SCÈNE DF, MOEURS
avant d’aller plus loin?... C’est un des charmes singuliers de Fantasia-Capitale. Où qa’on se trouve, on n’a qu’à pénétrer au rez-de-chaussée de la première maison qui se présente, et l’on est dans un café.
Les cafés échappent seuls à la loi de centralisation universelle ; ils sont partout à la fois.
— Comment, toutes ces boutiques?...
— Des cafés, rien que des cafés. Les autres industries ou commerces ont été obligés de se réfugier aux étages supérieurs. Il y a des établissements de limonade qui occupent une superficie de trois lieues carrées, ce qui oblige les garçons à faire le service dans de petits wagons qu’aspire une machine atmosphérique... Entrez donc!
— D’est, qu’on m’a défendu de rien prendre entre mes repas.
— Le dernier que vous avez fait a eu le temps de se laisser digérer... Entrez donc 1
Avant même qu’ils se fussent installés à une table, un roulement bruyant fit, sursauter Onésime.
C’était un garçon qui fondait sur les deux con-
sommateurs dans son wagon à grande vitesse :
— Absinthe, bitter, vermouth... eau-de-vie, alcool, trois-six, vitriol!..
— Qu’est-ce qu’il nous conte avec son vitriol? dit Onésime en frémissant d’épouvante.
— Vitriol au genièvre, article très-demandé, répliqua le garçon.
— Une boisson imaginée pour les palais blasés par les mièvreries de l’absinthe, expliqua le guide de Du Tilleul...
— Mais cela doit causer dans les organes des ravages épouvantables.
— C’est là l’attrait... Vous ne voulez pas en goûter ?
— Grand Dieu ! moi!... Mon docteur qui m’interdisait jusqu’à un simple canard... Si l’on pouvait me préparer une infusion de camomille...
— Allons donc! Vous plaisantez... Buvez-moi un peu de café.
— C’est bien échauffant.
— De bière.
— C’est bien froid.
— Mais puisque vous avez autour de vous