‹ Les marchands de santéChapitre 65 sur 166 · DIALOGUE DE CORBEAUX · texte numérisé non relu

DIALOGUE DE CORBEAUX

Il devait en entendre bien d'antres.

Le temps marchait sans que rien présageât à l'infortnné la fin de son supplice.

L'heure fafafe arriva.

Sem individQS, an véftement sam&rement uniforme, pénétrèrent dans la chambre.

C'étaient les croque-morts.

Les excellentes gens, tout en procédant à leur besogne, (fialoguaient :

— Comme ça, t'es amoureux î

268 LES MARCHANDS DE SARTi

— Que Teux - tQ ? Ga ne se commande pas.

— Et elle est jolie?

— Une gaillarde! Cinq pieds trois pouces. •• sans compter un commerce de vin qui est achalandé... Tiens bon la planche.

— Un commerce de Tins... Je serai ta pratique > parce que, tu sais, c'est mon faible.

-^ Farceur... Passe-moi les vis.

— Et est-ce que tu quitteras la partie, si tu te maries?

— Plus souvent !

— Â la bonne heure 1

— Quand une fois on y est habitué, impossible de changer.

— C'est comme moi.

— Parole I Si je n'avais plus mon petit traintrain de tous les jours^ ça me ferait faute !

— C'est pourtant vrai. Est-ce drôle de s'attacher comme ça... Cristi! il n'est pas léger le particulier.

— Un homme de poids.

— Hé! hé!

— - Tu sais qu'il y aura des discours, à ce qu'on dit.

DULOGUE DE COBBEAUX 269

— Quelle chance... Moi d'abord c'est ma toquade. J'aime la rhétorique.

c Messieurs,

» Au milieu du deuil qui m'environne, je sens l'insuffisance de ma faible Toix... >

— Ou bien :

€ Messieurs,

» 11 est des instants où la parole est impuissante... >

— C'est égal, il est joliment lourd, le particulier.

Et Onésime entendait toujours!

L'ORAISOR FUNÈBII

La bière venait d'être descendue dans le careau funéraire.

Les quelques personnes qui avaient accompagné Onésime à sa dernière demeure s'étaient rangées en cercle.

Les croque-morts, friands de rhétorique, s'étaient approchés.

Quelqu'un, en effet, "commençait un discours :

L*ORAISON FONÈBRS ^71

^ Messieurs, > Au bord de cette fosse encore ouverte... »

~ Mais c'est Helleborus, pensa Onésime à qui les sons parvenaient à travers le cercueil. Le traître! M'avoir ainsi abandonné. Il est bien temps qu'il se montre maintenant... Et pourquoi? Pour prononcer quelques paroles de banal regret...

— Messieurs» continuait cependant la voix : Au bord de cette fosse encore ouverte, j'ai tenu à faire entendre à ceux qui m'environnent quelques conseils salutaires qui remplaceront» je crois» avantageusement les compliments de condoléance usités en pareil cas.

Celui que nous allons quitter pour toujours ne peut d'ailleurs avoir droit, à nos larmes, puisque sa mort est en quelque sorte le résultat d'un long suicide.

—Comment ! qu'est-ce qu'il chante? pensa Onésime indigné.

— Noire ami avait en effet tout ce qu'une créature peut désirer : il était jeune, il était indépendant par sa fortune, il pouvait se rendre utile par son travail.

Au lieu de cela, il aima mieux concentrer toutes ses pensées sur lui-même, il sacrifia à Tégoïsme et fut sacrifié par lui.

Car il avait Tégoïsme le plus dangereux de tous, régoïsme de la santé-. Il n'était atteint d'aucune maladie, messieurs ; il avait à la fin de ses jours réussi à se les donner* toutes.

Que cet exemple, à la fois terrible et ridicule, ne soit pas perdu pour vous.

—C'est une infamie, grondait mentalement Onésime. Insulter à mon tombeau !

— Messieurs, poursuivit Helleborus, mon ami fut redevable de toutes ces maladies aux marchands de santé.

La frayeur a commencé l'œuvre, les remèdes Tout continuée, la nature l'a achevée, et la nature, je le proclame, a bien fait de se révolter.

Rappelez-vous donc tous l'exemple d'Onésime

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