‹ Les marchands de santé (volume 3)Chapitre 32 sur 79 · LE JOURNAL DES DÉCÈS · texte numérisé non relu

LE JOURNAL DES DÉCÈS

L’effet n’en était pas moins produit.

C’étaient des registres terribles que je tenais .à, terribles pour la réputation de ceux dont je relevais les morts.

— Tiens! tiens! tiens!... Savez- vous, Onésime, que monsieur est de première force?

— Monsieur est bien bon... Je ne mérite pas .ses éloges, car le Journal des Décès n’a réussi qu’à moitié.

— Quel malheur !

—Dans les commencements, c’était à qui viendrait m’offrir des compensations sonnantes pour que je n’imprimasse pas son nom dans mon journal.

— Cela se conçoit.

— Toutefois, au bout d’un temps assez court, lit a surgi une complication embarrassante.

Un marchand de santé me donnait, je suppose,

. cinquante écus pour ne pas être nommé, j’empochais et je souscrivais; mais arrivait un autre marchand de santé, un rival du premier, qui avait appris que celui-ci avait perdu tel malade. Lui m’offrait cent écus pour nommer son confrère.

Le moyeu de refuser cent écus, je vous le de-

mande, messieurs... On n’est pas de bronze, que diable!

— Sans quoi on se fondrait pour battre monnaie, observa Helleborus.

— De sorte qu’il arriva que tel docteur qui avait payé figurait quand même sur les listes du Journal des Décès , à cause de la surenchère du concurrent.

C’est si embrouillé la tenue des livres en partie double !

Bref, à force de voir ces petits accidents se répéter, les marchands de santé finirent par s’éloigner de moi, et je suis retombé du haut de mon rêve réalisé un instant.

— Vous avez dû vous faire mal.

— Bien mal, messieurs. Je suis sans place depuis un mois.

— Vous nous l’avez dit.

— Et si vous vouliez utiliser mes connaissances» ». Je ferais tout... Avez-vous besoin d’un homme certificat? d’un antichambrier? N’importe le prix... Quand il faut vivre...

— Mon cher garçon, nous n’avions besoin que de vos renseignements. Merci.

— Comment! Vous n’êtes donc pas...

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