‹ Les marchands hanistes de CantonChapitre 2 sur 3 · PAR · texte numérisé non relu

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HENBI COBDIEB.

On désignait, à Canton, sons le nom de ^, Hong ou Hâng, les nongouHmig. maiaoïiB de commerce et en particalier celles des marchands indigènes privilégiéif intermédiaires ou garants des négociants étrangers; d*où les expressions de Hong merchants on de marchands hanistes; la réunion dé ces hanistes était appelée Co-hong ou Co^hang. Le terme/ac^or^n^ désignait pins particnlièrement les maisons des étrangers, résidence et bureaux; les hong seryaient également de magasins.

Les réunions des hanistes se tenaient sous la présidence du Le Hoppo, Hoppo dans un bâtiment appelé ^ 1^ Kong^sse^ ^Compagnie* d*où, avec la 'prononciation locale, Consoo^ et Consoo House. Le Hoppo, que Sonnerat appelle VOpeou ^) et ReBOuard de Ste. Croix le Aatipaul ^), était le titre donné par erreur par les étrangers au haut fonctionnaire placé à la tête des douanes maritimes qui, représentant le ministère des finances, Hou^Pou J^ ^ , était désigné par ce nom déformé. C'était prendre le Pirée pour un homme. Le Surintendant des Douanes est appelé Hai Kouan Kxen^tou |^ ^ ^ ^ ? ni&is à Canton, ce fonctionnaire, désigné par la maison impériale, portait le titre de Tué Hai Kouan Pou ^j^^"^; c'était le

1) Voyifcge, II, p. 9.

2) Foy. MMx ItuUi Orientales, lU, p. 93.

4 HBNRl COBDIBB.

Hoppo^)^ «terme, dit Mayers, dont l'origine est inconnue»; on vient de ?oir au contraire que cette origine est connue.

Montigny écrit ^): «Le pertonnel des donanes chinoises auquel le commerce européen a affaire dans la province de Canton a pour chef le fwppOf ou surintendant des douanes, oficier administratif le plus élevé avec lequel le commerce soit en relation. Cette fonction est toujours remplie par un Mantchou tartare, et en général par un membre de la famille impériale; c'est par TEmpereur lui-même qu'il est nommé à son poste de surintendant du commerce maritime de la province de Canton, et, comme tel, chargé de percevoir les droits de douane et de navigation. Par les prérogatives de son emploi, le hoppo se trouve assimilé aux plus hauts dignitaires de l'Empire; son traitement officiel est de 2.500 taels, soit environ 20.000 francs, mais il s'accroissait considérablement, avant le nouveau tarif, de toutes les exactions et taxes imposées au commerce sous le régime des noùrchands hongs, et de la commission qu'il prélevait sur les rentrées du Trésor impérial. Depuis la destruction du monopole des marchands hongs, cette importante partie du traitement du hoppo est réduite presque à rien, par suite de la régularité légale établie dans la perception des droits».

Voici les formalités, le village de Whampoa ^ j^ une fois atteint par les vaisseaux étrangers:

«Dès qu'on est mouillé à Vampou, deux bateaux chinois viennent s'amarrer aux deux côtés du vaisseau, avec des commis de la douane, et ne le quittent, que lorsqu'il est chargé, et qu'il part. Comme toutes les marchandises paient des droits d'entrée et de sortie, et qu'il y en a quelques-unes de prohibées, telles que l'introduction de l'opium et la sortie de l'argent; rien ne peut débarquer du vaisseau sans le consentement des douaniers, qui donnent

1) Mtjera, Ckimete Oopgmwtemt, p. 40.

2) ÀÎOMwl du NégocuuU franÇM M CkuM. 184S, p. 824.

