‹ Les marchands de santé (volume 3)Chapitre 7 sur 79 · SANTE A VENDRE · texte numérisé non relu

SANTE A VENDRE

— Une fièvre maligne ! s’était écrié en s’approchant vivement un individu tout de noir habillé.

— Une fièvre maligne, répéta un second, non moins noir dans sa tenue.

— Une fièvre maligne...

— Une fièvre maligne...

Ce mot répercuté comme par une suite d’échos avait en un clin d’œil groupé autour des voyageurs une vingtaine de personnages qui, tous, prenant la parole à la fois :

LES MARCHANDS Dli SANTÉ

— Monsieur, venez chez moi !

— Adressez-vous à moi!...

— Moi seul ai le véritable et infaillible traitement !...

— ■ Je garantis sur facture une santé immuable...

— Monsieur!... Monsieur !... Monsieur !...

Et en s’escrimant, en tirant Onésime qui par les manches, qui par les pans, qui par le collet de son habit, ils s’efforçaient tous de le soustraire aux tentatives de séduction des autres concurrents.

— Que Satan vous confonde ! Allez-vous nous laisser, intervint d’une voix menaçante le compagnon de Du Tilleul ahuri. Quand on aura besoin de vous, on vous appellera et l’on n’aura certes pas de peine à vous trouver, mais en attendant, tâchez de ne pas nous persécuter plus longtemps.

L’apostrophe produisit son effet et les obsesseurs se dispersèrent, non sans maugréer et sans décocher quelques épithètes de consolation.

On les vit bientôt recommencer la même comédie et les mêmes sollicitations autour d’un passant indigène qui avait fait un faux pas en descendant d’un trottoir.

Page 1