LA VENTOUSE, JOURNAL HEBDOIIADAIRB
n'ai*je pas essayé de tous les remèdes? J'ai pns la pâte d'escargots sympathique *.
— Une abominable drogae.
— Les poudres de TatMirina eurêU'Qa "• ^ Co charlatanisme efifronté. •
— La déliddiise Harina de saité àifee BiBssuscikàeM-
— Be la farine de baricoU rovges qu*0B ^nd pour une ptincée.
-» Mais alors AH)ert a qui veix*lii que je me confie?...
-^ A qui !... aa docteur Bâ)olin * qai rient de tronver le réBOYateur des poumons.
ÉcOQte-moi bien; je veux t*expliqner la théorie du rénovatear des poumons, car c'est à lui que nous devrons notre bonheur ••
(Suivaient deux colonnes de dissertations médicales. Après quoi le feuilleton se terminait par le
* Du docteur Pinard.
* Du docteur Tratiams.
Du docteur Fuyotard.
* Knc Bon-Apôlre, UiO (de 3 à 5).
mariage de Marguerite, sauvée par le rénovatètir BiboUn (de 3 à 5).
^Dans les premiers temps, ces lectures avaient captivé l'attention et Témotion d'Onésime.
Cependant il finit par s'apercevoir que certains noms de docteurs revenaient toujours avec Içs mômes sarcasmes, certains autres toujours avec les mêmes éloges, et il en fit part à Helleboras.
Celui-ci pour toute réponse lui mit sous les yeux le tarif des louanges de la Ventouse. Le bandeau étiatit déchiré et ce déchirement fut suivi d'une résolution héroïque, que Du Tilleul signifia un beau matin en ces termes à son compagnon :
— Monsieur Helleborus, lui dit-il, vous ne voulez toujours pas me laisser retourner sur la terre?
-* A quoi bon, cher monsieur Du Tilleul? N'avez-vous point ici tous les ridicules de là-bas? Vous en manque-t-il un seul?
— Mais ma santé dépérit.
— 11 le faut pour votre guérison.
— J'ai dépensé des sommes folles-
— Nul ne vous y force.
— Ma confiance en la médecine s'affaiblit de jour en jour.
— Heureusement.
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-«- Monsieur Hellebonis?
— Monsieur Du Tilleul?
—Pour savoir à quoi m'en tenir, je veux devenir marchand de santé, moi-même.
-- J'allais vous le proposer, répondit froidem^t maître Uelleborus.
l'hopital-mqdële d)b la miséricorde
Le petit-fils d'Argan avait rempli les conditions sans lesquelles on ne peut, dans la planète Fantasia, aspirer à l'honneur d'être marchand de santé.
11 avait payé Vimpôt des inscriptions, Vimpôt de là troîisse, l'impôt de dissection, l'impôt professionnel, l'impôt...
Il y avait beaucoup d'impôts dans la planète Fantasia !
Ces formalités accomplies, il lui fat permis
L'HOFITiL-MODiLE DB LA MISÉRICORDE . 20S
(d'entrer dans l'exercice de ses nourelles études» ^. naturellement sa première visite fut pour on jûôpital. j
^11 choisit celai de la Miséricorde, le plus re- DQiBnié de toute la capitale, — si renommé même qii'oD lui mit décerné le titre ^hôpUcU-mo^ dèle.
Onésime» s'atteodant i des émotions violentes, avait prié maître Helldi)orQS de l'accompagner, ee à qnoi teluî-ci avait consoiti. Il s'attendait eft outre à assister à on spectade plein de gravit^ de dignité et de mélancolie. Dès l'abord il ftit détrompé.
Un groupe d'élèves se tenait an bas éa grand escalier, guettant l'arrivée du marchand de santé chef de service. La conversation semblait être sur le mode ultra-gai.
On riait, on causait de la pièce nouvelle, on se racontait une bonne fortune, on faisait des calembours ; tandis que par une fenêtre entr'ouverte à l'étage supérieur on entendait les gémissements des hôtes de ce triste séj our .
