SEPTIÈME ET DERNIÈRE ÉTAPB
Me revoilà dans la rue... Que trois francs vingt-cinq centimes... Horreur!... Bahf... Quand on a à parler d'amour il serait dégoûtant de se
MAISON AliOUR ET G**'
boarrer d^aliments... Qui aime dine. Nous remplacerons le repas par jane promenade sur lee quais.
A pied I Pour que je sente mieux son bras frémir sur le mienî
xxn
DAPHN1S ET GHLOi
CDTLLB
Neuf heares dn matio.
Un soleil de priDtemps, fourvoyé en déoembrei se mire dans les flaques du macadam.
Une bande de pierrots tapageurs ricane sur le I^aut des ormes goutteux de Teaplanade des Invalides, dont un paysagiste de nouvelle espèce enduit le ba$ d'une couche noirâtre de goudron, — insecticide de la végétation parisienne.
Au milieu des splenaeurs de ce tableau agreste s^avance un couple amoureux :
GHLOÉ. — Beauté quinquagénaire, coiffée nonchalamment d-un madras à carreaux; le visage Tclouté de teintes apoplectiques; Torgane doué des mâles sonorités d'un contralto alcoolisé.
DAPHNIS. — Jeune premier décoré de la médaille de Sainte-Hélène; portant avec une visible insouciance de la fasbion Puniforme de rhôtel ; porté par deux jambes auxquelles ont collaboré pour moitié la nature et Fébénisterie nationale. — * Celle de gauche est en cœur de chêne.
Daphnis tient à la main un sac renfermant la ration hebdomadaire ée^mnresiqueitm^&Uoue la Af Hmriftû€i9C€'âiè budget.
Chloé scrute avectme^mi^im^ffimblé'h^ntWH ^1 â0€e*^m(^ 'wifsiérmtw,
iifLa^bQnde*>d(tpiefVfoiS' ^m^ue à 'firniwr;' le '»»p4fysagi'Si&ùii^ymMron€9niiimeà^miduiife.
. ^ iOn^^wèêïtd,^ ^pw nnter^(jai$>êmm&^4e mdtw^^^es omnibus^quir'piméni.
JUEaKtS . EX..GHJ-OÉ ; MT
DAPHNIS, lendremeoU
Et .ton rliumatisine t'â-tiil encore, donoé des fourmUlemente la nuit deroière?
CHLOÉ, sombrant sa voîi.
Il m'en a donné, sMI a voula t
DAPHNIS yéSui} Mû' îosimiant.
Tu n'as peut-ètr0tpas«..
- CHLOé*
^Tâi ce qui m'a convenu... Pour ce que ça vous intéresse... On ^pourrait bien mourir comme un martyr polonais, sans que vous vous en inquiétiez.
DAPHNIS
Je n'ai pas ptt venir hier, j'étais de garde au 4ombeau«
CHLOâ.
Vous étiâ2ide.iga£deifiaiaiM.iaiai.«. J'y ai entré exprés 1
, DAPHNIS
Au tombeau?
CHLOÉ
biles donc plutôt que vous ne serez heureux que quand yous m'aurez creusé le mien 1
DAPHNIS
Je te jure, aussi vrai que c'était l'autre jour Tanniversaire d'Àusterlitz.,.
CBIX)É«
Ne m'ostinez pas... Je sais ce que je sais, et toute faible femme que je suis... {S' emparant fougueusement des provisions.) Qu^est-ce que yous apportez là-dedans "^
DAPHNIS
J'apporte.. •
GHLOâ, inspectant la bouteille.
Vous en avez but
i DAPHNIS, troublé niaiiir<ÀeiBeDt.
Moil
GHLOÉ.
Je vous dis quMl en manque.
DAPÏINIS ET GHLOÉ 249
DAPHNIS
C'est peut-être le bouchon qui aura fui.
GHLOÉ, sarcastîqne*
Comme l'autre fois que vous aviez rajouté de Teau pour que je ne m'aperçoive pas de vos ineonduites.
* DAPHNIS
je ne me rappelle pas... A moins qu'il n'ait plu dans la bouteille...
CHLOÉ
Ahl tenez, taisez- vous... Un homme qui ne respecte même pas la boisson de la femme ^ù'il aime, il n'y a plus rien de sacré pour lui 1
' ? ' ' DAPHNIS. -
Je te réitère que tu me méconnais...
CHLOÉ
Pour moh repos, le bon Dieu aurait bien dû me jeter d'un cinquième le jdur où je vous ai connu... Pas seulement un centime à la maison pour mon
pauvre tabac... Vous. nacrez pourlant pas que c'est la vie de ma vie I
DAPHMS.
Pas ma faute I
CHLOft.
''Et votre payé?
DAPHM18.
rai eu des dépenses sur quoi je comptais pas... J'ai fait revernircia jambe des dimanches.
CHLOÉ, avec amertame.
, Votre jambe U,. Autrefois vous vous serie;^ privé . ' 4fi$sus^ pouc ne. paa que je manque.
DXPHKTS.
