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Basiliques et Mosaïques, L I. p

ËPOQllE (iUl':CO-ROMAINE (VIIP-XP SIÈCLE) 51

Le successeur de Pascal F', Eugène II, fit, à son tour, réparer quelques églises de Rome. A Sainte-Sabine, sur TAventin, on voit encore de beaux fragments d'une balustrade exécutée sous son règne; ce sont trois plaques de marbre dont deux portent des croix, et la troisième de nombreux entrelacs formant des carrés dans lesquels sont placés des colombes, des paons et des branches de vigne ; ces ornements sont d'un dessin assez grossier.

Dans cette même église, le tombeau du cardinal Pierre, du titre des SS. Jean et Paul, et de son fils, bien que d'une époque postérieure, doit retenir notre attention : c'est un grand sarcophage revêtu de sculptures assez rudimentaires et barbares, mais il porte une inscription intéressante permettant de fixer la date de sa mise en place et donne, chose plus rare encore, le nom de son auteur; elle est ainsi conçue:

HVNC.SEPVLCR.FECIT PETRVS CARDInTs.

PRB . TT . SCOR . lOH . ET . PAVLI — FECIT . SIBI.

ET . PETRO . SPRLI . FILIO . SVO.

Vient ensuite la signature :

CHRISTIANVS.MAGISTER.FECIT.

écrite en lettres placées verticalement l'une au-dessous de l'autre. Ce monument a donc été élevé pendant la vie du cardinal dans le but de servir de tombeau à lui et à son fils; or, ce cardinal Pierre est indiqué dans

les archives lombardes comme ayant assisté au concile tenu à Rome en 964 ; nous sommes donc en présence d'une œuvre de la fin du x' siècle, époque profondément triste, nulle ou à peu près, comme production artistique, n'ayant laissé que de très rares souvenirs.

L'intérêt que peut comporter l'examen de ce tombeau nous semble singulièrement augmenté par l'apposition dime signature si nettement exprimée. Le titre de Magister indique bien en effet chez Tauteur une supériorité reconnue, et, quelque mince qu'ait pu être le talent de ce Ghristianus, il élève sa personnalité et le signale comme ayant dû exécuter de nombreux et importants travaux. Ghristianus était donc un maître, barbare il est vrai, mais était un maître à cette époque.

Entraînés pendant notre visite à l'église de Sainte- Sabine à parler d'une œuvre datant de la fin du x' siècle, nous devons revenir en arrière et reprendre chronologiquement, autant du moins que cela nous sera possible, l'examen des œuvres de la période précédente.

En ouvrant le Liber Pontificalis au règne du pape Grégoire IV (827-844), on lit: « il adossa à la basilique de Sainte-Marie au Transtévère une tribune surélevée où il fit placer l'autel qu'il construisit ainsi que le chœur. » L'authenticité du texte d'Anastase se trouva vérifiée, lorsqu'en 1865, de grands travaux de restauration entrepris ])ar l'ordre de Pie IX mirent à jour, sous le pavage actuel du chœur, le commencement de Tan-

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cieniie abside et les traces de la tribune de Cirégoire IV avecles marches qui conduisaient à l'autel. On releva en outre un grand nombre de plaques de marbre, employées comme dalles de pavage, dont la face tournée contre terre était couverte de sculptures indiquant ([u'elles avaient dû former les panneaux de Tancienne balustrade du chœur. On a ])ris soin de déposer ces dalles sous le portique de la basilique et l'on a créé ainsi un véritable

Dalle sculptée encastrée dans le mur du portique de Sainte-Marie au Transtévère à Rome. — ix- siècle.