Affaire d'habitude ! Seulement, Onésime n'étant pas in habitué, cette insouciance lui parut voi-
sine de la profanation. Mais il n'eut pas le temps d'insister sur cette impression personnelle. ^
Le marchand de santé en chef Tenait d'arriver.
D'un seul coup d'œilj Onésime avait reconnu en lui le prince de la science qui l'avait passé en revue sur un mode si accéléré.
Décidément ce personnage était toujours pressé.
D'un pas rapide il traversa la cour, grimpa quatre à quatre l'escalier, prit des mains d'un infirmier un tablier blanc qu'il ceignit tout ea marchant et pénétra dans la salle m 4, escorté du groupe d'élèves, qui continuait à fabre des calembours, — soyons juste, — un ton plus bas.
Le marchand de santé en chef s'approcha d'un lit.
— Ah ! mon bon monsieur, soupira une voix.
— Angine pernicieuse!... prononça le marchand de santé.
Il s'approcha d'un autre lit.
~ Congestion pulmonaire.
D'un troisième :
— Fièvre typhoïde...
Et aussitôt la course recommençait. Tout à
L'HOPITAL-MODJtLB DB LA lOSÊRICORDlS 20!»
coup, pourtant, il s'arrêta. Cette balte parut miraculeuse à Onésime^ dont le regard questionna Helleborus.
— Vous allez voir, répondit celui-ci du coin de l'œil.
La patiente était une jeune fille.
— Superbe ! magnifique ! exclamait le marchand de santé eh chef en Teiaminant.
La pauvrette tremblait de tous ses membres. Les élèves s'étaient approchés et se dressaient sur la pointe du pied pour ne perdre ni un geste ni une parole.
— Magnifique!... superbe!... répétait toujours le marchand de santé. . .
— Est-ce qu'il y a du danger? hasarda d'un ton timide la malade.
— Approchez, messieurs, poursuivit le prince de la science, sans même avoir l'air de prendre garde à la question... C'est un des beaux cas que j'aie rencontrés depuis que j'exerce! Quel âge avez-vous?
— Dix-neuf ans.
— Dix-neuf ans, mais c'est alors une vraie trouvaille... Jamais on n'a vu la tumeur cancé-
2#6 I£S lUaCHANDS BE SANTÉ
reose se déyelopper chez ua sujet aussi jeuue..* Est-elle asseE GuQamii^ } assez vcdummeuse!... Vous, monsieur, oui... le blond... palpez... Dur comme de la pierre ! . . . Mais, je*ne m'abuse pas, eu voilà encore une, encore deux.», trois tumeurs... Ce qui vous prouve, messieurs, que le cumul n'est pas toujours interdit !
En disant ces mots, le marchand de santé avait risqué un sourire qui fot accompagné par Thilarité générale des auditeurs.
— Trois... Numéro dem impare gctadet... feprit le docteur de Thôpîtal de la Miséricorde.. Et vous êtes bien sûre de n'avoir que dix-neuf ansT...
— Oui, monsieur... Combien de temps faoArat-il pour me... Vous mie fûtes nal!... vous me faites mail...
— C'est splendide, messiem*s I vous allez voir les prc^rès que cela va voos acecNBipUr d'un jour à l'autre... Un gaillard que ce mal-là I... Dieu! le joli casi... le joli cas!... Aucune complication a'y manque... J'en ferai le sujet d'un rapport i l'Âca* demie. Allons I je n'ai pas perdu ma oiatinée... Déjà neuf heures l... Diantre!
Et pendant que la malade, à demi morte ce
L'HOPITAL-HOBiLE DS Là MISÉRICORDE
frayeur^ retombait inerte sur son lit, le marchand de santé se remit à traverser la salle an grand trot en jetant & peine un mot à droite et à gauche, n n'y avait plus de joli cas!
