CINQUIEME TABLEAU
Au domicile de Blaireau.
SON ÉPOUSE, s'épandunl «n uu torrent d'apoitropkw.
Ah! c'est toi... propre à rieu... ivrogne !...' monstre ! . . .
LARDBNOIS, b«.
Va donc!
BLAIREAU
Minette, tu as...
l'épouse.
Ne m'objecte pas, ou je te saute aux yeux.
LARDBNOIS; bftl«
Va donc!
l'épouse. '
Voilà ce que c'est que les mauvaises connaissances.. . Des gens sans aveu qui vous en* traînent les imbéciles comme toi!...
LARDENOIS BT BLAIREAU 141
LARDEN018, bM.
Va donc!
BLÀIBBAU.
— Pour ça, Minette^ l'as raison. C'est la faute à Lardenois... c'est pas an homme à fréquenter. Flanque le à la porte* et emDrasse-moi I...
ROMAM RÉALISTB
Elle était belle à griser le regard. Elle avdit vingt- quatre ans.
Elle répondait au doux nom d'Amélie.
Elle demeurait rue de la Boule-Rouge.
Moi, j'étais naïf alors, et crédule, et romanesque! Heureux temps qui ne revient plus, après être revenu, — à des prix fous.
LA MàOHB ^"1
C'est Yous dire que je raimâ's comme on n'aime qu'une fois — ou deux, — ou trois au plus.
Mon Amélie ?
Quand je pronenoçais ce nom, il y avait graod concert dans mon cœur et symphonie sur mes lèvres.
Mon Amélie 1
Je l'avais connue en cherainiie fer. Oui. Dsrns un v^gon de première classe. Elle était seule avec moi, eU parnne pantomime de délicieuse timidité, elle me laissa deviner qu'elle me prenait pourJud.
Je risquai pour me disculper quelques phrases d'une insinuante politesse. On éconta.
Quand le train arriva^ j'arrivai... à obtenir un rendez-vous.
Mais pourquoi réveiller ces souvenirs poignants?... Mes amis, versez- moi un peu de ce thorins.
144 MAISON AMOUR BT 0*T
ta
Je vous disais donc que je Tavais connue en chemin de fer, — rive droite, au cas où j'aurais oublié cetle particularité.
J'ai remarqué en effet que la rive droite est seule féconde en aventures.
La rive droite^ — rue Saint-Lazare « au fond de la cour, — c'est le quartier d'Ântin, c'est le rendez-vous des élégances demi-mondaines.
La rive gauche, au contraire, c'est le pot-au-feu de famille, le faubourg Saint-Germain, raustérité du «voyage. Des professeurs, des commerçants^ des papas, des mamans.
Moi, je prends toujours la rive droite.
Sur quoi je clôture la parenthèse et je reviens ta mon sujet.
Nous nous adorions, comme vous le savez ; la lune de miel avait mis une rallonge à notre inlontion. ^
Cela durait depuis trois semaines.
LA MÊCHB 145
Mais pourquoi renouveler ces souvenirs poignants?... Mes amis, versez-moi un peu de ce uioulin-à-vent.
Je veux vous épargner des détails oiseux.
Ces amoureux, cela vous persécute de confidences, n'esl-il pas vrai? Moi, je hais la persécution.
Donc, je vous dirai ni ses charmes ni nos bonheurs. Que de pages remplirait l'énumération !
Seulement entre tous ces attraits c'en était un, don fatal! — qui m'avait fasciné, enivré, ravi.
C'était une chevelure, mais une chevelure!.. Phœbé la blonde, mademoiselle Pierson et autres divinités des ciels les plus différents, n'auraient pu vous en fournir qu'une idée insuffisante.
Lorsqu'on passait la main sur ces bandeaux soyeux, c'était la sensation du salin unie à celle du velours. — plus une commotion éleclrir|uc.
Quant à la couleur, Delacroix, daim^son plus beau t6Hip6,.eii!aur^l)cisé/sa;|>aleUe de dépit.
Les cheveux de celte tète chère neie^fi^aiei^ 4e Irotter dans la mienne.
Mais pourquoi réveiller ces souvenirs poignants?... Mes amis, versez -moi un peu de €hâteau-Iafiite.
' Si bien qu'un jour, — un matin, — après avoir longtemps hésité à risquer une df^mande aussi téméraire, je me risquai en balbutiant :
— Chère mignonne...
— Qu'as-tu, mon chéri?
— Ce que j'ai, faut il te le dire?
-Vilain!
— C'est que tu ie, fâcheras, pçqt-êtce de. ma •lemande?
— Moi^ me fâcher..- Si je, puis t'ôtro agréable, tujsaisbian que je suis prête à faire ce que tu .souhaiteras. £b I bien, aion loup,
LA.MÂettB 147
Sqù loup !
jQ.n'lié$itai plus.
