LE JOURNAL DES DÉCÈS
— Et puis, poursuivit l’homme, j’avais une idée n tête.
— Ah ! ah !
— Oui ! Je voulais fonder le Journal r.es Décès.
— Joli titre, n’est-ce pas, mon cher Du Tilleul?
— Je ne trouve pas, bougonna Onésime.
— Bah !... peur à part...
— D’ailleurs, messieurs, mon intention n’était,
pas de faire une affaire littéraire, mais bien une affaire commerciale.
— Je m'en doutais, dit Helleborus.
— Mon idée était excellente, monsieur; et pratique! et simple dans sa conception!
Le Journal des Décès paraissait deux fois par semaine, avec la liste de toutes les personnes un peu notables trépassées dans la planète Fantasia; seulement, à la nécrologie de la routine, j'ajoutais, — et c’était là le point capital, — j'ajoutais le nom du ou des docteurs qui avaient soigné le défunt.
— Voyez-vous cela ! de la réclame gratuite, ricana Helleborus.
— De la réclame! Vous croyez? Mon Dieu! que vous êtes donc jeune dans la partie.
Mais au contraire ! J’avais beau envelopper la mention d’euphémismes hypocrites tels que :
« Malgré le dévouement dont a fait “preuve M. le docteur ... »
» En dépit de ses efforts , la science du docteur... a échoué. »
» M. le docteur... a fait ce quil a pu sans réussir à conjurer.,, »