LE BANQUET DES NEVROBIOLOGISTES
— Docteur A..., fit derechef la voix, tu ne m’avérais pas invité, mais me voilà. Souviens-toi du malade que ton ignorance a tué dans la rue 'Neuve, c’est bien le moins que tu me fasses la i politesse de m’offrir à dîner. Veux-tu, docteur ÜA ...?
Le docteur A... blêmit horriblement.
Les autres convives ne savaient quelle contenance tenir. L’un d’eux pourtant, essayant une diversion, se disposait à parler.
— Docteur B... . reprit une autre voix, ne va pas vanter ton habileté, car je suis là, moi, la jeune fille de la rue des Rosiers, à qui ta sottise a coûté la vie.
Le docteur B... pâlit à son tour.
Et la voix continuant:
— Docteur C..., qu’as-tu fait du vieillard que tu as traité pour la goutte, tandis qu’il se mourait de la gravelle? Docteur D..., tu te préparais, toi aussi, à prononcer ta petite allocution ; halte-là, mon bon, je suis là pour te donner la réplique... moi ta victime du carrefour des Incurables.
Docteur E..., docteur F..., docteur G!...
Pour le coup, l’assistance n’y tint plus, et, en proie à une frayeur panique, tous les marchands
de santé se poussant, se culbutant, tremblant, se mirent à fuir comme s’ils avaient été poursuivis par des ombres vengeresses...
— Eh bien, dit maître Helleborus, en se tournant vers Onésime qui ne pouvait s’empêcher de rire malgré lui ; comment trouvez-vous la comédie?... Je vous avais promis de vous égayer, et j’ai tenu parole...
Ce n’est que justice !
Si on pouvait leur faire croire aux revenants, ces messieurs, n’oseraient plus, je vous l’assure, boire à la santé de personne.