‹ Les marchands de santé (volume 2)Chapitre 36 sur 59 · CHASSEZ LE NATUREL · texte numérisé non relu

CHASSEZ LE NATUREL

— Et laquelle?

— Celle des spécialistes!

11 paraît que les malades ont plus de confiance lans leshommes qui ne se déclarent capables de soigner qu’une seule maladie que dans celui qui sait es guérir toutes.

De là l’exploitation en grand.

Chaque espèce a d’abord eu sa spécialité, puis chaque division, puis chaque subdivision.

Nous avons maintenant les spécialités pour le poumon gauche et les spécialités pour le poumon droit; les spécialités pour le haut du corps et celles pour le bas ; les spécialités pour la cheville, pour le mollet, pour le genou, pour la cuisse, pour la hanche, pour l’avant-bras, pour le coude, pour barrière-bras, pour, l’épaule, etc., etc., etc. Jugez si des gens qui ont localisé leur savoir sur des points si restreints doivent être arrivés à une ' érudition prodigieuse !...

— Vous avez raison, répondit Onésime sans s’apercevoir que maître Helleborus se mordait les lèvres pour ne pas' éclater de rire...

Chaque spécialiste le déclara atteint de la maladie dont il avait adopté la spécialité.

Ce cas devenait de plus en plus embarrassant.

Et pourtant Onésime, pour mieux s’éclairer, s’était abonné au premier journal de médecine de Fantasia-planète, à la Ventouse, feuille aussi hebdomadaire qu’influente.

Il se gorgeait d’articles de fonds sur la décou-

verte d'un nouveau système de sangsue mécanique, d’articles de genre sur les fonctions 'pathologique dû périoste , de feuilletons sur...

Oh ! le feuilleton c’était surtout le triomphe de la Ventouse.

Elle avait compris, cette publication périodique t maligne , que l’aridité de la science éloinait d'elle un certain nombre de lecteurs qu’elle ouïrait conquérir sans ce vice rédhibitoire. On *va aux moyens de conquête.

La Ventouse était dirigée par un marchand e santé qui, incapable de réussir pour son prore compte, avait résolu de réussir pourle compte es autres, c’est-à-dire en exaltant ou critiquant -urs travaux, découvertes ou innovations.

De là l’idée du feuilleton médico-romanesque, ’était exquis et ingénieux.

Jugez-en par cet échantillon :

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