musée de la sculpture du i\ siècle. Bien que d'un dessin en général assez peu élégant et d'une facture assez lourde, il faut remarquer parmi ces œuvres de décadence certaines recherches de composition empruntées, du reste, à l'ornementation en faveur au siècle précédent : tantôt, ce sont de grands oiseaux à longue queue, affrontés, perchés sur des croix et buvant dans une coupe ; tantôt, de grands rinceaux par-

tant d'une souche médiane, étendent des deux côtés leurs volutes régulières et remplissent complètement la surface du panneau. Mais, généralement, le décorateur a recours à des combinaisons géométriques assez simples multipliant les encadrements de joncs ou de baguettes enfermant des rosaces. Sur le mur de gauche du portique on a incrusté deux des faces (Vnn intéressant petit ciborium d'autel (la largeur est de 0"VJO environ) datant absolument de la même époque que les dalles et probablement sculptés dans le même atelier car elles reproduisent exactement les mêmes éléments décoratifs: les arcs sont indiqués par une suite de tilets de joncs entrelacés, renfermant dans leurs enroulements symétriques des croix ou des rosaces; dans les angles ou tympans on a placé de grandes fleurs de lys ou des oiseaux béquetant; à la partie supérieure une rangée de crossettes com])lète cette ornementation.

11 n'est pas besoin d'inscriptions, de dates ou de signatures pour pouvoir attribuer tous ces objets à une origine commune; l'analogie absolue des ornements et la similitude de facture les rattachent bien tous à une œuvre d'ensemble exécutée peut-être par plusieurs mains, mais, à coup sûr, sous l'inspiration d'un seul, le Maître de l'œuvre. En face d'un travail de cette importance, nous aurions été heureux de pouvoir déterminer la personnalité de l'artiste; l'humilité du religieux Ta peut-être empêché de se faire connaître.

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Le tronçon de route, (|ui [)orte encore dans Uorne le nom si célèbre autrefois de Voie Latine, aboutit à une ])orte murée depuis le séjour des armées françaises en Italie vers 1810: c'est l'anticiue Porte Latine. Au fond de cette im[)asse, pleine de calme, de ])aix et de silence s'élève un couvent de moines franciscains*, presque tous français, dont l'église, très ancienne, était un des titres paroissial de la primitive chrétienté ro-

maine. Elle était placée sous l'invocation de saint Jean en souvenir du supplice que l'apotre subit en ce lieu même et du miracle qui s'y opéra, car, précipité dans une cuve pleine d'huile bouillante, Jean en était sorti sain et sauf et s'était immédiatement mis à prêcher et à convertir les spectateurs.

1. Le titre cardinalice de Saint-Jean à la Porle Latine est actuellement occupé par im français, M^"" Langénieux. archevêque de Reims.

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Saint-Jean à la Porte-Latine, basilique à trois nefs très simple de forme mais très pure de style, a été construite sur l'emplacement d'un temple païen dont elle a emprunté les belles colonnes de marbre. Restaurée au commencement du ix' siècle, elle fut, à cette époque, dotée d'un porche élégant placé en avant de la porte principale; mais le souvenir le plus frappant de cette restauration est une margelle de puits placée dans le jardin des moines, à coté de la basilique. La cuve cylindrique de marbre, assez semblable de forme à celle du puits de Saint-Jean-de-Latran, est ornée de rinceaux et d'une suite de cinq petites arcades portées sur de courts piliers ; chaque arcade renferme une croix ou une palme; une longue inscription gravée en lettres lombardes sur le bandeau régnant à la partie supérieure donne d'une façon accessoire le nom du sculpteur auquel on doit ce travail; il s'appelait: STEPHANVS. Faut-il identifier ce Stephanus avec celui dont le nom est écrit sur l'archivolte de la basilique de Porto conservée au musée du Latran? Rien selon nous ne vient s'y opposer; les ornements, sans être absolument les mêmes, sont du même style et l'exécution pratique est identiquement la même.

Au reste, les règnes des papes Léon III et Pascal F" furent une époque d'activité artistique dépassant môme de beaucoup celle du règne d'Adrien. Aucun édifice de grande importance ne fut, il est vrai, construit à cette époque, mais la liste des restaurations d'églises dues à

ces deux papes, éniimération complètement écrite au Livre Pontifical, est véritablement interminable. Ces travaux paraissaient du reste, d'une nécessité absolue. Ne fallait-il pas reprendre et consolider toutes ces basiliques grandes ou petites, vieilles de quatre siècles et faites des débris des monuments antiques mis en œuvre sans grande expérience et à la hâte. Après de si brillants débuts, le ix" siècle est arrêté dans son essor par les calamités et les fléaux qui viennent assaillir Rome et la rejeter dans un état misérable ; dès 840 les Sarrasins envahissent le Latran, pillent Saint-Pierre ; il n'est plus dès lors question de décorer et de restaurer des églises ; il faut défendre Rome.