LBS marohauds hânistss dm CAirroN. 5

un passe-port. On est obligé de le faire viser par les commis de quatre autres douanes, situées sur la rive gauche de la rivière pour les envoyer à Canton. H y a trois lieues de Vampou, aux factoreries européennes, et trente lieues de la ville à la Bouche-dul^re 0* Les canots qui portent le pavillon de la nation européenne à laquelle ils appartiennent, sont exempts de s*arrêter aux quatre douanes dont j'ai parlé; mais un douanier vient à la loge faire la visite des canots. H n*y a que les capitaines de vaisseaux et les premiers supercargues qui aient le droit d'arborer pavillon. On ne peu^ rien débarquer que le haupon ou intendant de la province n'ait fait sa visite à bord. H se fait toujours annoncer. Dès qu'il paroit dans sa galère, qui est bien accompagnée, on envoie un ofiBcier au-devant de lui, on le salue de onze coups de canon, on le reçoit avec beaucoup de cérémonies et de distinction, et on le r^ale. Il mesure le vaisseau tant en longueur qu'en largeur, pour fixer les droits d'ancrage, qui sont dus à l'Empereur. Il fait ordinairement présent au vaisseau de deux boeufs, de deux sacs de farine et de quelques pintes de Sams'ou, C'est, dit-on, une liqueur spiritueuse d'une odeur forte et fétide, extraite du riz par la fermentation et par la distillation. Les Chinois en boivent et nos matelots finissent par s'y accoutumer. Quand le haupou quitte le vaisseaUi il est encore salué par onze coups de canon» ^).

En 1702, tout le commerce des étrangers était centralisé entre Marchand de

rEmperew.

les marns d'un seul marchand chinois désigné sous le nom de Marchmnd de V Empereur \ les abns de ce personnage et aussi la nécessité de créer des intermédiaires plus nombreux, fit choisir, au

1) Eou-meun j^ P^ , dont les Portagtis ont fait Boea Tigrit, et les Anglais 7Àe Boçuâ, emboochore de la rlTière de Canton.

2) Charpentier Cossigny, Vojft^e à Cantom, pp. 72—4. — Sonnerat, II, p. 11, donne les mêmes renseignements.

^mL,

6 HKNRI COBDIEB.

détriment du petit commerce de Canton, un certain nombre de marchands privilégiés.

Marchimds La corporation des marchands hanistes (Co-kang) fut créée en

haniêtet.

1720 on 1722, et sauf un bref espace de temps avant 1725, elle dura jusqu'au traité de Nan-Eing en 1842.

«La position de Hong Merchanti^^ dit M. W. C. Hnnter Of «s'obtenait par le paiement de grosses sommes d'argent à Pé-Eing. J'ai entendu dire 200,000 taels, c'est à dire 55,000 livres sterling. Si la «licence» ainsi acquise était coûteuse, elle leur assurait des avantages pécuniaires ininterrompus et extraordinaires; mais, de l'autre côté, cela les soumettait aux demandes ou «squeezes» de contributions pour des travaux publics ou de bâtiments, pour le soulagement de districts souffrant de la rareté du riz, aussi bien que pour le dommage souvent imaginaire ou estimé plus grand, causé par l'inondation du «Yang-tseu Eiaug» ou du «Fleuve Jaune».

Lorsque Sir Hugh Gough parut le 21 mai 1841 avec les troupes anglaises devant les mars de Canton, les mandarins payèrent une rançon de 6 millions de dollars dont les hanistes versèrent 2 millions: Pwankeiqua 260,000, Howqua 1,100,000 et les autres 640,000 ^).

«Le haniste», dit Renouaixl de 8ainte Croix >), «est un marchand privilégié par l'empereur pour faire le commerce avec les Européens; ce haniste demande Tagrément du haupoul^ gi*and mandarin chargé de la surveillance des douanes et qui a Tinspection sur les Européens. Pour ohtenir cette chappe ou permission, il faut donner 800 piastres pour un hateau, ou cfiampan*)^ qui vous transporte avec vos effets; mais si vous ne portez que votre lit et votre malle, on vous donne une chappe blanche, ou permission pour 150 à SOO piastres, et dans ces deux sommes sont comprises les piastres que le compradat est obligé de donner aux douanes qui se trouvent sur la route, et qui ne laisBent pas d*ètr0 excessivement chères».

