‹ Les marchands de santé (volume 3)Chapitre 44 sur 79 · LES VADIUS ET LES TRISS0T1NS · texte numérisé non relu

LES VADIUS ET LES TRISS0T1NS

— Par Tahnemann...

— Ah ! c’est ainsi...

— Vous le prenez sur ce ton...

— Nous allons voir.

— On vous apprendra la politesse...

Sur ce, les quatre champions commencèrent à m venir aux mains avec un acharnement que ’amour de la science ne suffisait pas à rehausser. >

La garde arriva sous la conduite du caporal

traditionnel.

— Qu’est-ce que c’est? demanda le caporal.

— C’est des marchands de santé qui s’attrappent, cria la foule.

— Des marchands de santé!... Peloton!... em- [poignez-moi-les. «

Les soldats ne bougèrent pas...

— Eh bien! de quoi! Des braves, qui ont dix ans de campagne, reculer devant quatre faibles citoyens.

— Dame, caporal, excusez si j’objecte, fit un des soldats; mais des docteurs, on a beau être brave... Ils n’auraient qu’à nous reconnaître un jour à l’hôpital —

— C’est juste... Eh bien, celui qui les em-

poigne nonobstant, je solliciterai pour lui de l’avancement.

Les quatre soldats s’élancèrent aussitôt avec une témérité qui parut vivement impressionner les assistants.

CONSULTATIONS GRATUITES

Maître Ilelleborus considérait Onésime du coin de l’œil, mais il se garda bien de lui demander compte de ses sensations. Il préférait laisser agir ila raison, qui devait tôt ou tard recouvrer ses droits.

Ce fut donc silencieusement qu’on arriva au cabinet des Consultations gratuites ou plutôt à l’un de ces cabinets.

Le nombre en était en effet considérable, et il fallait que Fantasia-Capitale recelât dans son

sein bien des philanthropes pour qu’ils se livrassent à l’exercice d’une médecine si désintéressée.

Telle fut du moins la réflexion qui réconforta un peu le petit-fils d’Àrgan , que la scène précédente avait visiblement démoralisé.

Autre sujet de remarque.

La foule était beaucoup moins grande à la consultation gratuite qu’à la consultation de mille francs.

Cette dernière particularité n’avait pas encore pu être éclaircie par Onésime quand il se trouva en présence du docteur Tatonnet.

Le logis du docteur Tatonnet affectait une simplicité voisine de la nudité; pas un tableau sur les murailles, pas une glace, pas une tenture.

Rien que des rayons de sapin chargés de gros livres de médecine ; un bureau de bois blanc et deux chaises de paille. Sur l’une le docteur, sur l’autre le malade.

Car là on consultait assis.

Tous ces détails causèrent à Onésime une impression favorable.

— Je crois que cette fois j’ai mis la main sur 'un modèle de probité et de dévouement...

CONSULTATIONS GRATUITES

Le docteur Tatonnet fut doux, paterne, charuant.

— Monsieur, dit-il à Onésime après lavoir xaminé avec beaucoup de soin en apparence, aonsieur, ce sont les entrailles qui sont chez ous le siège du mal; mais des entrailles l’affecion s’est propagée dans tout le corps.

La franchise me fait un devoir de vous parler dnsi ; d'ailleurs mon langage ne saurait vous être

suspect.

Vous savez en effet que je donne toujours mes soins gratuitement.

En échange de ce procédé, dont vous apprécierez j’espère la délicatesse, je ne demande au malade qu’une seule chose, à savoir de se conformer scrupuleusement à la médication que je prescris.

J’ajoute surtout une importance capitale à ce que les remèdes soient bien préparés.

Tout est là, monsieur, tout est là.

Aussi me suis-je adjoint un pharmacien de la loyauté duquel je me suis assuré, et chez lequel Je veux exclusivement qu’on porte mes ordonnances.

Vo*s comprenez, monsieur, qu’en cela votre

intérêt sent me guide, puisque les bénéfices qu’il peut réaliser n’entrent pas dans ma poche.

Voici ma prescription...

Il montrait une pancarte de six colonnes. — Il n’y faut pas négliger un mot, pas modifier un iota.

Permettez-moi, — pour plus de sûreté et toujours dans votre intérêt — de donner moi-même les ordres nécessaires.

Mon pharmacien est à l’étage ci-dessous ; mes remèdes familiers y sont prêts d’avance.

L’affaire de cinq minutes...

Ce disant, le docteur Tatonnet glissa son ordonnance dans une sorte de tube qui communiquait avec l’étage inférieur.

Au bout de quelques instants, deux garçons pharmaciens parurent, portant chacun un volumineux paquet.

— Posez cela sur la table, dit le docteur Tatonnet simplement. Vous me répondez sur votre tête de la qualité des produits...

— Monsieur le docteur...

— C’est que je ne plaisante pas, vous le savez. Merci 1...

CONSULTATIONS GRATUITES

Pais se retournant vers Onésime.

— Mon cher monsieur, je crois que vous serez me de mes plus belles cures... Voici la note du (harmacien... 921 francs 50, que je me chargeai de lui remettre de votre part.

— Neuf cent vingt et un francs de drogues !

Il ne manquerait plus, monsieur, que vous

marchandassiez.

11 me semble que je ne vous marchande pas mon temps, moi qui consacre aux classes souffrantes mes veilles et mes forces...

— Neuf cent vingt et un francs, répéta Onéssime en payant machinalement et en se laissant f fourrer par le docteur Tatonnet un des gios parquets de remèdes sous chaque bras.

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