Rien que les monuments élevés à Rome pendant les IX' et X" siècles nous soient parvenus en plus grand nombre et mieux conservés que ceux du siècle précédent, néanmoins, les œuvres complètes ou les fragments ayant un caractère véritablement artistique sont rares et, si l'on ajoute à notre courte nomenclature les nombreux débris trouvés sur le Palatin et même dans les thermes de Garacalla, débris sans grand intérêt, réunis au musée lapidaire chrétien du Latran, on aura tout indiqué.

Certaines petites villes du domaine de Saint-Pierre conservent encore quelques monuments pouvant être attribués d'une façon à peu près certaine aux marbriers sculpteurs des ix' et x' siècles.

58 LKS MARBRIERS ROMAINS

Au musée d'Orvieto on voit un autel de marbre enrichi de quinze médaillons, formés par des baguettes entrelacées contenant des croix, des nœuds de rubans, et, dans celui du milieu, une colombe buvant dans une patène. Une inscription très effacée occupe la bordure supérieure : si Ton ne peut y trouver d'indication positive, le style des sculptures et surtout l'emploi des entrelacs caractéristiques permet d'attribuer ce monument à l'époque dont nous nous occupons.

Il en est de même d'une façade de ciborium mesurant 1",15 de largeur SLirO'",()() d(3 hauteur et |)()rtée sur des colonnes ayant 2 mètres d'élévation en y comprenant les bases et les chapiteaux. Cet intéressant fragment appliqué contre un des murs de l'escalier du musée est orné à sa ])artie supérieure d'une rangée de crossettes au-dessous desquelles un dessin régulier de losanges juxtaposés occupe la face entière de l'archivolte. Cette décoration obtenue au moyen de lilets de joncs entrelacés, ces crossettes d'un galbe lourd et peu régulier, ces chapiteaux à volutes et à larges feuilles unies révèlent un style d'une extrême décadence et sont l'œuvre d'une main bien peu expérimentée. On peut les attribuer, sans craindre une grave erreur, à un sculpteur du x' siècle.

D'Orvieto à Viterbe la route passe par Bolsena; nous nous y arrêterons un instant pour retrouver dans la charmante église de Santa-Cristina un souvenir de ces

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Autel et eiborium dans l'église de Sainte-Christine à 13olsena. — ix" siècle.

ÉPOQUE (iUËCO-ROMAlNE (VIIP-XI'^ SIÈCLE) Gl

temps presque barbares. Dans une nef latérale, un autel secondaire, simple table de pierre, est surmonté d'un ciborium élevé sur de hautes colonnes antiques de marbre blanc, cannelées, et accompagnées de délicats chapiteaux corinthiens.

L'intérieur du ciborium est voûté en arête ; à l'extérieur un dôme pyramidal le termine, et, ses quatre faces de marbre sont sculptées d'ornements réguhèrement symétriques formés de l'entrelacement de baguettes de jonc, semblables, ou peu s'en faut, à ceux du ciborium d'Orvieto. Que les colonnes soient hors de proportion avec la grandeur de l'autel, cela n'a rien qui puisse nous étonner; Bolsena n'est-elle pas l'antique Vulsinie, ses temples, riches en objets artistiques de toute sorte, n'ont-ils pu fournir à la décoration du sanctuaire chrétien? L'artiste, du x' siècle auquel on doit certainement la partie haute, le baldaquin du ciborium, n'était pas homme à se priver d'un tel secours pour compléter son œuvre, quelque peu judicieuse que nous paraisse aujourd'hui cette singulière adaptation.