1) Fan kwae, p. 86.

2) Fûn kwœ^ p. 44.

8) Fojf. Comwurcial, . . aux Indu OrUmtalei, III, p. 88.

^) *'^- ^M^ Sawtpan-, en chinoii, trois planches; prohabiement d'origine malaiee.

LES MARCHANDS HANISTBS 01 CAim>N. 7

ars ont Tapté ThoDiiêteté des marchands hanistes, Hamtéteté

des HmisUi,

j*ai en moi-même souvent le plaisir de constater ants chinois des ports ouverts par traité.

Dup déclamé contre le goût des Chinois pour le vol, et contre

» marchands dans les qualités et dans les quantités des mar-

i semblé que les fnponneries n'y étoient pas plus fréquentes

égocians et tous les gros marchands sont fidèles dans le corn-

ne vu un négociant de Canton payer une somme considérable

Tançais, qui avoit été volé, à ToccMion dés marchandises qu'il

i, quoiqu'il n*eOt point participé au vol. Il vouloit obtenir, par

:onfiance qu'il roéritoit. Je ne sais pas si parmi les Européens,

. beaucoup d*aussi nobles et d'aussi délicats.

. un négociant chinois, très âgé, particulièrement attaché à la

a, qui avoit acquis une grande fortune, par un commerce loyal

i, par reconnaissance, M l'avance à la Compagnie des Indes, de

;, dans une circonstance où ses vaisseaux manquoient de fonds.

négociant de l'Europe auroit-il eu une conduite aussi noble et

? Que l'on fasse attention que le Chinois ne pou voit être rem-

)ut de vingt ou ' vingt-quatro mois, au plutôt» *).

éclare de s(m côté que comme oorporation de marchands, es hanistes honorables et exacts dans leurs transactions, ."S engagements, et Taspiit ouvert ').

des facilités accordées an oDmmerce, l'ingénieur Char- FaeUHés

du Commerce.

igny nous dit:

prohibitives sont en très petit nombre; elles se réduisent à dé-

irtation de l'opium dans l'Empire, l'entrée et la sortie du verre,

Dn de l'or, de l'argent et du nz. La première denrée est regardée

iineste, ei propre à troubler la tranquillité publique; ainsi la po-

umanité ont conseillé ce règlement de police. Les matières d'or et

t regardées comme nécessaires à l'Empire. La loi qui en défend la

3 en vue l'exportation qu'en pourroient faire les émigrans, que celle

ce; car il n'est pas difficile aux négocians d'en exporter. Quant au

1 comestible de première nécessité dans un pays extrêmement peuplé.

1) Charpentier Coasigny, Voyage à (kmUm, pp. 148—4. 8) F§m kwae, p. 40.

8 HINRI OOBDIBB.

Toutes les autres marchandises, quelles qu*oUe6 soient, manufacturées ou non, sont permises, tant à l'entrée qu*à la sortie. Ainsi les raisons d*Etat qui, dans d'autres pays, ont mis des bornes à la concurrence ou à la consommation des marchandises étrangères, sont ignorées ou dédaignées à la Chine. Plusieurs écrivains ont, de nos jours, attaqué le principe sur lequel elles sont établies. Ce n'est pas ici le lieu d'entamer cette discussion. Je me borne comme historien, à raconter un ùlH qui me paroit digne d'être remarqué» <).

ÉiëMitiâwteni Les difficultés de toutes sortes suscitées par les hauts fonctionif Ninç'Fà, '^

naires de Canton, les lentraTes apportées au commerce, les demandes exagérées d'argent, poussaient les étrangers à s'établir dans des ports plus hospitaliers que ne Tétait la capitale du Eouang-Toung. Déjà en 1727 et en 1735, quelques n^ociants étrangers avaient songé à quitter Canton pour Amoy.

