PARIS B. DENTU, EDITEUR
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Permettez-nous, — cher lecteur ou très-aimable lectrice, — de commencer cette petite préface en vous expliquant, le plus clairement qu'il est en notre pouvoir, quelle est la catégorie de gens que nous entendons désigner par cette qualification : Marchands de miracles;
— Et de répondre ainsi à la première question que vous nous adresserez probablement, en ouvrant ce volume :
Les marchands de miracles sont vieux comme le monde, éternels comme la bêtise humaine ; ils sont de toutes les époques et ont pris tous les visages, selon l'esprit des temps.
Depuis Aaron ils traversent les âges. Des Empires de Babylone et de Ninive ils passent chez les Grecs, rv
et font l'ombre au tableau du grand siècle de Périclès.
Rome les voit se multiplier dans son sein, lors delà décadence du Bas-Empire.
Maîtres du monde dans les premiers siècles de notre ère, ils retardent , de tout leur pouvoir, le développement du Christianisme.
Vaincus , persécutés , mais renaissant de leurs cendrps, les marchands de miracles franchissent le3 siècles de Charlemagne et de Saint-Louis.
Le moyen âge les lègue à l'histoire moderne ; la Révolution française ne les fait disparaître qu'un instant, et nous les voyons aujourd'hui, à l'abri des libertés si chèrement achetées par les peuples modernes, ouvrir de nouveau leurs temples, faire appel aux plus tristes passions, et jeter un audacieux défi à l'esprit de lumière du xix e siècle.
En un mot, les marchands de miracles sont tous les individus , des deux sexes , qui vivent ou ont vécu de la crédulité publique et de l'ignorance des hommes...
Faux prophètes et sorciers, pythonisses et diseuses de bonne aventure, illuminés, médiums, spirites, somnambules , lucides , évocatcurs , charlatans et autres tricheurs de tous les payB, qui spéculant
sur l'humaine faiblesse, se créent, de par leur bon plaisir, les intermédiaires entre la divinité et les hommes.
Nous nous étendrons le moins possible sur ce qu'ils ont fait jadis, on connaît toujours mieux l'histoire ancienne que l'histoire contemporaine.
Qui ne se souvient des mystères de Delphes, de Cumes et d'Endor ?
Qui n'a lu les détails des sacrifices humaines, que les prêtres d'abord et plus tard les éorciers, accomplissaient pour se rendre les augures favorables ?
Le triste bilan de la superstition tfa-t-il pas été cmt fois dressé I
Les marchands de miracles du paganisme avaient tellement corrompu l'esprit des peuples, que même depuis le Christianisme, nous avons vu des serviteurs d'un dieu d'amour et de pardon qui, égarés par le mysticisme* ont essayé de rétablir les plus détestables pratiques païennes, en cherchant à purifier les âmes par le bûcher.
Aujourd'hui, les marchands de miracles ont mis un nouveau masque.
Ils sont, suivant les besoins de leur cause, Théistes, Déistes ou Voltairiens.
Us refont la Genèse, commentent les saints Évangiles et expliquent l'Apocalypse.
Ils vous mettront en relation avec l'esprit de Jésus-Christ, Pesprit de Mahomet ou l'esprit de Moïse.
Les spirites et les évocateurs sont de toutes les opinions ; ce sont des esprits bien élevés qui possèdent l'art de contenter tout le monde.
Les pieds de table sont complaisants et, suivant les personnes qui les interrogent, ils créent de la politique de fantaisie, ils sont au service de toutes les restaurations, et vous montreront aux Tuileries, en l'an de grâce que vous voudrez , Henri V , le comte de Paris ou la République universelle.
Interrogés dans un autre centre, ils vous raconteront les exploits futurs de sa future Majesté Napoléon IV...
Ils chanteront sur le même air vive Henri IV ou la Marseillaise.
Ils sont partisans de tous les systèmes planétaires et vous montreront votre grand-père, dans Janus ou la grand' Ourse.
Ils acceptent la métempsycose et feront sortir l'esprit de Socrate d'une branche de chêne centenaire.
Enfin ils sont d'autant plus dangereux qu'ils flat-
tent toutes les passions, ouvrent leur porte à toutes les idées et nous promettent l'accomplissement de tous nos désirs.
Tant que ces gens n'ont eu pour métier que de nous tirer la bonne aventure et jamais la mauvaise, le mal n'était pas très-grand ! — Si vous n'étiez pas content de l'horoscope d'une mademoiselle Lenormand quelconque, vous alliez chez sa concurrente et, moyennant un louis, votre bonne aventure était arrangée à vos souhaits.
Lorsque les magnétiseurs se contentaient de lire le numéro de votre boitier de montre ou de vous donner des nouvelles de la personne aimée, le mal n'était guère plus grand encore! — nous vivons tous d'espoir, et heureux sont ceux qui meurent en espérant!
Mais à présent, il n'en est plus ainsi ; les spirites, ces marchands de miracles de notre époque, s'appellent légion et ils entraînent la foule.
Dans ee siècle à faible croyance, ces imposteurs créent un culte nouveau qui est un véritable danger pour la société.
Leur temple est un immense triangle, avec des dupeurs au sommet et des dupés à la base...
L'armée , le barreau, les arts comptent déjà de
nombreuses victimes les maisons de fous se
remplissent !
Le spiritisme est un danger sérieux, un mal social.
Il attaque la religion, la société, la famille, le Gouvernement.
Il fait passer devant les yeux troublés de ses adeptes, toutes les Aspasies etjes Laïs de l'antiquité.
La folie et l'onanisme, voilà ses résultats !
Pour nous, qui sommes convaincus que la persécution ne sert qu'à grandir les persécutés, nous n'invoquons pas contre ces éhontés charlatans la sévérité des loip ; nous avons pour les combattre une arme puissante, qui s'appelle la raison, et nous espérons avec l'aide de Dieu et la conscience des honnêtes gens, les tuer par le ridicule.
Nous allons donc, chers lecteurs, faire défiler devant vous les anciens et les modernes sorciers.
Nous leur arracherons leurs masques et vous pourrez les juger suivant leurs œuvres.