Suivant la légende locale, ce serait en disant la messe à cet autel que, sous le pontificat d'Urbain IV, vers 1260, un prêtre imbu des hérésies qui agitaient alors l'ÉgHse, et ne croyant pas à la présence réelle aurait vu, au moment de la consécration, l'hostie se rougir de quelques gouttes de sang; scène et miracle interprétés d'une façon si magistrale par Raphaël aux Chambres du Vatican.

62 LES MAKBUIEUS ROMAINS

Les églises de Toscanella, ville voisine de Bolsena, conservent encore quelques morceaux bien intéressants de l'art du ix' siècle, caractérisé surtout parla monotonie de ses manifestations.

Les fonts baptismaux, placés dans la nef latérale de l'église de Sainte-Marie-Majeure, sont empreints d'un caractère d'archaïsme tout particulier. Un peu rougie par le temps, teintée par l'humidité d'une coloration verte et noirâtre, la cuve hexagonale de marbre s'élève encore sur les deux hauts degrés qui l'exhaussaient lorsque les néophytes venaient y recevoir le baptême donné par immersion. Le monument est complet; tel on le voit, tel il a dû être construit, car il y a harmonie parfaite dans toutes ses parties. La décoration sculpturale, variée d'un panneau à l'autre, représente, tantôt des roues ou des rosaces, tantôt des feuilles recourbées, enfermées dans des compartiments que dessinent des cordons et des nœuds, motifs analogues à ceux qui ornent les panneaux du ba])tistère de Cividale. On peut donc rapporte]^ ce monument aux premières années du IX' siècle '.

Le maître autel et l'ambon ont été reconstruits à la fin du xn' siècle, mais il entre dans leur disposition des fragments rapportés provenant sans aucun doute de mo-

1. CiC ])aplistère ainsi que les dossins d'ensemble relatifs aux églises de Sainte-Marie et de Saint-Pieii'e à Toscanella, sont donnés dans un article séparé de l'auteur, publié dans la Revue de VAi't chrélien, année 1896, t. VU, 3« et 4» livraisons.

ÉPUQUK GRÉC0-H()MA1M<: (V111"-X1' SIKCI.K) 03

numents plus anciens. L'autel, fiçrande table de marbre, est porté sur quatre colonnettes reliées par des panneaux sculptés de baguettes de jonc, de fleurons et de rosaces. L'arnbon, placé sur le côté gauche de la nef pri-ncipale, est une tribune carrée, suivant la forme généralement adoptée pour les chaires à prêcher à ])artir de la fin du xn' siècle ou du début du \uf ; quatre tronçons de colonnes supportent quatre arcs sur lesquels vient s'appuyer le parapet. Ces arcs, reproduction à peu près exacte de ceux du ciboriun) de Bolsena, même décoration d'entrelacs, même style, même courbe surbaissée, appartenaient selon toute évidence à l'ancien ciborium (rautel. Les panneaux formant le parapet de la tribune, de style et d'ap])arence absolument semblables à ceux des faces du maître autel, doivent avoir la même origine, et proviennent, croyons-nous, d'un ancien chancel traversant toute l'église pour séparer les nefs du transept.

L'autre église de Toscanella, placée sous l'invocation de saint Pierre, possède, comme celle de Sainte-Marie, mais en moindre quantité il est vrai, quelques curieux morceaux de la sculpture du ix' siècle.

Ce sont des panneaux, des dalles, des montants composant la haute balustrade qui entoure le chœur, comme à la basilique de Saint-Clément à Rome. On v voit des rinceaux, des entrelacs, des suites de médaillons formés de baguettes juxtaposées contenant des rosaces et des fleurons. Quelques-unes de ces dalles

G^i LES MARBRIERS ROMAINS

présentent cependant une autre décoration : ce sont de petites arcades découpées en lobes multiples enfermant des croix et retombant sur de courts pilastres cannelés. Sans remonter aux beaux sarcophages des \f et vif siècles sur lesquels se trouve une décoration analogue, on peut rapprocher ces motifs de ceux qui ornent les margelles des puits de l'église Saint-Jean à la Porte- Latine et du cloître du Latran, l'idée est la même, exécutée cependant avec un peu plus de délicatesse dans les formes et dans les détails. Tous ces ornements portent toutefois le caractère bien marqué d'une époque de décadence et se rattachent évidemment à l'art déjà barbare delà lin du ix' siècle'.