JBn 1755, les Anglais voulurent établir leur commerce à Ning- Po; une lettre du sieur Dumont adressée à la Compagnie des Indes et datée de Canton le 28 noveçabre 1755 nous renseigne àcet^ard:

«Sur le^mlnre des vaiseaux anglais venus cette année d'Europe, le premier arrivé en juin n'a fait que paraître devant Macao pour prendre langue et a continué sa route pour Ning-Po, ville où les Anglais ont dessein d'établir leur commerce. Il avait été précédé dès le mois de Mai par un petit vaisseau portugais de Macao armé par les supercargues anglais résidents en Chine à bord duquel M..Harrison, premier supercargue, et l'interprète anglais Flint se sont embarqués: voici ce que j'ai appris concernant cette opération.

«A l'arrivée du vaisseau armé à Macao, les mandarins de Ning-Po surpris de voir un vaisseau européen et ignorant ce qu'il venait faire ont empêché le débarquement d'aucun effet; ils ont cependant reçu les supercargues avec politesse et leur ont permis de descendre à teiTe, mais sans faire aucun commerce jusqu'à ce qu'ils eussent reçu des ordres de l'Empereur et des nouvelles du Tsong-tou de cette province auquel ils avaient envoyé des courriers pour leur apprendre la nouvelle de l'arrivée de ce vaisseau dans leur port. Avanth retour des dits courriers le vaisseau anglais d'Europe y a mouillé. Les supercargues ont été également bien reçus, mais ils n'ont pas eu plus de liberté que les autres. A la fin les ordres de l'Empereur sont arrivés. Comme il accorde une permission non seulement aux Anglais, mais à tous autres Européens d'entrer et de com-

1) Charpentier Cottigny, Foy, à (UaUom, p. 142 — 8.

LIS VARCHAVD8 HANI8TE8 Dl CANTOV. 9

mercer dans ses ports, le6 Anglais en ont profité, de sorte qu*ils y font leur commerce avec avantage pour toutes sortes de raisons.

«La ))reroière, Ning-Po, se trouve par sa situation, pour ainsi dire, dans le centre des différents endroits d'où Ton tire les marchandises nécessaires aux cargaisons des vaisseaux européens. La seconde, toutes les marchandises, tant d'Europe, que de la côte, comme draps, poivre, kaolin, etc., se transportent ordinairement dans le Nord, Ning-Po y est situé, ainsi tous les frais de transport de Canton dans les provinces se trouvent éteints.

«La troisième, les Mandarins du pays sont infiniment plus abordables que ceux de Canton ; quand les Anglais ont quelques affaires ils s'adressent directement aux Grands auxquels ils expliquent leurs raisons par le moyen de leur interprète Flint, ce qu'il est impossible de faire en cette ville.

«Ce projet des Anglais a terriblement déconcerté les marchands de Canton ; ils ont agi auprès du Tsong-iou et du Hou-pou pour les engager à le traverser ; ceux-ci y ont travaillé de toutes leurs forces en représentant aux Grands de la province de Tche-kiang de laquelle Ning-Po dépend que lék Européens étaient gens barbares, capables de troubler le repos public, et qui, sons prétexte de leur commerce, ne cherchaient qu'à reconnaître le pays, ce .qui pourrait avoir des suites fâcheuses, mais malgré tout ce qu'ils ont pu faire, les Anglais ont été bien reçus, ils ont permission de bâtir un hong, et ils od^ptent que Tannée prochaine il ira deux de leurs vaisseaux. On présume aussi que les Hollandais pourront fort bien y en envoyer un» ^). -

Une lettre adressée de Canton, le 81 décembre 1759, à son pèrOi par le siear St. Martin, nous instruit sur les entreprises des Anglais à Ning-Po:

«Vous aurez pu entendre parler à F Hôtel de la Compagnie des mouvements que les Anglais se sont donnés depuis quatre ans pour faire leur commerce à Ning-Po. Je vais vous raconter en peu de roots quel a été le fruit de leur entêtement

«La première année qu'ils y furent, on les admit à faire leur commerce, mais avec défense d'y revenir l'année d*ensuite. La Compagnie anglaise qui ne prévoyait point alors cette défense, continua toujours à y envoyer, persuadée que si elle pouvait parvenir à y établir un commerce suivi, elle aurait en Europe la préférence sur les autres nations par le bon marché et la qualité de toutes les marchandises que Ton exporte d'ici. M. Flint, supercague interprète des Anglais, qui est ici depuis vingt-cinq ans, fut l'homme choisi pour faire

1) Archives des Colonies: Chinb^ 1732—1766, No. 10.

