CHAPITRE PREMIER ÉPOQUE GUÉCO-UOMAINE DU MILIEU DU VHP AU XU S
ROME avait depuis longtemps secoué le joug de Byzance, et la République romaine se gouvernait comme un état indépendant, lorsque les attaques réitérées des rois Astolphe et Didier mirent la ville en danger; alors le pape Etienne II, 755, implora la protection des Francs.
Sous ce puissant patronat, apportant avec lui l'indépendance et la sécurité, Rome se reprend au goût des belles choses dont elle avait encore sous les yeux de si nombreux exemples, et, cette lueur d'esprit artistique, peu développée tout d'abord, n'en contient pas moins le germe d'un style nouveau.
En même temps que s'opérait ce réveil, les disciples formés à l'école des artistes grecs attachés à la cour des rois lombards, maîtres disparus à la suite de la
conquête fraiique, se dispersent de tous côtés et vont offrir leurs services à ceux qui peuvent leur donner du travail et les payer. Appartenant pour la plupart à des familles lombardes ayant depuis longtemps pris racine sur le sol de l'Italie, ces Lombards, nom sous lequel on les désignait alors, n'en continuent pas moins à travailler suivant les enseignements reçus ; mais, d'intelligence moins déliée que leurs maîtres, ils ne tardent pas à laisser dégénérer entre leurs mains les anciennes traditions de richesse et d'élégance. Aussi, dès le milieu du ix' siècle, peut-on déjà constater une différence sensible entre leurs ouvrages et ceux (pi'avait produits le siècle précédent.
Pour caractériser cette époque et rappeler son rôle dans l'histoire, on lui a donné le nom de Gréco-romaine ou A'Italo-bifmntine ; indiquant ainsi l'apparition d'éléments nouveaux, |)ropres au génie italien, à travers les souvenirs encore vivaces du style byzantin prêt à disparaître. Pendant tout le cours des ix' et x' siècles, nous verrons les formes nouvelles, résultat de cette combinaison, appliquées d'après les mêmes règles et donnant naissance à des œuvres d'art presque toujours identiquement semblables à elles-mêmes.
Vers la lin du vnf siècle, les artistes lombards se mettent donc en chemin. Rome est leur première étape. Ils y arrivent à la suite de Pépin et de Gharlemagne et aident les papes à reconstruire une grande quantité
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(réglises, à en restaurer beaucoup d'autres, à les décorer toutes de ciboires, de balustrades, de lampadaires ou de vases sacrés, soit en marbre, soit en or et en argent, comme en témoignent les énumérations détaillées du Lfiber Pontificalis'.
A peine élevé à la dignité ])ontiticale, Adrien (772- 795) écrit à Gharlemagne de lui envoyer des MagLstros, terme qui doit nécessairement s'appliquer aux architectes Gomasques et aux sculpteurs Lombards ^
Le pape met ses artistes à l^euvre, et, tout d'abord, leur fait reprendre de fond en comble l'église de Sainte- Marie in Gosmedin.
D'après le Làrr^d'Anastase, continuateur des premiers rédacteurs du Liber Pont ificaUs, « Adrien V" ayant trouvé cette église de trop petite dimension résolut de la débarrasser du voisinage des ruines du temple anti([ue qui l'empêchaient de s'élendre ». Alors, il lit élever,
1. Etienne 11 restaura la basilique de Saint-Laurent, fonda des refuges pour les pèlerins, accrut le nombre des édifices annexes de la basilique de Saint- Pierre et éleva le grand clocher ; Adrien l*^*" restaura les églises de S. M. in Gosmedin, Saint-Jean à la Porte-Latine, Saint-Laurent hors les murs, Saint- Laurent in Damaso, Saint-Félix, des Saints Apôtres et beaucoup d'autres; Léon 111 embellit surtout le Latran en ajoutant à la basilique le grand portique circulaire de Tabside, et, au palais, deux magnifiques salles ou triclinia; à coté de ces grands travaux il restaura une quantité innombrable d'églises et de couvents, surpassant s'il est possible l'activité artistique de son prédécesseur.
2. Longtemps après cette époque on retrouve encore à Rome un frappant souvenir de celte migration. Lorsque les maçons de Home rédigèrent en 1397 les premiers statuts de leur corporation, ils eurent soin d'y insérer un article portant que l'un des deux consuls de l'art devait toujours être Lombard, car la plus grande partie des maçons ou entrepreneurs de travaux de maçonnerie étaient toujours venus de Lombardie.
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a finidamcutis, une nouvelle basilique, et le chroniqueur a bien soin de faire remarquer, comme une chose toute nouvelle, qu'elle possédait trois absides, très absides /;/ eu eoustituens. C/était peut-être le premier exemple, reproduit à Rome, de ce genre de construction qui avait pris naissance vers le vi' siècle en Syrie et en Palestine. Les colonnes qui séparent les nefs sont d'apparence peu régulières et de proportions différentes, les unes cannelées, les autres unies ; elles ont des bases et des chapiteaux très variés ; ces derniers, corinthiens pour la ])lu])art, dénotent une origine certainement anti(|ue et d'une assez bonne éj)oque. Ces colonnes avaient été ])rimitivement employées, en partie du moins, dans la construction de l'église primitive du \f siècle ; cependant, quelques-unes, cinq ou six au plus, surmontées de chapiteaux grossièrement sculptés dans une forme composite, ornés de feuilles dures et lisses sans aucune trace d'ornements, se rapportent bien à répo(jue d'Adrien Y\
Comme témoignage de cette grande restauration, on conserve dans l'église actuelle un morceau d'architrave sculpté de fleurons et de rosaces sur deux de ses faces; la troisième est occupée par une série de ])etites arcades accompagnée d'une inscription gravée sur deux lignes en caractères fort barbares et fort irréguliers. Le fragment d'architrave, rompu à ses extrémités, ne la donne pas tout entière, mais il est facile de la compléter ainsi :
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de don IS DI ET SCE DI GENETRICIS MAriœ tcmporibuS DONI ADRIANI PAPE EGO GREGORIVS NO...
