SANTÉ A VENDRE
— Quels sont ces gens? demanda le petit-fils d’Argan.
— N’en dites pas de mal ! d’anciens amis de votre famille — et de vous-même.
— Gomment?
— Ce sont des marchands de santé; sur terre on prononce : médecins.
Nous sommes arrivés dans le quartier qui leur est réservé.
— Eh! quoi, cette rue immense...
— 11 y en a quarante-sept de la même longueur, exclusivement habitées par des docteurs des Facultés les plus diverses, et chaque année le nombre en grossit avec une rapidité. effrayante pour eux — et pour leurs malades.
Vous avez été témoin d’une scène qui vous offre un avant-goût des singularités qui vous attendent.
Ceux que vous venez de voir sont les gâtemétiers, les malheureux, ceux qui en France s’inscrivent aux quatrièmes pages.
Ici la réclame est loin d’être dédaignée, mais comme on la juge insuffisante, les marchands de santé font en personne la chasse au client.
Le mot magique de lièvre prononcé par vous
a sonné à leurs oreilles comme un appel de clairon.
Maintenant ils recommencent ailleurs leurs tentatives de soins forcés.
De toute part on n’entendait en effet que des offres de services médicaux.
Sur les murailles de chacune des maisons du quartier habité par les disciples d’Esculape, des pancartes de douze pieds de haut, des lanternes annonçant et le prix des consultations et le nombre des cures obtenues dans l’année. D’aucuns avaient même imaginé de placarder à leurs carreaux des portraits de malades avant et après la guérison.
Ce système, renouvelé des procédés de nos maîtres d’écriture, ne suffisait pas.
Les marchands de santé eux-mêmes arrêtaient par le bras les promeneurs et s’efforcaient de leur persuader que leur santé pronostiquait les plus terribles catastrophes.
— Encore une fois, reprit Helleborus. c’est là la populace de la chose ; mais si cette populace a ses défauts, l’aristocratie a les siens. — Nous étudierons les uns et les autres à loisir, car notre