LA BOURSE OE L'AMOUR
quand les Petites^Voitures montent, les stores baissent. Voir plutôt du Rond-Point à TArc-de- Triomphe.
LITS MILITAIRES. — Violento agîtatiou, insomnies craelles. Depuis que les spahis et les turcos sont venus opérer ici des razzias de payses, la jalousie a fait monter tous les autres régiments. Patience! il y aura des revirements.
CHANGES. — Impossible d'en suivre les trop rapides évolutions.
{Certifié conforme aux cours officiels.)
m UARTYB DE LA PROSE
A quoi tiennent les destinées?
Théodule Gobinet était probablement né pour mener dans le cheMieu du département de l'Ardècbe la vie la plus unie, pour y savourer les intimes douceurs du prosaïsme, pour y donner à ses instincts bourgeois les plus banales satisfactions. Théodule Gobinet, — si le malheur ne Pavait pas fait dévier de sa vocation, — aurait, comme disait
UN MARV7R. DB.LA. P&OSB 5^
l'adjoint au maire, pu arriver à tout. Il serai peutrêtre aujoocd'hui .propriétaire du . principal caféido Priva&OH premier clerc chez l'huissier de rendroiti
Mais, — je le répète^ — à quoi tiennent les âestinées ?
Ibéodule^ — na jour qij'il s'ennuyait — se . livra à la lecture d'un roman. Le lendemainy pour psèTenîr rennui, il recommença ^ Jl contiima.le&. jottrs suivants. Dès lors, c'en était fait^.re&islenceM derTkéodule avait déraillé 1
Trop naïf pour voir entre les lignes el comr. prendre que les romanciers s'amusent — quand iUn'amiieen^pas les. autres^ r- 4- inforiué s'avisiMle prendre aasérieuxules beilea iavenUons eb\ les haute» ïmldLisies.ùeSfMUk et une Nuits roma-r. BefffUies. . Les gens d'humeur p^eiflq<ue sont le& plus terribles de tous quand ils sa mettent en ire;, l'iVresse la*plw dangereuse est celle de Thomme quii n'a }%naais bu.; le tempérament vulgaire de Tbéodttle*de«ait rendue; p)ua:e£lî;énées ses aspiration&&veBti)U2eases.i<
60 MAISON AHOtJR ET C*'
— Palsembleu ! se dit-il un matin, — car il avait remarqué que le monologue sied admirablement en tète d'un chapitre et que palsembleu sied'Don moins admirablement en tête d'un monologue. — Palsembleu ! il est temps que je secoue la poussière provinciale. La chrysalide doit se changer en papillon. Les escapades, les incartades, les émotions, les passions, les excentricités et les singularités, voilà ce dont j'ai soif. Assez de vie terre à terre^ assez de chef-lieu départemen* tal. Je sens quelque chose là. Je serai un héros de romani
Pour introduire dans sa vie privée Thabitude de parler tout seul et surtout pour se tenir des propos, si subversifs de sa propre nature, il fallait, avouez-le, que Théodule en fût venu à des paroxymes imprévus.
Signes parliculiers ; pause saccadée, gestes brusques, yeux levés au ciel, main passée à diverses reprises sur le front, stations devant sa glace. — Décidément c'était un homme perdu.
Le soir même» en effet, Tbéodule Go^inet, rassemblant les épaves de son «petit pécule, mon* tait dans le convoi en marche pour Paris.
— Heureux temps des diligences, où es-tu? murmurait-il pendant les premiers soubresauts de la locomotive : au lieu des voyages modernes, où les créatures sont traitées comme des colis, du pittoresque, de la couleur 1 une jeune et belle voyageuse, enveloppée dans sa mante, s'assied auprès de moi; au premier relai, je lui offre la main pour descendre; la conversation s'engage ; je deviens éloquent, les chevaux s'emportent, la voilure verse, je sauve la viCi^^ ma chère inconnue, et pour prix de mon dévouement elle...
Une violente secousse ramena Tbéodule au sentiment de la réalité! C'était le train qui s'arrêtait trop brusquement aune station, et au lieu de la belle inconnue, un gros monsieur heurtait en maugréant sa tète contre Testomac du héros.
Ce fut le seul incident poétique du voyage.
63 HAisoN Àse»;a bt c^*
Théodule est installe à Paris depuis deux mois.
Les amitiés étant, dans tout roman, un ol)jet de première nécessité, il a cherché un Pylade. Plusieurs se sont offerts... à Taider dans la consommation de quelques billets de banque dont il avait lesté sa valise.
Théodule en a choisi un entre tous.
Quel cœur-i quel dévouement I Tua se ferait
massacrer pour l'autre ; l'autre se ferait pulvéri- .
fier pour Tun
Un beau jour, Pylade, qui partageait non-seulemeDt ies rêves; > mafô «ocore la demeure ^0 ison insépiarabie^ disparaissait en emportantplosieîif^ • paQtalonsi deux douzaines de ehemisesi^rdiSTe*^ dingotes appartenant à son^ami.
Théodule sourit avec amertume, et raraertume
du sourire le dédommagea* presque de la double
UN MARTYR 'BE LA» «lOSE l'^ÔS
fpertedfe ràmitié et des effets. Une désillusion sied bien aux héros de roman.
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Théodule n'avait point encore eu tle galante « avi^lure. — G&â^ntiilaétaitnairé.