Par riiiterccssion de Noirc-Seigneiir cl do la ires saiiile Marie, iihm'c de Dieu, an temps du pape Adrien, moi Gréj^oirc...
En lisant au Livre Pontifieal la suite des travaux nombreux entrepris par Adrien, il faut noter la restau-
Margclle de Puits. — Cloître de Saint-Jean-de-Latran. — viii^ siècle.
ration du Patriarcat, le palais de Saint-Jean-de-Latran, alors la résidence des papes. On retrouve dans le cloître du monastère attenant à la basili(pie (pielques intéressants débris, restes de ces embellissements. Tout d'abord, c'est la margelle du puits qui occupe le
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centre du préau, spécimen des plus précieux de l'art de cette époque : la cuve cylindrique, en beau marbre blanc, est ornée de bas-reliefs séparés en deux zones par une tresse de jonc ; dans la zone supérieure de petites arcades agrémentées de crossettes rampantes renferment alternativement des croix ou des oiseaux béquetant des raisins; dans la zone inférieure, des croix alternent avec des palmes assez grossièrement figurées.
Sous les galeries du cloître, on ])eut voir deux plaques de parapet ornées de sculptures, entrelacs et feuilles, ayant une très grande affinité de dessin et de facture avec celles de la margelle, et paraissant, comme elle, dater du règne d'Adrien. Le morceau le plus important de cette collection, en somme assez peu nombreuse, est un fragment d'arcliivolte représentant une face presque entière de ciborium ; elle est gravée sur la partie circulaire d'une inscription assez difficile à lire, mais on y distingue parfaitement le nom du pape Léon IV, ce qui reporte le travail à la date de 847. Cette face est encadrée de crossettes, ornée d'entrelacs de joncs sur la courbe de l'archivolte, et, sur les tympans, de croix accotées de fleurons.
Au musée lapidaire installé dans les salles du palais du Latran, on trouve une face entière de ciborium d'autel découverte dans l'ancienne basilique de Porto ; elle est décorée de baguettes de joncs entrelacées et de deux rosaces dans les tympans. Sur l'arc est écrit:
Epoque (îuëco-romaine (yiii<^-x^ siècle) 49
SALBO BEATISSIMO DOMN LEONE TERTII PAPAE STEPHANVS INDIGNE IPSE EECIT.
Cette inscription lixe la date du ciborium aux premières années du ix' siècle et donne le nom de son auteur.
Auprès de Narni, la très pauvre église du petit village de Saint-Oreste renferme un curieux autel de marbre blanc garni aux angles de quatre colonnes engagées, très probablement édifié au xn' siècle. Cependant les panneaux des façades sont à n'en pouvoir douter d'anciennes plaques de parapet du ix', décorées de bas-reliefs ayant toute l'apparence des sculptures carlovingiennes. Sur la face principale une arcade portée sur de courts piliers renferme une croix surmontée de deux branches de laurier.
En général, toutes ces décorations indiquent une inexpérience notoire. Soit timidité, soit ignorance, les sculpteurs lombards évitaient soigneusement de reproduire la figure humaine et n'abordaient que rarement celle des animaux; ils s'attachaient surtout à multiplier les combinaisons obtenues au moyen de baguettes entrelacées, et cela, avec une telle ingéniosité, une telle variété, une telle abondance que ce genre d'ornementation peut être regardé comme la caractéristique du style italo-byzantin.
Dès le début du ix' siècle, le pape Pascal T (817- 824) reconstruit trois églises : Sainte-Cécile au Transté-
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yère, Sainte-Marie in Dominica sur le Cœliiis et Sainte- Praxède sur l'Esquilin. Malgré cette activité, et bien que les monuments élevés à cette époque nous soient parvenus en plus grand nombre que ceux du siècle précédent, les beaux exemples sont rares et l'on ne peut en citer qu'un nombre assez restreint.
En première ligne, il faut placer la chapelle Saint- Zénon, située dans l'église Sainte-Praxède, qui peut, à bon droit, passer pour la relique la plus importante que nous ait laissé le ix' siècle tout entier. De l'église on pénètre dans cette chapelle par une large porte décorée d'éléments rapportés appartenant à des styles très différents ; ainsi, les deux colonnes antiques de marbre précieux, servant de chambranles de chaque côté de la baie, sont surmontées de chapiteaux byzantins du \f siècle, tandis ({ue la corniche architravée que supportent ces colonnes est un su])erbe morceau de sculpture romaine. Au-dessus de cette i)orte s'ouvre une fenêtre cintrée encadrée de médaillons en mosaïque représentant des tètes de saints. A Tintérieur de la chapelle, les trois autres cotés sont creusés de niches rectangulaires ; la voûte à croisillon est portée par quatre colonnes élevées sur des socles ornés de vases et de branches de vigne, et la surface de cette voûte ainsi que les quatre corniches sur lesquelles elle s'appuie sont couvertes de remarquables mosaïques décrites dans un ouvrage précédent*.