La très ancienne église de Sainte-Marie à Gastel Saint- Elia, près de Néj)i, renferme des œuvres d'une importance considérable pour l'histoire de l'art au moyen âge.

Les plus intéressantes sont sans contredit les peintures à fresques datant du xi' siècle, qui ornent les murailles du sanctuaire; mais en visitant cette église, on est frappé de rencontrer, encastrés sur les faces de l'ambon, ou incrustés à l'extérieur, dans l'architecture du portail, soit même parmi les tombes du vieux cimetière, des fragments de sculpture représentant des sujets variés indiquant un style et une facture parfaitement analogues; ornements plats, d'un relief

1. Voir les articles de M. Clausse sur les églises deïoscanclla, parus dans la fievue de VA?'t chrétien des mois de mai et juillet 1896.

ÉPOQUK (ÎHI^CO-UOMAINK (VIIP-XP SIÈCLE) 65

uniforme, offrant tous les caractères des œuvres de la fin du vni' ou du ix' siècle. Ce sont des bandeaux, des morceaux de cymaise ou de frise, des faces de pilastre dont l'ornementation se compose d'entrelacs courants faits de la réunion de trois baguettes de joncs, de rin-

Ancien auibon de Téglise de Sainte-Marie à Caslel-Saint-Elia. — ix^ siècle (D'après un croquis de M. F. Mazzanti).

ceaux, ou d'une suite d'arcs renfermant des croix ou des rosaces. Les panneaux de l'ambon représentent des damiers formés de carrés mixtilignes contenant des fleurons; certains d'entre eux sont entièrement couverts de méandres aux volutes juxtaposées, ou bien de croix inscrites soit dans de grandes roues soit dans des disques.

66 LES MAHBHIERS lîOMÂlXS

Il serait surprenant (ju'ayant entre eux une pareille ressemblance, toutes ces pièces, tous ces fragments n'aient pas la même origine, ne soient pas sorties de la même main.

Quelques-uns des panneaux ont servi au xi" siècle à reconstruire l'ambon, non plus comme à Sainte-Marie de Toscanella sur un modèle nouveau, mais en lui conservant à peu près sa forme primitive. Nous avons, dans le chapitre suivant, dessiné et reproduit cet ambon avec les anciens panneaux dont il est orné. Un archéologue distingué, M. FernandinoMazzanti, a voulu mieux faire en démontrant que tous ces fragments avaient appartenu au même meuble et proviennent de l'ancien ambon. Dans un dessin fort intéressant, il a rétabli cet ambon, tel qu'il devait être autrefois, en assemblant tous les débris de sculpture éparsdans l'église'. M. Mazzanti a pu reconstituer ainsi un magnifique édicule entièrement couvert de sculptures, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, et de plus, en a tixé l'origine ])ar une date certaine. En effet, sur un des morceaux de cymaise encastré dans la porte centrale de l'église, on peut lire, écrite en caractères romains, l'inscription suivante :

TEMP . DOMN . GREG . QUARTI Teni|)oril)iis Domiiii Gregorii qiiarti

Ce qui indique un espace de temps assez restreint compris entre les années 827 et 844.

1. iXiiùvo Balletllno de Archeologia crisliana. Ann. H. 1896.

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Nous signalerons encore clans les provinces ecclésiastiques, mais au midi de Rome cette fois, un ciborium, ou mieux un autel, conservé dans la crypte de la cathédrale de Ferentino, et présentant un arc de ciborium fort ancien accoté de moulures et de tronçons de colonnes torses d'une époque postérieure. La face du ciborium, ainsi utilisée, reproduit presque textuellement celle que nous avons rencontrée sous le portique de Sainte-Marie au Transtévère; l'arc est environné d'une archivolte formée de baguettes de joncs entrelacées, au-dessus passe un bandeau décoré de crossettes, dans les tympans, des oiseaux à longue queue béquètent des fruits ; c'est le même art, la même facture, le môme motif, et, si ces arcs ne proviennent pas tous du même monument, ce qui cependant pourrait être admis, il faut du moins les rapporter exactement à la même époque, c'est-à-dire à la première moitié du ix' siècle.

