LIBRAIRIE NOUVELLE
BOULEVARD DES ITALIENS, 15, AU COlCf DE LA RUE DE ORAMMOETT
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Si j'avais à choisir un nom pour notre siècle» peut-être me permettrais-] e de l'appeler \q siècle des revanches.
En effet!
Que de réactions triomphantes ! que de revancbes aux parties perdues autrefois !
Je ne veux pas — bien entendu — parler politique ; mais seulement pour ce qui concerne la hiérarchie sociale, promenez les yeux autour do vous.
Les victimes ont presque toutes fini par se faire un piédestal de leurs malheurs, — à moins qu'elles n'aient mieux aimé s'en faire des rentes.
Le ridicule, au lieu de les tuer, les a engraissées.
Celui-ci, par exemple, s'appelait le ikfon. Il n'y avait pas dans les dictionnaires assez d'épitbètes pour le charivariser.
Roman et théâtre, prose et vers, plume et crayon, tout conspirait contre lui, tout le tympanisait, tout lui visait à la tête.
Puis soudain le vent a changé de côté. Le vaincu est devenu le vainqueur, l'auréole a ceint le front conjugal, accoutumé .si longtemps à une autre coiffure ; si bien qu'aujourd,'tuii roman et théâtre, prose et vers, plume et crayon, touts'est mis à exalter le droit de propriété conjugale.
Le mari a lue l'amant, et qui. plus est, a hérité de son vestiaire sentimental. Monsieur Un-de-plus est dieu, et les littérateurs s'instituent ses prophètes !
Celui-là se nommait VÉpiderl
V) souvenirs homériques ! 0 casquette de loa-
tre immortelte! 0 épopée du grotesque! 0 mélasse ! 0 Gayarni !
— Être né homme et devenir épicier ! ricanaiton dors, croyant avoir reculé les colonnes d'Hercule du dédain.
— Être né épicier et devenir millionnaire! a répondu l'homme aux cornets.
Et il l'a fait comme il le disait. Et il a pris du sérieux en même temps qu'il prenait des écus ; et il s'est habitué à froncer un sourcil majestueux, et il a acheté des villas, et il a été promu officier dans la garde nationale, adjoint, — maire peut-être de la commune où gisent ses domaines.
Saluez bien bas le comptoir dont on voulait lui faire un pilori et quil a eu le talent de métamorphoser en trône.
Ce troisième enfin , — car je dois ici Aréger la oomenelatore, — ce laroîsiéme s'intitulait le Mé€kan. Mais à ce titré de parade que de sous-titres ironiques!
Monsieur Desfommdrès par-ci, ton oncle Vassassin par-là; Purgon à droite, Diafoirus à gau-
h PRÉFACE
clie. En avant les satires, les parodies, les bonnet» pointus, les seringuades !
Nos ancêtres passaient presque à railler leurs docteurs tout ce que ceux-ci voulaient bien leur laisser de vie.
Là aussi la réaction est venue, exagérée et dominatrice. Courbe la tête, fier Sicambre, adore ce héros du saignare et du purgare que tu gouaillais iadis.
Pour ce revirement que fallut-il? Beaucoup de science? —Oui, si Ton veut, mais encore plus de cravate blanche. Quel sujet d'étude philosophique que l'influence de l'empois sur la dignité • humaine!
n est arrivé aux augures de la médecine le contraire de ce qu'il advint aux augures du paganisme. Ces derniers avaient commencé par le respect pour aboutir au sarcasme. Nous assistons au spectacle inverse.
Cela tient probablement à ce que les augures
de la médecine, plus forts que leurs devanciers,
> ont appris à se regarder sans rire.
Toujours est-il que la revanche est éclatante, — trop éclatante, ma foi, et l'idée de ce livre est inspirée par cet excès même.
Non pas que je sois las d'entendre appeler
Aristide le juste, mais il y a partout des Âristides
de contrebande, — faux bons hommes ou faux
bons médecins.
A leur intention, j'ai écrit les Marchands de santé.
Si vous vendez de la chicorée pour du café, vous êtes justiciable des tribunaux; soyez au moins justiciables de la caricature, vous qui vendez de la santé frelatée.
Le vrai mérite ne peut que gagner à ce triage : supprimer l'ivraie, c'est affermir le bon grain.
Et maintenant que l'ombre de Molière me
protège 1