Je me priverais omot^.. Mais sans vivre pour sa toilette, il faut. être tenu*
f-iAuirâf^SiFiOos ne j^gaiYlves^.ii^as^À.votre mal. Mn^ passiez (j6Sfdeux.^uil$>par.sâmai&e àgaxder >. les. démoUtiOJ^s pour ^n'a'voir un peu.del;ûeat^re.
DÀPHNIS^ El« CHCOÈ i ^ 5 ]
DAPHmS.*
J*èn 'trouve plus:
CHLO&
Des démolitionsf... N'outragez pas le gouverte^ ment^ qu'est trop bomp^ur^^vous,'
Je...
CflLOfi.
CTëst pas les démolitions qui onftïlJaftjè, c^ès! votre cœurl... Quand je vois les autres; dahsftdut*' le Gros-Caillou, qui so^t comblées, on peut le dire, — et que moi seule... C'est le ciçi qulan/p punit de m'a voir écartée dcTiionneur,
Crebleul... ^.Cô compterlàjaseraiaîiadividuellement inférieur à ces messieurs de THôtel i Moij moi qui ai fait la campagne de 1813, au 9* dragons!
COLOÊJ
It îi'y a pas besoin d'2( voir été drâgOH pourfarre •
25^ MAISON AMOUA £T G'*
8on devoir avec les femmes... A preuve là voisine qui demeure sur mon carré... Son ami» il sort de rinfanterie, et ça ne Tempéche pas d'avoir tous les égards... et des cadeaux, en veui-tu, n'en voHàt...
DÀPUNtS, piqué.
Si c'est des cadeaux qu'il vous faut i...
CHLOÉ, belle dUndignation.
C'est çal Insultez-moi maintenant.. • Traitezmoi comme une fille de marbre t
DAPHNIS
Madame (• H
CHLOA.
VOUS croyez sans doute parler à votre Ursule !
DAPHNIS, rougissant pudiquement»
Je ne vous comprends pas t
CHLOÉ
Ohl cette créature 1 cette créature!... Si vous VQus figurez que je ne sais pas que vous la revpyez t
DAPHNIS ET GHLOÉ 253
DAPHMIS.
Vous...
CHLOÉ
Une poseuse de sangsues!
DAPHNIS
Jo TOUS défends de l'insulter .
GHLOÉ^ déchaînée définitivement ,
Vous me défendez!... Ab! vous ne me connaissez pas encore. Vous ne tous doutez pas de ce que peut une passioiv ulcérée et trahie!. • Vous croyez qu'on séduit une âme pure et aimante comme on avale un cassis t.. . Qu'en se joue de son amour, de sa position, de sa réputation, et que tout est dit... Mais je vous piétinerai tous les deuxl
DAPHNIS, fléchiflSPDW
Voyons 1 je t'en prie»
tBLOà,
Laissez-moi, vous me faites horreur!... Pour-
2^. MikJSON AKOUR ET C'^
quoi faut-il que je vous aie rencontré... Tétais heureuse avec le souvenir de mon brave <Aer troisième défunt, dont î* avais gardé la clientèle..»
Dxpnmsi
Je t'en supplie... Je ne la reverrai plus
GHLOé.
La meilleure du quartier, — surtout que, dans le matelas, il n^y à pas de morte-saison. Pour vûtts j'ai tottt qftiftUé, j'ai renbmîé à ôirrâoi^ j'ai tentée à totttl#i. (CWMf îire deVaimte lemimi^^ùk du dàioûmenU)
ÏU'Sâfe Metoi^tfe je t^aHûB...
DAPBNIS.
Que je n'aime qûë toi 1... A preuve... tu te sou viens de ce chàle que tu désinri&.*
CBI^OÉ.
Je ne désire plus rien U.
DÀPHNia ET CHLOÈ 255
C'est moi qui veux te l'ofifrir..*
fSÊSffL
Offrez-lui, à elle!
A toi !. .. à toi t.. . à toi !... Rien qu'à toit
CHLOÉ, s*iirrachanl à sa douleur.
Sera-t-îl tout laine?
DAPHNIS
Sur mon honneur I {Il lui prend lamain.)
CBLOé.
Non ! vois-tu... Tu me feras mourir avec ces secousses-là...
DAPHNIS
Une prune, hein?. , . Ça te remettra le cœur?...
25Ô MAISON aMOCR et G"*
CHLOlC*
Méchant!...
un POÈTE RÉALISTE» qui assistait A la sf^oe, les regardant
entrer chrz le liquonste.
Ils m'ont fait rêver t
xxin
m HARDI-GRAS A GUGHY
Le 1)0 27 de la prison pour dettes est assis dans sa chambre ^solitaire. Les meubles de Boule et les lapis d'ÂubussoD y brillent par une absence réglementaire.
Quatre heures de Taprès-midi viennent de sonner à l'horloge chargée de rappeler aux prisonniers que le temps fuit pour tout le monde, même pour les débiteurs malheureux.
Le n° 27 lient à la main un livre sur lequel il
compte vainement pour échapper aux poursuites de ses pensées^ ces créancières du souvenir.
Le n"" 27 n'en promène pas moins avec acbar* nement ses regards du recto au verso et du verso au recto. (Lisant.)