Nous voyons donc pendant deux siècles les mêmes types d'architecture et de décoration figurer avec une telle uniformité, une telle persistance, qu'il est presque impossible d'établir une différence sensible de l'un à l'autre. Et même, ces sculptures un peu grossières, dont l'exécution touche quelquefois à la barbarie, ne sont-elles souvent que des reproductions assez maladroites des finesses et des délicatesses du vni' siècle. Les romains, de moins en moins habiles à manier le ciseau à mesure que s'écoulaient les années de famine

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et de révolution, avaient promptement perdu tout esprit créateur; devenus simples copistes, praticiens ignorants, ils n'avaient pas tardé à méconnaître leurs modèles. Latin du vni'' siècle et le commencement du ix' promettaient presque une renaissance, l'antiquité avait reconquis une partie de son empire ; cette évolution n'a pu aboutir. L'impulsion donnée aux beaux-arts par quelques pontifes éclairés et énergiques est venu s'amortir et avorter au milieu des tristesses et des impuissances, compagnes inséparables d'une profonde désorganisation politique et morale.

L'empire d'Occident un moment reconstitué s'était écroulé dès qu'avait disparu l'homme prodigieux qui l'avait fait renaître. Charlemagne meurt; aussitôt à l'unité, à l'ordre succèdent l'anarchie et la division. Pour réprimer ces désordres la papauté temporelle peut seule intervenir. Créée par Constantin, anéantie par rintluence orientale autant que par les invasions, affranchie par Péj)in, dotée par Charlemagne, il faudra la compter désormais parmi les éléments nécessaires à l'équilibre des nations. Mais avant d'arriver au degré de grandeur et d'éclat dont il a su s'entourer plus tard, ce pouvoir, redouté au dehors, passe à Rome, au siège même de sa puissance, par les situations les plus périlleuses, parles agitations les plus folles, par les révolutions les ])lus graves. De là, cette absence presque absolue d'encouragements, ce manque d'initiative qui détermine chez les artistes romains un anéantissement

ÉPOQUE (IIIÉCO-UOMAINK (VIIl'^-XI'^ SlÈCLi:) GO

complet de leur espi'ii (riiiventiou ci même un ahaissement sensible de leurs facultés d'exécution.

Éloignées de ce centre permanent d'agitation, de ce foyer de compétitions toujours renaissantes qu'était Rome, les grandes villes italiennes jouissent pendant ce même temps d'un calme relatif leur permettant de s'intéresser aux œuvres d'art, d'embellir leurs églises et d'entretenir à leur service (juebpies habiles artisans ca|)ables de créer de belles choses. Aussi pouvons-nous admirer deux ouvrages très remarquables dûs à des artistes lombards du ix' siècle conservés, l'un à Milan, l'autre à Ravenne, ces rivales de Rome, sièges d'églises ayant lutté pendant des siècles pour se faire attribuer la suprématie religieuse en Occident.

Le ciborium de Tautel consacré à Saint-Eleucadius, troisième archevêque de Ravenne (100-112), a été érigé, suivant les termes de l'inscription qui le décore, par un prêtre nommé Pierre, sous l'épiscopat de l'archevêque Valerius :

AD HONOREM DnT. N . IH V . XPI . ET . SCI. ELEVCHADII.SVB TEMP . DOM . VALERII .

ARCHIËP . EGO . PETRVS . PRESB . FECIT.