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réussir ce projet. En conséquence, il est expédié de Canton dans un petit bâtiment anglais le il de juin, se rend à Ning-Po et chassé de ce port, il va, suivant ses ordres, dans celui de Tien-tsin qui n'est qu'à deux journées de Pé- King. Il trouve moyen de faire parvenir une chappe ou mémoire en langue chinoise jusqu'à l'Empereur. Ce mémoire contenait toutes les vexations commises par les mandarins de Canton et particulièrement du hou-pou, qui est le gmnd mandarin de toutes les douanes, envers les étrangers et les négociants. Aussitôt l'Empereur donna ordre au tsiang-kiun *) du Fou-kien (mandarin coqijnandant toutes les troupes tartai^es dans cette province) de se rendre à Caillton, et il envoyé en même temps un Commissaire de Pé-King pour se joindre à ce dernier et examiner les plaintes des Anglais; aussitôt l'arrivée des Commissaires, le hou-pou sur qui retombaient toutes les plaintes fut déposé, et pour ainsi dire immolé sans examen aux cris des étrangers, des marchands et du peuple. Nous crûmes tous par ce début que les nations européennes seraient plus écoutées à l'avenir et qu^on leur rendrait la justice qu'elles demandoient dans les difTéraotes chappes qu'on avait présentées ci-devant au Tsong-tou^ gouverneur^ d(| la Province; mais nous n'eûmes qu'une fausse lueur d'espérance; ce Tsong-tùu (car quoiqu'il fut le dernier du conseil dans cette affaire), plein de haine et do ressentiment contre )m Anglais, ne songea plus qu'au moyen de se venger d'eux. Il remua tout p<mr parvenir à connaître l'auteur de cette chappe qui ctmtenait, dit-on, des plaintes injurieuses contre ce mandarin, et des menaces indiscrètes contre le gouvernement; tous les maîtres de langue furent arrêtés et ceux des Anglais mis à la question; les marchands sur le moindre soupçon furent inquiétés. Nous vimes le moment où cette affaire allait avoir des suites funestes pour eux, lorsqu'enfin on trouva un homme qui convint qu'il était coupable; dès ce moment, les Commissaires rompirent leurs conférences, le Tsiang-hiun retourna dans le Fou-kien et le Ta-jen*) (nom que l'on donne à un envoyé) à Pe-king, le Tsong-tou resta seul chargé de conclure cette affaire. Les Anglais demandaient une décision; ils ne l'attendirent pas longtemps. Quelques jours après le dépai*t des Commissaires, le 7 décembre, le Tsong-tou^ ayant reçu la réponse et les ordres de la Cour, fit appeler M. Flint, l'interprète des Anglais. Ceux-ci ayant répondu ainsi qu'ils l'avaient toujours fait, qu'il ne pouvait rien dire sans eux et qu'en leur présence, on leur permit de l'accompagner. Ils vont à la ville comptant y être reçus comme ils l'avaient été dans les visites précédentes, mais à peine ont-ils traversé deux cours dans lesquelles il y avait plus de 800 soldats qu'ils sont saisis chacun par quatre ou cinq hommes des plus robustes. On commence par les désarmer et après leur

2) Goarernear général, vice-roi, SA ^&' , 8) -^ ^, Excellence.

