VIII
Dernières nouvelles. — Théodule, après une in- <iarcération de deux ans, est sorti de Ctichy... Quantum mulatusi
La. métamorphose iasticomplète. Se soumettant trop tard au réalisme d'un, siècle où les voyages
UN BlàRTYR DE LA PROSE 71
D'ont plus de mystère, où les amis dévalisent la tendresse, où les rêveries nocturnes mènent au
violon et les bottes secrètes à Thôpital, où les portiers enfin sont vertueux, les oncles sérieux^ les protecteurs indifférents, les créanciers despotiqueSj il a renoncé à devenir un héros de roman — et s'est fail épicier en demi-gro».
Je ne sais ce que je ressens depuis quelque temps, mais j'éprouve de vagues mélancolies.
)* aurai demain seize ans^ Tâge de rhéroîne de ce beau roman de chevalerie, que je lisais en cachette à mon couvent.
Qu'il était charmant, ce roman I
Qu'on doit être heureuse d'être aimée ardemment^ éperdûment. Mathilde a eu bien'^raisoQ de tout quitter pour Guzman,
Mathilde et Guzman, ce sont les deux amants tlont rbistoire m'a tant fait verser de larmes.
<jb 1 comme je voudrais être Mathilde ! Mais où serait mon Guzmao ?
Je ne le vois, hélas 1 pas venir... Ma grand'lante la chanoinesse, chez qui je passe trois mois de cet été, ne reçoit personne, hormis un vieux baron si cassé, si cassé...
Serait-ce cette solitude qui est la cause de mes mélancolies ?
Je suis bien malheureuse!
J'ignore pourquoi^ mais je m'ennuie honiblement.
Je vais entrer dans ma seizième année.
Comme dans cette machine de TAmbigu que manian m'a menée voir l'autre soir.
La jeune fille avait aussi seize ans et elle épousait un homme cousu de millions, un banquier qui roulait sur l'or.
En ?oiià "de la Telûel
Se marier ^ avoir de la fortune... Jj^eauconp de fortune!
Hélas ! ce n'est qu'un rê?e, etToilà pourquoi je suis si crueUemenrtdriste.
J'ai envie de pleurer, quand je pense que trois de mes amies de pension ont déjà épousé (tes hommes qui les ont inondées de cachemires des; Indes.
Des vrais!
C'est affreuil
Oh! bonheur...
«Celte journée datera dans mon exigence.
Aujourd'hui après le déjeuner, comme je m'apprêtais à faire à ma grand'tante la chanoinesse sa iecture accoutumée, le vieux baron est^entré.
Mais jl n'était pas seuL
Un jeune homme — sm flis — raccompagnait. {H j'ai rougi, ma^ré moi, rienqu'en le voyant me saluer.
C'est que son regard a rencontré le mien ei
Il était si charmant sous son uniforme de cbevau-léger 1
Brun, svelle^ des yeux noirs pleins de douces caresses.. . Bien sûr^ quoique je ne Taie jamais connu^ Guzman devait avoir de ces yeux-là.
Après la présentation, le chevalier — il est chevalier, quel adorable titre! — le chevalier a causé avec ma grand'tante. Sa voix me remuait sans que je pusse maîtriser cette émotion.
Puis il est parti — déjà 1 — sans m'avoir adressé la parole.
Mais son souvenir ne m'a pas quittée. Toute la nuit je Tai revu en songe, svelte, beau et caetera.
Décidément il doit être plus joli garçon encore que ne rétait Guzman I
Je me souviendrai du !•' octobre.
Maman au dessert m'a dit :
— Jolie, vâ t'habiller. Nous atteodons ce soir un mqnsieur dont la visite t'intéresse. Tâche de lui plaire.
11 y va de ton avenir.
Je me suis hâtée et, une heure après, j'étais prête à paraître devant mon prétendu, car j'ai' deviné tout de suite que c'en était un.
Si maman se figure que je ne comprends pas SCS malices cousues de fil blanc 1 . . • Elle est bonne, maman I...
Nimportel... le principal, c'est qu'il est venu et que j'ai paru lui produire une impression des plus agréables.
Je le crois pincé.. &
Il est un peu vieux, mais il joue à la Bourse. Ses chevenx grisonnent, mais il parait qu'il gagne toujours. Il a du ventre, mais un coupé !
Oh ! je sens que je serai bien heureuse avec lui.
îl m'a parlé pendant un quart d'heure environ.
Il bégaie un peu, toutefois je n'en ai pas moins compris parfaitement ce qu'il me disait.
Il parait quMl a eu, rien qu'à la liquidation dernière^ des différences qui lui ont valu un bénéfice de treize mille quatre cent trente-un francs quatre vingts.
Sans compter un vaste projet qu'il me doit conter.