Les deux derniers mots sont écrits en lettres verticalement placées les unes au-dessous des autres. La chronique de Tabbé Agnellus, sorte de livre pon-

tilîcal relatant les faits remarquables survenus à Ravenne sous le gouvernement de ses archevêques, indique Valerius comme ayant siégé entre les années 806 et 810; le ciborium de Saint-Éleucadius a donc été élevé au début du ix' siècle et présente encore toute l'élégance de forme et la tînesse d'exécution des œuvres du vni'. Les quatre robustes colonnes qui le soutiennent, cannelées jusqu'au tiers de leur hauteur et tournées en spirale à la partie supérieure, rappellent des types absolument romains' ; les chapiteaux sont évasés, peu élevés et variés de décoration; les tympans extérieurs sont ornés de rinceaux de pampre ou de paons buvant dans des canthares ; sur les archivoltes s'enroulent des branches de vigne entrelacées. Les faces intérieures présentent dans une ornementation analogue des croix et des oiseaux accompagnés de baguettes d'osier.

Ce beau ciborium transporté dans la basilique de Saint-iVpollinaire in Classe à une époque incertaine, peut-être au moment de la reconstruction et de la

1. Les grecs anciens cannelaient généralement toutes les colonnes; les grecs byzantins les préféraient lisses à cause de la beauté des marbres employés. Les romains de la bonne époque ne cannelaient que les colonnes de marbre blanc afin de tempérer leur éclat et d'habiller pour ainsi dire leur nudité. Vers la fin de l'empire, au iv^ siècle, les architectes delà décadence recherchèrent les cannelures bizarres, tournées en hélice ou coupées dans la hauteur par des bandes sculptées ou des tambours façonnés en baguettes ou agrémentés de feuillage. On trouve plusieurs exemples de ce genre d'ornementation des fûts de colonne au musée lapidaire du Latran. Dans les galeries du cloître, une architrave ornée d'une bande de mosaïque est supportée par deux colonnes coupées par un tambour; les tambours représentent une scène à plusieurs personnages; les fûts sont couverts d'une ornementation régulière de feuilles et de graines.

Alltel et cihorium de Saint-Eleucadiiis, dans la basilique <le Saint-Apollinaire iii Classe. Uavenne. — ix" siècle.

i':fm)que (.Hr:c()-i{()MAiNh: (viii*^-\i' siècle) 73

complète transformation de la cathédrale, vers 1740, a dû être de tout temps placé contre un mur, puis([ue sa quatrième face ne porte aucune trace de sculpture. En l'examinant avec attention, on peut se rendre compte que plusieurs des ])laques de marbre employées dans sa construction proviennentd'un monument plus ancien, probablement une clôture de chœur du \ i' siècle ; on aperçoit, en effet, sur certaines parties des faces intérieures, des croix accostées de rosaces et des oiseaux, restes d'une décoration primitive que l'on peut' aisément faire remonter au vf siècle.

Le grand ciborium élevé au-dessus du maître autel de la basilique de Saint-Ambroise à Milan est un très remarquable souvenir de l'art du ix' siècle. Moins pur de style cependant que le précédent, il se compose d'éléments appartenant à deux époques bien distinctes. Les quatre colonnes de porphyre rouge ainsi que leurs bases enfouies dans le sol par suite de l'exhaussement de la crypte proviennent sans aucun doute d'un édifice antique dépouillé par saint Ambroise au proiit de son église. Mais les chapiteaux figurant des corbeilles d'osier tressé, d'où s'échappent de larges feuilles et des fruits, ont été certainement sculptés au ix' siècle, au moment où l'archevêque Engilbert, après avoir reconstruit la basilique tout entière, voulut achever son œuvre par un présent vraiment royal et couvrit les quatre faces de l'autel des célèbres tables d'or enrichies de pierreries dont l'une

LES MARHRIKRS ROMAINS

porte son nom gravé avec la date : 835. La sculpture de ces chapiteaux est loin d'être parfaite et leur forme n'est guère qu'une reproduction des élégants chapiteaux byzantins du VI' siècle dont nous avons retrouvé de si beaux exemples à la basilique de Saint-Laurent.