LES MARCHANDS HAIQSTKS Dl CANTON. 11

avoir arraché leurs épées, ne pouvant les forcer à battre la tête <), on les frappe, on les terrasse et on les foule ignominieusement aux pieds. Le Tsang-tou voyait cette scène d*un oeil sec et indifférent. Quand il crut les avoir assez humiliés, il ordonna de finir et fit avancer M. Flint auquel il annonça qu*il était exilé pour trois ans à Macao et que le terme de son exil expiré, il devait retourner en Europe et ne jamais remettre les pieds à la Chine. Après avoir prononcé cet arrêt, il ren^ya les Anglais et donna des ordres pour se faire obéir. Dès le soir, 1%. chappe de VEmpereur fut affichée dans Canton même à la porte des Anglais. Elle portait en substance que M. Flint, homme dangereux et qui cachait quelque mauvais dessein, était exilé pour trois ans à Macao et ensuite banni de TEmpire à perpétuité pour avoir été à Ning-Po contre les ordres de l'Empereur, et que le Chinois qui avait fait la chappe des Anglais, serait décapité pour y avoir inséré des termes insolents et séditieux. Ce qui fut exécuté. Enfin on y condamimit on général les manœuvres du Hou-pou^ et l'on disait que les plaintes des Européens à cet égard étaient justes, et qu'ils pourraient continuer leur commerce sans crainte s'ils y trouvaient quelque avantage.

«Voilà quelle a été la fin de cette longue querelle; les Anglais fjKiT avoir voulu s'établir à Ning-Po ont perdu un de leurs confî*ères, l'outnige qu'ik ont essuyé est ineffaçable et les Chinois enhardis par leur tranquillité paraissent ne les plus craindre. Ils ont raison; les engi^geiiïSnts par lesquels ceux-ci sont liés suffisent pour les retenir. Toutes les autres nations ont joué un si petit r61e dans cette affaire que le Gouvernement n'en a pas même pris conoaissance.

«Notre zèle nous a menés aussi loin qu'il étoit possible d'aller sans se compromettre et nous nous sommes arrêtés quand nous avons prévu que nos démarches seraient indiscrètes ou infructueuses»').

En 1760, les autorités de Canton promulguèrent un règlement RégUwieni, en huit articles pour le bon fonctionnement du commerce des étrangers; révisée en 1810, ces règlements furent confirmés en 1819 par Eia-K'ing

Art. i*'. — Il est interdit à tous les navires do guerre d'entrer dans Bocca Tigris. Les navires de guerre agissant comme convoyeurs de vaisseaux marchands devront ancrer en dehors en mer jusqu'à ce que ceux-ci soient prêts à partir et mettre ensuite à la voile avec eux.

1) Faire le Fthfeou,

2) Archives des Colonies: Chine, 17S2 — 1766, No. 10. Montgomery Martin {CAima, 1847, II, p. 14) place cette affaire en 1761; évidemment nne errear, ear il ajoute qae F1!m a été retenu prisonnier trois ans jasqa'à 1762 et qa'en 1760, on essaya d'obtenir sa mise en liberté.

12 HXNRI CORDIXR.

Art. 2. — «- Aucune femme, aucun canon, aucune lance, ou arme d'aucun genre ne peuvent être amenés aux factoreries.

Art. 3. — Tous les pilotes de rivière et compradores de vaisseaux doivent être enregistrés à l'office du «Toung-Tche» *) à Macao. Ce fonctionnaire leur fournira à chacun une permission, ou insigne, qui déni être porté autour de la taille. Us devront le produire chaque fois qu'on leur demandera. Aucun autra batelier ou habitant ne doit avoir de rapports avec les étrangers, à moins d'être sous le contrôle immédiat des compradores des navires; et s'il y a quelque fraude, le compradore du bateau intéressé sera puni.

Art. 4. — Chaque factorerie est limitée pour son service à 8 Chinois (sans égard au nombre de ses occupants) c'est à dire à 2 porteurs, 4 porteurs d'eau, 1 personne pour prendre soin des marchandises (*godown coolie') et 1 mâ-cfien (pour marchand) qui remplissait à l'origine toutes les charges du «Compradore de la Maison» comme il est nommé aujourd'hui.

