CHASSEZ LE NATUREL
Les leçons s’étaient suffisamment multipliées et accumulées pour corriger les plus endurcis.
Mais Onésime était l’héritier de quatre générations de malades imaginaires... Songez !
Dès le surlendemain il recommençait ses lamentations ; trois jours après, il se remettait en campagne.
O dénombrements homériques! énumérations colossales, vous-mêmes vous ne suffiriez pas à évaluer ce qu’il vit de marchands de santé, ce
qu’on lui attribua d’affections différentes, ce qu’il consomma de remèdes, ce qu’il endura d’angoisses.
Les consultants n’étaient d’accord que sur le désaccord. Quant au surplus c’était à qui démentirait le diagnostic précédent pour être à son tour démenti par le diagnostic suivant.
Celui-ci affectait la brutalité, celui-là la bonhomie, un troisième l’élégance, un quatrième la malpropreté. Il en avait consulté de jeunes, de vieux, de consolants, de désolants, de graves, de frivoles, de grands, de petits, de gras, de maigres, de blonds, de bruns, de gris.
L’un l’accablait de drogues, l’autre lui défendait absolument tout ce qui n’était pas du domaine de l’hygiène pure et simple.
Onésime en perdait la tête.
Ce que voyant, Helleborus lui dit :
— Mon cher ami, je crois que le moment est venu pour vous d’entrer dans une nouvelle période de consultations.
— Est-ce encore une ironie ?
— Par exemple!... Seulement nous sommes inexcusables de dédaigner toute une partie de la science, — la plus nombreuse peut-être.