— Chère mignonne, tu as des cheveux de sultane favorite, — qui en aurait de magnifiques.
— Tu sais que je déteste les compliments,
— Ce qui n'empêche pas que, tu dois tenir éiiormément à cette chevelure.
— • Pour toi.,, pour te plaire.
— Pour moi... Alors tu ne, me refuseras pas...
— Quoi donc?
— De m'en laisser couper une mèche i
Mais pourquoi réveiller ces souvenirs poignants?... Mes amis, versez-moi un peu decbambertiQ.
l'Utendais ' haletant la r^onse^ Je tremblais qne ce ne fût un refus.
Mlris êWeî me souriant avec amour :
— Voilà donc ce sacriQce si redoutable... Enfant, qui crois que je l'aime assez peu pour ne pas lui accorder une si mince preuve d'amour.
Oui, monsieur le douleur, vous Taurez cette mèche, et, — qui plus est, — je la porterai moimême chez un artiste qui en fera un joli chidre entrelaçant nos deux initiales.
— Oh 1 merci l
— Étes-Yous content, ingrat I
— Si je suis content t. «. mais c'est-à-dire que...
— Bien plus, demain matin, — pour ne pas me décoiffer en ce moment, — je veux la couper de ma propre main.
— Oui, mignonne, oui, mon adorée... Seulement, recommande au bijoutier de se hâter.
— Sois tranquille.
J'étais radieux, je palpitais.
Le soir, — c'était bien le moins que je pusse
faire, — j'envoyai à Amélie une paire de boucles
d'oreilles en diamant- Mais, pourquoi réveiller ces souvenirs poi-
gnaDts? Mes amis, versez-moi uû peu ae fron< tignan 1
Trois jours se passèrent... Un siècle !
Chaque matin j'espérais trouver chez Amélie le trésor promis.
EnGn le quatrième jour, comme je venais d'arriver :
— Asseyez-vous là, Monsieur.
— M'y voici, ma belle.
— Penchez-vous.
— C'est fait.
— Je vous fais chevalier de TAmour et je vous passe au cou les insignes de mon ordre.
— Mon médaillon avec la mèche I
— Lui-même.
— Mais c'est admirable! Comme ces cheveux sont travaillés I... Il n'y avait que tes boucles soyeuses pour s'enrouler en méandres aussi sou-
'160 MAISON- AMOUIt'ET C^*
pies... Et cette DuaDce que je reconnàttrais entre eent mille... Que dis je I il n'en doit pas' exiger deux pareilles sur la surface du globe civilisé 1
— Alors, tu es content?
— Au paradis I
Le soir, — je lui devais bien ce remercîmenl, — j'envoyai à Amélie un cachemire des Indes
•Mais pourquoi réveiller ces souvenirs, poignants?... Mes amis, versez-moi un peu d'ermitage.
Il y a des instants dans la vie^ôûTôûHe comprend pas que le cœur ne se rompe point.
Je traversais un de ces moments-là.
J'étais rentré chez moi avec "fflon'précieux gage de tendresse. Et — chose qui en avait centuplé le prix — elle m'avait juré que j'étais le premier être vivant à qui elle eût consenti un senâblable cadeau^
Je iïi*ëta:is assis près dii feu.
Seul, mais non solilaire, puisque ce médaillon me la rappelait, je tournais et retournais ce talisman. Je le couvrais de baisers brûlants.
Je ne pouvais me rassasier de cette contemplation muette.
Touiua iûQÉde de pensées s'éveillait à le regarder. Je revoyais le passé, le ettôflsin • de fer, rive droite, et le reste.
J'entrevoyais l'avenir; fidélité pour la vie, amour inaltérable — et ce qui s'ensuit.
Mais pourquoi réveiller ces souvenirs poignants?... Mes amis^ versez-moi un peu -de lunel...
 quelques jours de là , elle était malade.
Une indisposition légère, mais Tamour/a peur de tout
Sans rien dire, je pris le précieux m6* daillon, et je me rendis chez une somnam*
bule extra-lucide.
— Madame , je viens tous consulter sur la santé d'une personne qui m'est chère.
La somnambule prit le médaillon, le palpa, et avec colère:
— Vous moquez-vous, Monsieur?
Cette mèche de cheveux provient d'un marchand de peaux de lapins mort à IHôtel- Dieu.
Elle a été achetée, dans un bloc, par Parliste en cheveux qui débite ces sortes de choses pour les cadeaux de cœur à l'usage de certaines femmes...
~ Malédiction ! m'écriai-je en prenant la fuite.
Le soir je lui envoyai... réclamer mes rasoirs* Mais pourquoi réveiiler ces souvenirs poi«
fanants? Mes amis, yerse^moi beaucoup de
Champagne 1