‹ Les marchands de santé (volume 2)Chapitre 29 sur 59 · CONSULTATIONS GRATUITES · texte numérisé non relu

CONSULTATIONS GRATUITES

Le docteur Tatonnet fut doux, paterne, char- ; lant.

— Monsieur, dit-il à Onésime après l’avoir uaminé avec beaucoup de soin en apparence, monsieur, ce sont les entrailles qui sont chez

'Dus le siège du mal ; mais des entrailles l’affec-

•an s’est propagée. dans tout le corps.

La franchise me fait un devoir de vous parler nsi ; d’ailleurs mon langage ne saurait vous être ispect.

Vous savez en effet que je donne toujours mes ins gratuitement.

En échange de ce procédé, dont vous apprêterez j'espère la délicatesse, je ne demande au alade qu’une seule chose, à savoir de se confiner scrupuleusement à la médication que je cescris.

J’ajoute surtout une importance capitale à ce le les remèdes soient bien préparés.

Tout est là, monsieur, tout est là.

Aussi me suis-je adjoint, un pharmacien de la fauté duquel je me suis assuré, et chez lequel veux exclusivement qu’on porte mes ordonnées.

Vous comprenez, monsieur, qu’en cela votre

Mh

intérêt seul me guide, puisque les bénéfices qu’il peut réaliser n’entrent pas dans ma poche.

Voici ma prescription...

11 montrait une pancarte de six colonnes. — 11 n’y faut pas négliger un mot, pas modifier un iota.

Permettez-moi, — pour plus de sûreté et toujours dans votre intérêt — de donner moi-même les ordres nécessaires.

Mon pharmacien est à l’étage ci-dessous; mes remèdes familiers y sont prêts d’avance.

L’affaire de cinq minutes...

Ce disant, le docteur Tatonnet glissa son ordonnance dans une sorte de tube qui communiquait avec l’étage inférieur.

Au bout de quelques instants, deux garçons pharmaciens parurent, portant chacun un volumineux paquet.

— Posez cela sur la table, dit le docteur Tatonnet simplement. Vous me répondez sur votre tête de la qualité des produits...

— Monsieur le docteur...

— C’est que je ne plaisante pas, vous le savez.

CONSULTATIONS gratuites

Puis se retournant vers Onésime.

— Mon cher monsieur, je crois que vous serez i îe de mes plus belles cures... Voici la note du I larmacien... 921 francs 50, que je me charged de lui remettre de votre part.

— Neuf cent vingt et un francs de drogues !

— 11 ne manquerait plus, monsieur, que vous uarchandassiez.

11 me semble que je ne vous marchande pas won temps, moi qui consacre aux classes soldantes mes veilles et mes forces...

— Neuf cent vingt et un francs, répéta Onérme en payant machinalement et en se laissant lurrer par le docteur Tatonnet un des gros pauets de remèdes sous chaque bras.

Page 1