‹ Les marchands de santéChapitre 158 sur 166 · LE MIROIR · texte numérisé non relu

LE MIROIR

Les temps sopt cruellement durs pour notre corporation, en cette ville de perdition et d*impudicitél Romans^ tbëâhiss, soirées , étalages, tout y est danger pour notre repos, tout nous vise à la tète.

Nous sommes pourtant les plus intéressants et les plus spirituels qu'on ait jamais vus. Et les plus séduisants aussi I

. Mais les femmes sont de si fantasques créatures.

Qui nous protégera? nous préservera? nous tirera de peine?... A Taidel au secours!... Au secours I... Au secours !...

En poussant cet appel désespéré, le tutti était à tel point devenu formidable que la bonne dame Vérité, qui cependant habite bien loin de notre glorieuse capitale, finit par entendre Pécho plaintif de ces stances éplorées.

Quoi qu'en aient prétendu les menteurs, la Vé-

29Q ICAISON AMOVR ET C^*

rite est excellente personne. Cruelle seulem^it poar ceuK qol le méritent.

Elle fut donc émue véhémentement par le concert des désolés.

Sur quoi, prenant un costume moins primitif qne son déshabillé ordinaire, elle aecourut en toute bâte en ce bas-monde, et, par une affiche placardée sur tous les murs, avec permission de l*autorité« invita les maris éplorés à se réunir le jour même dans la Plaine des Vertus^ pouf communication qui les intéressait.

Ce choix de la Plaine des Vertus, qui allait droit au cœur des invités, — on est toujours sen« sible aux plus invraisemblables flatteries \ -^ ce choix ne pouvait manquer de disposer favorablement les esprita

Aussi, à Pheure dite, personne ne fit défaut au rendez-vous.

Les Cent dix mille étaient au plus grand complet, et leurs deux cent vingt mille mains battirent au champ, quand apparut la Vérité, calme, souriante, pleine de bon vouloir.

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Sachant qu'elle a toujours du mal à se faire entendre, la brave lille se plaça au centre du régimenl, et, parlant à l'aide d'un porie-voix :

— Chers amis, dit-elle.

Vos doléances m'ont profondément remuée J'ai compris vos perplexités, et j'ai résolu de vous venir apporter le secours que vous ioàploricz si ardemment.

Contrairement à Topinion injtéressé# de vos médecins, mon avis, à moi^ est que prévenir vaut mieux que guérir. Prévenais donc, mes amis.

A chacun de vous je ferai remettre aujourd'hui même un miroir^ grâce auquel il sera à même d'échapper aux périls de votre condition.

Dès qu'un certain malheur menacera votre tranquillité, vous serez avertis par la teinte significative qui commencera à couvrir votre visage dans ce Qdële réflecteur.

292 MAISON AMOUR ET c'*

Regardez-Yous avec soin chaque inatiD.

Blancheur ordinaire signiflera sécurité.

Jaune paille^ légères inquiétudes.

Jaune serin^ atteintes sérieuses.

Jaune safran.., il sera trop tard t

Mais, mis d'avance sur vos gardes, vous ne sauriez laisser venir à vous cette nuance désespérée. Dès le jaune paille, vous aurez pris vos précautions et reconquis la plus rassurante blancheur.

Allez, chers amis, soyez heureux, — et ayez beaucoup d'enfants, si vos moyens vous permettent de les élever.

— Vive la Vérité ! répondirent en chœur les Cent dix mille rassurés.

En revenant de la plaine des Vertus, les Cen'

dix mille passèrent devant une muraille où Ton

venait de placarder les spectacles du soir. Aux Français» on jouait S(;fanar^/fe.

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