La partie supérieure du ciboriuin devait se composer, suivant l'usage généralement adopté au ix' siècle, de plaques de marbre sculi)tées surmontées d'une corniche horizontale su])portant un dôme pyramidal ou liémis- ])hérique; du reste, c'est ainsi qu'il est représenté dans la grande mosaïque absidale, bien (pie les proportions n'en aient i)as été exactement observées '. A la suite des grands travaux de restauration entrepris à la tîn du xn' siècle (1196), pour réparer les désastres causés par l'écroulement d'une ])artie de la grande nef, la crypte fut complètement reconstruite, le chœur se trouva surélevé et le maître autel déplacé ; le ciborium subit alors d'importantes modilications, l'ancienne coupole disparut ainsi que la corniche qui la supportait, les quatre faces furent prolongées au-dessus des archivoltes pour former de grands tympans triangulaires agrémentés sur les rampants de suites de crochets réunis aux angles ])ar de légères colonnettes de marbre appuyées sur des

1. Un des tableaux latéraux de celte abondante composition représente saint Anibroise officiant à l'autel de son église; son àme l'abandonne et s'envole vers son ami saint Martin, expirant à Tours, et sa tête inerte s'appuye sur un ciborium dont les arcs sont surmontés d'une corniche su|)portant un dôme. Cette mosaïque célèbre a été reproduite avec détails dans notre ouvrage Basiliques et Mosaïques, t. 1. p. 'iOO.

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aigles; ces faces furent ornées de sujets avec personnages. Le principal motif de cette décoration représente le Christ assis entre saint Protais et saint Gervais. Toutes les ligures sont en stuc, procédé fréquemment employé ])ar les artistes byzantins.

La partie inférieure du- grand ambon situé au milieu de la nef doit également dater de l'épocjue d'Adalbert. Trois arcades portées sur des colonnettes de marbre dans la longueur, deux dans la largeur, soutiennent une tribune rectangulaire protégée par une balustrade formée de panneaux sculi)tés. Fortement endommagées parla chute de la voûte, les balustrades furent refaites entièrement. Mais le portique inférieur put être réparé ou plus tôt rétabli avec ses anciens éléments, les colonnes, une notable partie de chapiteaux, toutes les archivoltes et beaucoup des morceaux de la corniche purent être remis en place tels que nous les voyons aujourd'hui ; l'emploi général des entrelacs de joncs et de toute l'ornementation en usage au ix' siècle, le style de la décoration et la facture lourde et em])àtée de la sculpture ne peuvent laisser de doute sur Torigine du monument.

Il faut nous arrêter ici. Dès la fin du ix* siècle s'abat sur la Rome des papes la succession de fléaux et de désastres sous lesquels elle va succomber. En 846, les Sarrasins l'ont déjà envahie, le Vatican tombe entre leurs mains et la basilique de Saint-Pierre est mise au pillage. Léon IV crut se mettre à l'abri de nouveaux affronts en

élevant l'enceinte de la cité Léonine ; mais les ruines ne cessent de s'amonceler. En 896, l'année même où le fougueux Etienne IV, faisant déterrer le cadavre de son prédécesseur Formose, le condamnait à avoir la tète tranchée, le Latran s'écroule, et, pendant sept années, ses débris épars sont livrés à la rapacité de la populace. Reconstruit par le pape Sergius III, conformément au plan primitif, le nouvel édifice fut la dernière manifestation artistique de (pielque importance à laquelle assistèrent les Romains pendant cet « Age de fer », suivant l'expression de Grégoire VII.

Alors, chaque élection pontificale, chaque année presque, amène un nouveau malheur; cène sont que révoltes, massacres, famines, pestes et destructions. Aussi, sontils bien rares les monuments élevés pendant cette période de complète barbarie et bien dispersés ceux qui sont parvenus jusqu'à nous. En avançant vers la date fatale de l'an 1000, nous ne pouvons plus rien découvrir; la stagnation est absolue, l'impuissance radicale, la décadence touche au terme de sa chute ; l'art n'existe plus.

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Monogramme du pape Jean II. — vi^ siècle. Église de Saint-Clément. Rome.

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