SCÈNE DE MOEURS
•soixante mille médecins qui veillent. Vous l’oubliez donc toujours?... De la bière, garçon.
— Un tonnelet ou un demi-tonnelet.
— Que signifie?... s’écria derechef Du Tilileul...
— C’est la mesure habituelle; il y a des gens qui sont arrivés à en avaler six tonnelets dans une soirée, après avoir commencé par des canettes. comme à Paris.
— Juste ciel !...
Le garçon était revenu, prompt comme la foudre.
— Voilà ! messieurs... C’est trente-six francs, •s’il vous plaît !
— Bigre ! exclama Onésime.
— Et cinq francs de pourboire.
— Vous êtes fou?... Ce garçon est fou...
— Tâchez de vous dépêcher, où j’appelle un agent de police.
— Pour me forcer à vous donner cinq francs de pourboire?
— Et je me gênerais encore.
— Eh bien ! je m’y refuse. Le pourboire est facultatif.
— Vous croyez cela... Garde, empoignez-moi ces messieurs... Qui m’a donné des malotrus pareils?
Le guide d’Onésime eut la précaution de s’interposer au bon moment :
— Voilà vos quarante-deux francs, mon ami ; agréez les excuses très-humbles de monsieur qui est étranger et n’est point habitué aux coutumes du pays.
— A la bonne heure, grommela le garçon en s’éloignant... Sans quoi!... Et qu’il s’avise une autre fois de me parler le chapeau sur la tête!...
—M’expliquerez- vous... demanda à son dcerona . Du Tilleul, tout frémissant d’émotion contenue.
— Pden de plus simple.
Les garçons de café de votre pays n’en soaî encore qu’à la malhonnêteté, et ceux-ci en sent à la domination.
C’est, du reste, ce à quoi vous marchez en France. Le pourboire que vous subissez niaisement y deviendra un impôt de droit; l’insolence que vous tolérez s’y métamorphosera en autocratie subalterne. Laissez-leur prendre un pied