CÉCOLB DB GOMMBRCB MÉDlCALB
Sur terre, nous appelons cette institution. Faculte de Médecine; mais dans la planète Fantasia les médecins ayant pris le noiQ de marchands de santé, il était logique et loyal à la fois que la métaphore fût suivie.
De là le titre A'Écote de Commerce médicale.
Onésime — qui poursuivait le cours de ses débuts — entra dans une salle.
Un professeur y traitait gravement : De l'art
L'JtCOLB DB COMHSRCB MËDIGALB 209
DE MULTIPUIR LES VISITES, et S'exprimait en ces termes :
c Dans ma précédente leçon, j'ai eu l'honneur de vous expliquer la théorie générale da grand art dont nous étudions ensemble les précieuses ressources.
Nous entrerons aujourd'hui dans les détails, et j'aborderai l'une des questions les plus épineuses :
Multiplier les visites chez un iiiLLADE
GOimU POUR SON AVARICE.
C'est à coup sûr une des plus glorieuses conquêtes de la science moderne que la solution de ce problème, si longtemps réputé insoluble. C'est à elle que l'un de nos maîtres, le grand Bassinard a dû sa renommée impérissable.
Les marchands de santé du passé cherchaient niaisement et sans souci d'eux-mêmes à abréger la maladie. On est tenté de rire maintenant à l'aspect de tant de naïveté !
La première précaution à prendre pour multiplier les visites chez un malade connu pour son avarice est, messieurs, d'insister sur la diète.
En effet, l'homme qui ne mange pas perd ses forces; l'homme qui perd ses forces perd sa volonté. ...
210 LES nàRCHAin)S DE SAUTE
Onéshne se h&ta de passer dans la saUe voisine. Le cours roulait sur les moyens de becoutre-
MEI^ DES CRéAICCES MÉDICALES*
A côté OU pariait de la taxe des consultations.
— Mais ou ue s'occupe que d'argeift ici! s'écria Ofiésime.
— Et de quoi ?oulex*tous tju'on s^cjccupe, oemanda maître Helleborus, dans une écèle de commerce?...
— Médicale!
— Eh oui; vous voudriez entendre disserter sur la médecine? Soyez satisfait Ce disant, il poussa une porte, et tous deux ils se trouvèrent dans une sorte d'amphithéâtre dont le centre était occupé par une table sur laquelle figuraient des cages de toute grandeur.
De ces cages s'échappaient des miaulements, des gloussements, des aboiements, des bêlements, des grognements, des croassements.
On se serait cru au Jardin- des-Plantes.
Cette symphonie imprévue, jointe à nne forte odeur de ménagerie, fit faire à Onésimc un mouvement en arrière, mouvement qu'il renouvela en apercevant au-dessus de la chaire du professeur
l'école de COMMCIICB HfiDIGALB 21 1
deux rangées, Vnne de peaux de lapins, Tantre de lapiDs écorchés tout Tifs,
— N'ayez pas peur, cbudwrta maître Helleboros. Vous avez devant verasune des célérités de Fantâsia-^Pianète, le fameux Loorens. C'est à coup sûr le praticien qui a le plus tué d^amiuux... clientèle à part
— A quoi bon ces exéonttons?
— A quoi bon?-.. Vous ignorez donc qu'à cet exercice-là le fameux Lourens a gagné quinze décorations, six traitements^ teût fauteuils académiques, neuf...
— Et la médecine qu'y a-t-elle gagné?
— Vous faites toujours des questions saugrenues... Écoutez plutôt ce savant sans pareil.
Le fameux Lourens venait en effet de prendre la parole :
€ Messieurs,
> Vous le savez, nos expériences antérieures nous avaient conduits à une certitude précieuse : à savoir que les os du canard peuvent recevoi" toutes sortes de teintures.
212 us MARCHANDS DK fAlITft
» Le premier dans la planète Fantasia, j'avais» l'ose le dire, ouvert ce nouvel horizon.
> Vous avez vu de mes os de canards chocolat, pistache, cramoisi, cuisse de nymphe, vert bouteille, gris perle, bouton d'or? Eh bien! messieurs tout cela n'était rien.
