LES VAUTOURS DE LA PUBLICITÉ
ne fut nullement ému par cet accident et r/en hâta ni n’en ralentit son allure.
De sorte que le monsieur sourd allait bel et b:eu avoir avec les roues des rapports intimes.
Heureusement un des polissons qui avaient les yeux fixés sur la voiture remarqua sur le sol un corps étranger.
— Un homme à la mer! cria-t-il.
C’était le signal adopté depuis qu’un passant avait péri noyé dans le macadam perfectionné de la planète Fantasia.
Aussitôt deux agents s’élancèrent intrépidement à la nage, tandis que deux autres tendaient des perches du haut du trottoir. Un des agents arrêta le cheval, l’autre plongea pour arriver jusqu’au naufragé.
Le monsieur sourd ôtait sauvé, — mais tout était loin d’être fini.
La comédie des accidents commençait au contraire.
Les agents gourmandaient le cocher et prenaient son numéro; les badauds attroupés péroraient et formulaient des théories sur la surveillance de la voie publique; Onésime voulait descendre.
A quoi bon? fit son compagnon.
— Peut-être ce pauvre monsieur a-t-il besoin de soins. Dans quel état il est!
— Au point de vue de la coquetterie, sa tenue laisse à désirer, mais sous le rapport sanitaire, il ne peut avoir aucune blessure. D’ailleurs il est sûr d’être plus soigné qu’il ne le voudra.
En effet — et comme poussés par un ressort — les six marchands de santé grimpés derrière la voiture s’étaient précipités, aux premières rumeurs de l’accident.
Ils entouraient la victime comme s’ils eussent voulu s’en disputer les morceaux.
L’un lui prenait le bras, l’autre lui tirait les pieds, celui-ci voulait lui palper les côtes, celuilà lui frictionner la colonne vertébrale.
— Il faut le déshabiller !
— Il doit avoir au moins une fracture.
— Une blessure.
— Une foulure.
— Une écorchure.
— Il n’est pas possible qu’on fasse une chute pareille sans qu’il en résulte aucun symptôme morbide.
— Ce serait indécent.