, sur les petits cotés, en groupes de six par de larges piliers, et, sur les grands côtés, en groupes de huit, par des portes dont l'encadrement fait saillie sur cette façade. Cent-vingt colonnes, accouplées deux à deux dans le sens de l'épaisseur du mur, sont employées à supporter ces arcades; la plus grande partie d'entre elles sont lisses, quelques-unes sont cannelées ou taillées en spirale, mais elles sont en très petit nombre; toutes sont accompagnées de chapiteaux semblables et de bases parfaitement identiques reposant sur le mur d'appui qui limite la galerie. L'entablement, alourdi par la trop grande élévation de la frise, est orné d'une suite de modillons très simples, sans sculptures, mais d'un galbe élégant, et de deux bandes de mosaïques placées, l'une sur le larmier de la corniche, l'autre sur le méplat de l'architrave.

Malgré leur très grande similitude, on peut cependant, avec un peu d'attention, établir des différences sensibles entre le cloître de Sassovivo et celui de Saint-Jean-de-

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Entablement du cloître de Sassovivo. — Inscription et signature de Pietro de Maria. — xiii'= siècle.

LES CLOITKES DE MARBRE (XÏÏP SIËCLE) 445

Latran. Des deux cotés le style est bien le même, mais son application est faite à Sainte-Croix avec plus de réserve, plus de sévérité, l'ornementation est plus sobre, lesmosaïquessontplus rares, les tympans des arcades ne comportent aucune sculpture, la régularité des portiques est moins fréquemment interrompue ])ar des piles de soutènement, et, de tout cela, il résulte ici une apparence d'austérité et de recueillement plus sensible qu'au Latran. Ce sentiment est encore augmenté par la nudité du préau dont toute verdure et toutes fleurs sont religieusement bannies pour faire place à un pavage de pierres. La margelle du puits centrale, élevée sur deux emmarchements, et surmontée d'une remarquable armature de fer forgé à laquelle est suspendue la poulie de service, vient seule faire diversion à cette froide simplicité.

Faut-il encore chercher d'autres différences? Nous en trouverons une bien marquée dans les aménagements des toitures dont une ancienne partie subsiste encore. On peut constater ici que les dalles de marbre juxtaposées pour former couverture, portent directement sur la cimaise de la corniche, de sorte que l'eau des pluies se répand hbrement dans le préau et n'est reçue dans aucun chéneau, ni rejetée par aucune gargouille. Ce système défectueux peut être mis sur le compte de l'inhabileté de l'architecte, mais il faut plutôt l'attribuer, croyons-nous, à une question d'économie.

Le mur latéral de l'église, auquel une des galeries du

cloître est adossée, est décoré à sa partie supérieure par une sorte d'attique enterre cuite composée d'une suite de trente-deux petites arcades trilobées portées sur des colonnettes; une inscription indique la date de 1314; cette décoration, faite après coup, n'a rien de commun avec l'architecture du cloître.

Pietro de Maria a donc créé une œuvre bien définie, d'une parfaite unité de style, d'une ordonnance régulière, arrivant à la majesté par sa simplicité même. S'il a exécuté les ordres qui lui avaient été donnés, il l'a fait avec une rare convenance, en s'inspirant du plus beau modèle que Rome ait pu lui fournir. Mais, architecte plutôt que sculpteur, il a voulu, tout en sacrifiant avec sobriété au goût dominant à cette époque pour les mosaïques, n'admettre cette ornementation que comme un accessoire obligé de l'architecture, et devoir tout l'effet de son monument au seul mérite des combinaisons architectoniques.

Chose bizarre, le nom de cet homme habile, pour lequel l'inscription du cloître réclame si hautement une large part de gloire, est impossible à retrouver ; ni aux environs de Foligno, ni ailleurs, aucune inscription, aucune tradition ne rappelle Pietro de Maria. D'autres artistes du nom de Pietro ou Petrus nous sont déjà connus , mais tous ont une personnalité bien établie qu'il est impossible de confondre avec celle de l'architecte ombrien. Ce maître Pietro de Maria, bien qu'appartenant à l'école de Foligno, devait être un isolé, n'ayant eu ni ascen-

LES CLOITRES DE MARBUE (XIll^ SIECLE)

dants ni postérité artistique. Ses œuvres ont-elles été détruites? A-t-il lui-rpeme disparu après l'achèvement du cloître de Sassovivo? Aucune ré])onse ne ])eutètre donnée à ces questions.

Ce que l'on peut su])])Oser de ])lus probable, c'est que ce Petrus était un religieux ap])artenant à la congrégation bénédictine, et que, son œuvre une fois accomplie, il s'est denouveauensevelidanslaretraite au fond du monastère.

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