> Aujourd'hui, à Taide d'un procédé de nourriture joint à un procédé d'acupuncture qui me permet d'agir directement sur les tissus, je colore non-seulement les os, mais les chairs ! je colore non-seulement en une nuance, mais en plusieurs ! Et cela sur toutes sortes d'animaux.
> Passez moi un lapin I
L'appariteur de service s'empressa de tirer d'une des cages un lapin, que le professeur saisit par les oreilles.
> Ce lapin, messieurs, a, n'est-ce pas, l'air de n'être nullement préparé. Passez-moi un couteau... En trois coups, je vous l'écorche. Une! deuxl trois I
Et maintenant regardez, messieurs. Voilà le fruit de vingt ans de veilles! voilà le résultat de vingt ans de recherches. Vingt ans que je ne regrette pas, messieurs, puisqu'il m'a été donné
l'bcole de commerce médicale 213
enfin d'obtenir ce qui fat le rê?e de ma vie, le lapin tricolore!!.. )
Onésime profita de l'enthousiasme causé par cette péroraison pour s'esquiver et faire prendre l'air m légitime écœurement que lui avait causé la vue du lapin aux trois couleurs.
l'académie des INFAILLIBLE!
La première fois qa'Onésime avait entendu prononcer: Académie des Infaillibles^ il avait perçu la sensation désagréable que produit une note discordante. Infaillibles sentait presque le charlatanisme.
Heureusement il se souvint à temps que Paria possède des immortels, et, antiphrase pour antiphrase, il fut obligé de reconnaître que Tune u'élait pas plus grotesque que l'autre. Maître
l'aCADÉ?.îIîî des INFAlLXIBtES 215
Hellebortis av^it même insisté pour qu'il donnât le prix de ridicule au vocable terrestre.
Ce maître HeHeborus était un terrible personnage. 11 n'avait soulevé aucun coin du voile de mystère qui FeRtoorait, il ne s'était pas d^arti d'une seule de ses habitudes de satire perpétuelle^ il ne çiittait pas Onésime d'une se- Qtctie*
n n'avait pourtant plus Pair de peser en quoi que ee fût sur les décisions de son malade. H acquiesçait à tous ses désirs et à moins que> ces désirs, il n'eftt la puissance de les lui inspirer à son gré, c'était à n'y rien comprendre.
Aussi quand le petit-ffls d'Argm manifesta l'intention d'assister à une séance de l'Académie des Infaillibles, il eftt semblé que maître HeHeborus était prévenu que cette manifestatto» aurait lieu.
— Cest précisém^ auieurd'hui jow de réu- QiOB, répon(St-il simpleuient* Une importante ik^ cussîoD occupera les InfiiSyi^les. Vous pourrez les juger en toute eonnaissame de cause.
L'Académie des Infoill^es était installée dans on local d'apparence funèbre. Un jour douteux filtrait du plafond et éclairait av^ peine les pro«
fondeurs d'une voûte sans style architectural.
La première partie du local, divisée eu stalles, était réservée aux académiciens, la seconde au public, -^ qui brillait en général par sou absence.
Quant aux Infaillibles, réunis par groupes, ils causaient de leurs petites affaires sur les tons les plus aigus, pendant qu'un monsieur, debout à une sorte de tribune, faisait une lecture dont il était impossible d'entendre un traître mot.
— Quel est donc ce monsieur? interrogea Onésime.
— C'est le secrétaire qui lit le procès-verbal de la séance précédente.
— Mais on ne peut pas saisir un mot.
— Parbleu! Il ne parle pas.
— Gomment peut-il lire sans parler?
— Rien de plus simple. Comme, depuis un temps immémorial, il est de règle à l'Académie des Infaillibles de ne prêter aucune attention à cette partie du programme, le lecteur se borne à une pantomine de pupe formalité.
— Àb bah 1 ... Et quel est cet autre monsieu; qui s'installe à son tour?