LE JOURNAL DES DÉCÈS
L’effet n’en était pas moins produit.
C’étaient des registres terribles que je tenais .à, terribles pour la réputation de ceux dont je relevais les morts.
— Tiens! tiens! tiens!... Savez- vous, Onésime, que monsieur est de première force?
— Monsieur est bien bon... Je ne mérite pas .ses éloges, car le Journal des Décès n’a réussi qu’à moitié.
— Quel malheur !
—Dans les commencements, c’était à qui viendrait m’offrir des compensations sonnantes pour que je n’imprimasse pas son nom dans mon journal.
— Cela se conçoit.
— Toutefois, au bout d’un temps assez court, lit a surgi une complication embarrassante.
Un marchand de santé me donnait, je suppose,
. cinquante écus pour ne pas être nommé, j’empochais et je souscrivais; mais arrivait un autre marchand de santé, un rival du premier, qui avait appris que celui-ci avait perdu tel malade. Lui m’offrait cent écus pour nommer son confrère.
Le moyeu de refuser cent écus, je vous le de-
mande, messieurs... On n’est pas de bronze, que diable!
— Sans quoi on se fondrait pour battre monnaie, observa Helleborus.
— De sorte qu’il arriva que tel docteur qui avait payé figurait quand même sur les listes du Journal des Décès , à cause de la surenchère du concurrent.
C’est si embrouillé la tenue des livres en partie double !
Bref, à force de voir ces petits accidents se répéter, les marchands de santé finirent par s’éloigner de moi, et je suis retombé du haut de mon rêve réalisé un instant.
— Vous avez dû vous faire mal.
— Bien mal, messieurs. Je suis sans place depuis un mois.
— Vous nous l’avez dit.
— Et si vous vouliez utiliser mes connaissances» ». Je ferais tout... Avez-vous besoin d’un homme certificat? d’un antichambrier? N’importe le prix... Quand il faut vivre...
— Mon cher garçon, nous n’avions besoin que de vos renseignements. Merci.
— Comment! Vous n’êtes donc pas...