Un soir, au théâtre, il aperçutdans une loge... C'était elle ! celle que son cœur avait rêvée f et le reste de la litanie 1
Toutefois elle n'était pas seule ; un monsieur raccompagnait : un mari jaloux ou un sombre tuteur, sans doute..; Théodule cligna de l'œil d'un air vainqueur et provoquant :
— A' ramcre sans périi oniriomphe sans gloire^ pensait-il pendant que s'âfdievait le spectacle. Mon tœur me dit que nous naquîmes l'un pour l'autre... Qui que tu sois, céleste créature, je jure.
Voir» pour plus amples détails, les oeuf dixièmes des feuilletons.
Et il emboîta le pas, à la sortie, derrière celle qu'il nommait déjà sa Béatrlx, derrière celui qu'il nommait déjà son rival.
Arrivé devant la porte et quand elle fut refermée, Théodule se posa sur le trottoir, le nez en Tair, les yeux rêveurs.
— Elle m'apercevra à travers sa jalousie, et peut-être un billet..
Il ne vint pas de billet ; mais il vint une averse d'abord, un sergent de ville ensuite.
L'averse transperça l'amoureux soupirant ; le sergent de ville le prenant pour un malfaiteur^ le somma de se disperser . •
Théodule dédaigna l'averse ; quand au sergent de ville... rosser {e^t^^^ quelle bonne fortune pour ie héros de roman 1 II répondit par une menace. Le guet, qui avait la poigne solide, répondit par une appréhension au collet*
Théodule passa la nuit au violon, et dut s'esti-
mer heureux de ne point lier connaissance avec la police correctionnelle.
Il est vrai qu'il fut tenu au lit pendant une semaine par le rhume que lui avait procuré T averse citée plus haut.
Théodule se releva affaissé, mais non découragé.
— Gela marche! cela marche!... répétait-ili avec complaisance en énumérant mentalement ses premières tentatives. Frappons un grand coup.
Le grand coup, dans les romans, c*est en général l'enlèvement.
Théodule qui, moyennant un écu,s'était procuré le nom de sa Béatrix, rédigea une déclaration pathétique, qu'il copia presque textuellement dans le Château des Vautours, émouvant imbroglio de notre célèbre***... La déclaration se terminait ainsi :
c À miimit, une 'berline stationnera devant la petite porte du jardin. •. Venez! Tenez ! •
Théodule avait' oublié de remplacer berlim par fiœre, et porte du jardin pd^r boutique rdo/ bonue* tier ; mais Texaltation excuse tout.
Un nouvel écu lui assura la fidélité du con« eierge, — qui, après avoir serré ce don volontaire, 5'empressa de remettre la missive — au mari.
Explication, provocation et duel. Notre romai nesque personnage, .eonlormémient aux saines trai ditions, allait, sur le terrain avec Pinsouciance que donne la connaissance dlune botte secrète. La botte secrète lui avait été dévoilée par un prévôt qui avait taxé à deux cents francs cette précreuse rêvé! a lion.
A la seconde passe, Théodule avait le bras traversé de part en parU
Les fantaisies coûtent cher. Tbéodnle s'aperçât, après la cicatrisation de. sa blessure^. que ses poches avaient horreur du vide .qu'il y. avait fait Mais il avait à Paris un oncle!
U s'en, fut droit.chez.ilui.
— Mon cher oncle, tel que vous me voyez, je n'ai plus un sou vaillant. J'ai mené la vie du mieuxque j'ai pu ;ij'aâ soupiré^ rêvé, aimé,. combattu. Je viens vousdemander de remplir vos devoirs avunculaires en m'avançant quelques. millier&de...
Cet exorde ex abrupto, emprunté à divers volumes, n^était pas achevé que l'oncle sonnait, et montrant son neveu à sou domestique :
— Jean, faites passenmoasievr/par la pcarte ou par la fenêtre, à son choix.
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Si la famille n'est qu'un vain mot, grommela Théodule une fois qu'il se retrouva dans la rue, les étrangers auront sans doute plus de magnanimité.
Et il se dirigea vers la demeure d'un chef de bureau au ministère de..., ancien confrère de son père.
— Mon cher monsieur, vous ne me reconnaissez pas? JesuisGobinet, fils de Gobinet, votre excollègue. Mon père ne m'a, pas laissé de fortune ; j'ai de la bonne volonté, de l'intelligence^ je suis jeune. Veuillez me procurer un emploi.
Il avait vu dans une foule d'ouvrages très- bien écrits de telles demandes réussir.
Le chef de bureau prit une prise, se gratta le front, et d'un ton lent :
— Je n'aime pas les intrigants, vqu^ m'entendez?
Gomme Tbéodule regagnait son domicile, trois créanciers le happèrent dans Tescalier.
— Monsieur, nous venons...
— Gomment, maroufles, qui vous a permis de m'arrêter au passage ?
— Voulez-vous acquitter ces factures?
— Acquitter I D'honneur, j'en serais bien fâché. ^
— Vous refusez donc de payer?...
— Proposez-moi tout de suite de me déshonorer. •• Les bélîtres n'ont aucune littérature, pour ignorer...
— Ainsi, c'est décidé...
— Estimez-vous heureux, manants, que je ne ous lance pas du haut en bas de Tescalier...
70 MAISON. îAMOUR ET C''*
— r VraioieDt?... . Eb.bien I 'Y;0us êtes ud v(decir ; nous ne craignons pas les chevaliers d'industrie de votre espèce, et c'est plutôt nous qui serions 6n droit de répondre à vos insolences par une bonne volée de coupst de canne... Vous aurez blentôt'de nos nouvelles I
Théûdule, qui avait ouï dire. par. les feuilletonistes que les créanciers se payaient avec de l'audace, n'en croyait pas ses oreilles.
Quelques heures après^ il n'en croyait pas ses jeux; car les reeors le.confiaieot aux solitudes de la prison pour dettes.