A coup sûr un mari comme cela me donnera au moins mille francs par mois pour ma toilette...
L'admirable promenade I
Il faisait clair de lune au dehors. Au dedans, ma grand'tante, la cbanoinesse, s'était endormie sur son livre d'heures. Le vieux baron ronflait dans un fauteuil prochain.
Je suis sortie sur la pointe des pieds, sans penser à mal, je le jure. Je ne croyais même pas le rencontrer.
Mais au détour d'une allé je Tai aperçu, lai^ le chevalier, qui arrivait au château .
Il est vrai que c'était Theure à laquelle tous les soirs..*
J'ai voulu fuir. Bm'ardfenueyaglissé mou bras sous le sien ; nous nous sommes dirigés vers la grande charmille.
Et lui parlait, parlait toujours.
Des animaux, de la natuiie, des arbres, du ciel 1 était éloquent, il était attendri... Puis^ do& deux mains se sont trouvées, — oh ! sans se chercher, vraiment!
Nous causerions encore de notre amour, si la voix de ma grand'tante ne m'avait rappelée sou* dain.
Il m'aime 1
Maman s'était retirée, — probablement pour ÊdU6 laisser seub, afin que nous ps^ssioBS
affaires. " V
Il m'a fait part de tôas ses projets.
Cest une société en commandite qu'il veul fonder. Huit cents actions émises au taux de 500 francs et huit cents obligations de 250.
Les obligations seront remboursables avec des tirages qui donneront droit à des- primes.
La combinaison est infaillible.
L'objet de Fexploitation est une invention pour 1a fabrication à vapeur des Boutons de porte en amer fondu.
II est sûr en deux ans d'avoir décuplé sa fortune avec cette spécuJation-là... Et il me mettra trente actions à prime dans ma corbeille de noces ! .
Je lui ai signifié aussi qu'il me fallait une voiture pour moi toute seule.
Clara, mon ancienne camarade de pension, n'a qu'une calèche au mois; c'est cela qui l'humiliera!
Trente actions!... à prime!... les Boutons de porta en acier fondu L*. J'en p^rds la tète de joie.
^Q 3IAIS0N AMOUR ET C**
Quand maman est rentrée, nous faisions ensemble des additions...
La pauvre femme a failli en pleurer de joie. Excellente mère !
Il m'a écrit !
, Quel style! quelle âme! quel feu!
J'ai relu cenl fois ces lignes brûlantes... je les ai...^*je puis bien l'avouer, puisque je suis seule, — je le^ ai couvertes de baisers...
C'est plus passionné et plus joli que les lettres de Guzman.
Je veux les relire encore.
J'ai reçu une lettre de lui.
Elle contenait de nouveaux calculs sur les bénéfices probables des Boutons de porte et me demandait de faire verser ma dot dès à présent aveC; une garantie d'intérêt à 7.
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Je consulterai le notaire à papa.
Auparavant je veux dresser le devis du mobilier que je lui ferai commander.
Seigneur, ayez pitié de moil...
Il a reçu Tordre de rejoindre son régiment.
Il m'a fait dire par le baron que je devais Toublier et ne plus songer à une folle amourette^ dont il conserverait le souvenir comme celui d'une espièglerie d'enfant
Enfant 1... Il me traite d'enfant t
Il prend mon amour pour une amourette.
Ob ! je sais ce qu'il me reste à faire.
Mathilde, après la trahison de Guzman, va au bord du fleuve qui fut témoin de leurs rendezvous et se jette dans l'onde...
11 y a un bassin au fond du jardin.. . Ce soir... tout sera Qni...
si: MAISON JkUOJM m: c^
Je suis encore sous le coup de rindignation. C'était UQ escroct
Les Boutons de porte sont en déconfiture... Il est parti en)portant un à-compte que papa a été assez bête pour lui verser sur ma dot.
• Refaite t. ..
Ma grand'tante m'a retenue au moment où j'allais en finir avec la vie.
Elle me renvoie au couvent pour six moisi. .•
J*étais bien sotte de m'ien faire mourir.
On a parlé à maman aujourd'hui d'un autre
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fatur. Il a soixâQte-trois ans, mais cinquante mille livres de rente.
Cette fois ce sont des biens-fonds; un place ^ ment solide!
Je vais reconsulter le notaire à papa
LE RBNDEZ-VOUS
SCkNB PB LA ?IE RÉBLIB
— Ce coiffeur est d'une lenteur t... Mon ami, dépèchez-vous, je vous en prie... On m'attend !... Allons, bon, à présent vousm^avez coupé. ..
— Dam, monsieur, ce n'est pas ma faute. . . En coulant trop me presser...
— Pas votre faute! pas votre faute!... Il m manquerait plus que vous eussiez prémédité ce commencement d'homicide... Me voilà joii r