LA PHTISIE DANS L'AMOUR
( Suite )
« Marguerite ce jour-là était pâle comme une morte...
» Albert qui suivait avec angoisse les progrès du mal,
arriva lui-même en proie a un découragement qu’il ne pui déguiser à sa fiancée. »
— Albert qu’as-tu? s’écria-t-elle en le voyant entrer.
— Moi, rien !
— Albert, tu me trompes.
— - Une légère amygdalite 1...
— Quand je te le disais!
— Ce n’est rien, rassure-toi. J’ai pris hier au soir deux cuillerées du sirop de l’excellent docteur Dulaurier 2 * *. Mais toi, ma Marguerite adorée, toi mon ange, to ma vie !
— Moi !... Eh bien !...
— Eh bien ! je veux que tu te soignes.
— A quoi bon5?
— Enfant, tu oublies donc que nous sommes fiancés et que j’ai le droit d’exiger que tu me conserves le trésor de mon bonheur!
— Albert, je te jure que je ne souffre plus. D’ailleurs
1 Voir notre Dictionnaire des connaissances médicales, Prix 20 francs. Deuxième édition. Barbichon, éditeur.
2 Le flacon 15 francs. Dépôt dans toutes les pharmacies.
5 Voir notre Traité de l' indifférence en matière de santé.
Prix 30 francs. Barbichon, éditeur.
i'ai-je pas essayé de tous les remèdes? J’ai pris la pâte l'escargots sympathique l.
— Une abominable drogue.
— Les poudres de Tamarina curativa 2 3.
— Un charlatanisme effronté.
— La délicieuse farine de santé dite Ressuscitâtes àère 5,
— De la farine de haricots rouges qu’on vend pour une oanacée.
— Mais alors Albert a qui veux-tu que je me confie?.,,
— A qui !... au docteur Bibolin 4 qui vient de trouver le ^novateur des poumons.
Écoute-moi bien; je veux ^expliquer la théorie du rénovateur des poumons, car c’est àdui que nous devrons notre bonheur
(Suivaient deux colonnes de dissertations médicales. Après quoi le feuilleton se terminait par le
1 Du docteur Pinard.
2 Du docteur Tratinois.
3 Du docteur Fuyotard.
4 Rue Bon-Apôtre, 14-10 (de 3 à 5).
mariage de Marguerite, sauvée par le rénovateur Bibolin (de 3 à 5).
Dans les premiers temps, ces lectures avaient captivé l’attention et l’émotion d’Onésime.
Cependant il finit par s’apercevoir que certains noms de docteurs revenaient toujours avec les mêmes sarcasmes, certains autres toujours avec les mêmes éloges, et il en fit part à Helleborus.
Celui-ci pour toute réponse lui mit sous les yeux le tarif des louanges de la Ventouse. Le bandeau était déchiré et ce déchirement fut suivi d’une résolution héroïque, que Du Tilleul signifia un beau matin en ces termes à son compagnon :
— Monsieur Helleborus, lui dit-il, vous ne voulez toujours pas me laisser retourner sur la terre?
— A quoi bon, cher monsieur Du Tilleul?
N’avez-vous point ici tous les ridicules de là-bas? Vous en manque-t-il un seul?
— Mais ma santé dépérit.
— 11 le faut pour votre guérison.
— J’ai dépensé des sommes folles.
— Nul ne vous y force.
— Ma confiance en la médecine s’affaiblit de jour en jour.
— Heureusement.
— Monsieur Iïelleborus?
— Monsieur Du Tilleul?
— Pour savoir à quoi m’en tenir, je veux devenir marchand de santé, moi-même.
— J’allais vous le proposer, répondit froidement maître Iïelleborus.