€ A quoi bon vous affliger, repartit le docteur. Ce qu'on prend pour un malheur n'est souvent dans la vie qu'un bonheur déguisé. Tout le secret de la philoscipliie.est rdaos la l'ésignation... »
{Jetant le livre avec colère.)
— Ce .docteur est stupide avec ses raisonnements à la Pangloss, 61 Pauteur de ce roman n'a pas le sens commun. Je vou(h*ais bien, aivecleur philosophie creuse et leurs tirades^entencieuses, les \oir à ma place... Ohl oui, je voudrais ^les y voir.
D'abord, s^ils y étaient, «ela prouverai t «que ^e n'y suis plus. £nsuite,<eel&ime irengerait de leurs exhortations ironiques.
Tout le secret de la philosophie est dans la rési-
UiN MARDI GRAS A GLIGHT 259
gnatiimt ImMeilest... On s'aperçoit qu'ils n'ont jamais passé un Mardi - Gras derrière des brareaux, ' afeo*^ ft^eûto înymt de cheminée et dix mffie francs de dettes ppur horizon. Je serais euweu«' de savoir quel bonheur déguisé ils trouYeraieûtdans ce maJheur-Ià.
©n Marfdï'OfasI... Dire qu'en ce moment, les boulevards sont garnis d*une foule de bourgeois qui attrapent des onglées pour le plaisir de ne pas voir les mascarades de leurs rêves 1
Eh bien! ces bourgeois, je les envie. Je suis jaloux de leurs ongîées. Je donnerais les dix mille francs que je dois à mon coquin d'usurier, pour avoir le droit de m'^nnuyeF oomme eux,. G'€St si bon de s'ennuyer volontairement !
Le sort des gardes dé Paris eux-mêmes excite ma convoitise. Ils s'enrhument, c^est vrai, mais ils s^eniiioment à Pair libre, «t-ee soir, leur corvée accomplie, ils s'en iront savôwer Foie aux marrons et le vin blanc !. é»
(On entend au deko)^ le grincement ^un cornet à
bôuqnin.)
G^est cela, insulte à ma souffrance, virtuose inconnu I...
Il est horrible, cet instrument. Il a la propriété d'exaspérer les nerfs de tous ceux qui Tentendent. U m'a jadis donné des convulsions*. . Eh bien» s'il m'était permis de souffler dedans à la place de ce gamin qui me nargue, jamais andante de Bellini» ouverture de Rossini, fantaisie d'Auber, jamais symphonie de Richard Wagner en personne ne m'auraient semblé plus suaves.
Allons, allons ! pensons à autre chose. {Reprenant son livre.) Faute de mieux, poursuivons notre lecture :
• Tout le secret de la philosophie est... »
G-est aujourd'hui qu'on promène le bœufgras... Jadis, je dédaignais cette cérémoiiie annuelle et banale... G'est cependant plein d'intérêt le cortège de cet animal...
En tète, une musique... Elle n'est quelquefois pas mauvaise, la musique... Et le bœufl... superbe produit de l'industrie humaine. Pour un
UN HARDI-GBAS A CLICHr ç>r*,i
ami du progrès, rien n^est plus digne d'atleiitioa que la grave question de Télevage des bestiaux...
Sans compter que dans ce char il y a souvent des divinités mythologiques dont.. .
Alfred, vous êtes sur une pente fatale I si la mythologie féminine s'en mêle, vous êtes un homme perdu.
Réfugions-nous dans mon roman.
€ — A quoi bon vous affliger? repartit le docteur. »
Encore ce satané docteur ! Ce raisonneur-là me fera sortir de mon caractère. Passons au chapitre suivant : Le Masque de velours!
Bon! il ne manquait plus que cela. Je n'ai jamais de ma vie connu de railleur plus impitoyable que le hasard... Venir me parler de masques...
Plaît-il?... Mon dîner?... posez-le sur la table...
Bœuf aux pommes de terre, et abondance à discrétion. Quand je songe qu'il y a, à l'heure où juis en tête à tète avec cet ordinaire la cédémo-
2G2 MAISON AMODB ET C>*
nien, des ôtres favorisés de Brillat^Savasin^qui' consomment des truffes!
Des truffes!... Bah 1 rappélit est le fffeoaîer des cuisiniers, et la pomme de terre, quand on ^sait la prendre, a son mérite, ren appelle à vous, .màne^immûrtellas de Paementierl
Non, décidément, Parmentier aibeau m^apparaitre, son tubercule «st aujourd'hui sans attrait pour moi. Pardonne-moi, grand homme, tu as devant toi trois cent vingt-trois jours pour en appeler devant mon estomac.
Brroul... Il ne 'fait pas chaud ici.«. Celte chandelle projette des reflets d'un sinistre.». Si je me couchais?... La position «horizontale jrenrvoFsera peut-être le cours de mes idées.
{Il se déshabille et sHnsintie dans les draps du gouvernement.)
Quelle heure tinte ce glas de la maison Ereguet?... Sept heures. Moi, eouché à sept: heures, xxa Mardi-Gras!... Si quelqu'un m'avait ipiMt m sinistre l'an dernier..,