Art. 5. — Défend aux étrangers d'errer dans la rivière sur leurs propres bateaux pour leur «plaisir». Les 8, 18, et 28* jours de la lune, «ils peuvent prendre l'air» ainsi qu'il est fixé par le Gouvernement dans la 21' année de Kia-K^ng (1819). Toutes les chaloupes passant devant les Douanes sur la rivière doivent 4tre retenues et examinées, pour empêcher qu'aucun canon, épèes, ou armes à feu ne soient transportés, en^ cachette sur elles. Les 8, 18, et 28* jours de la lune, ces barbares ètrangei'S pourront visiter les Jardins à fleurs et le Honam Joss-house (un temple bouddhiste), mais pas en groupes de plus 49 dix à la fois. Quand ils se seront «rafraîchis», ils doivent rentrer aux factoreries, n'étant pas autorisés \ passer la nuit dehors ni à se réunir pour fiiii'e des orgies. S'ils le faisaient ainsi, ils ne seraient pas autorisés à sortir, lora delaprochaine 'vacance*. Si les dix personnes avaient l'audace de pénétrer dans les vi&ages, dans les places publiques ou les bazars, une punition serait infligée au Ltn^uûrte qui les accompagne:

Art. 6. — Les étrangers ne sont pas autorisés à présenter des pétitions. S'ils ont quelque chose à représenter, ce doit être fait par les marchands hanistes.

Art. 7. — Les marchands hanistes ne doivent pas être débiteurs des étrangers. La contrebande hors et dedans la ville est interdite.

Art. 8. — Les navires étrangers aiTivant avec de la marchandise ne doivent pas flâner en dehors du fleuve; ils doivent venir directement à Wampon. Ils ne doivent pas vagabonder dans les baies à leur fantaisie et vendre à des coquins indigènes des marchandises sujettes aux droits, afin que ceux-ci en fessent la contrebande et par cela fraudent les revenus de Sa Majesté Céleste.

LKS MARCHANDS HANISTBS DÉ CAlfTON. 18

Traduction de la Ghappe du Taong-tou de Canton ponr la Deêimeiion

dm C<hhaM0.

destraction dn Co-hano.

35* année de l'Aspereur K^en-Loung, 28* jour, 42* lune » 12 février 1771.

AvU pour la destruction du Co-hjng et pour laisser le commerce des Étrangers sur le même pied qu'il était autrefois avant le Co-hjng,

Autrefois les Etrangers qui venaient commercer à Canton demeuraient dans les hong des Chinois; dans la suite certains Chinois avides les faisaient loger chez eux pour faire le commerce en secret et en fraudant les droits de TErapereur. J'en fus averti, j'en fis mon rapport à TEmpereur la 24* année de son règne i), et je suppliai Sa Majesté de faire certains règlements pour ohvier aux désordres. L'Empereur me l'accorda. J'ordonnai dès lors aux hanistes de loger les étrangers dans leurs hong, les chargeant d'en avoir soin et défendant aux autres Chinois d'y entrer. De plus, j'ordonnai encore que leurs marehandises fussent remises entre les mains de certains marchands chinois. Sur ces entrefaitee, Pen Thi-tchin (c'est à dire Pan Ke-qua en patois) et ses assodés me proposèrent d'établir une Compagnie exclusive à tous autres marchands, moyennant oertainss précautions à prendre ponr retrancher tous les désordres. Je donnai ponr eela mes ordres à mes subalternes; mais, depuis, que cette compagnie, Pen Thi-tchin et ses associés au nombre de dix, se sont aperçus qu'il leur était difiBcile d'observer en corps les règlements établis, et qu'ils se décbargearant les uns sur les autres du soin d'obvier aux désordres, aussi des gens rsibelles à mes ordres ont-ils pris de là occasion de se mêler parmi les étrangers; de là mille inconvénients fâcheux qui s'en sont suivis; en sorte que cette Compagnie n'en a que le nom, sans pouvoir faire ce qui lui a été imposé. Ceux qui la composaient ont ensuite partagé entre eux le soin de remédier aux désordres. Chacun d'eux était obligé d'avoir soin des barques placées devant les hong, suivant l'ordre qu'on gardait autrefois avant l'établissement de la Compagnie; heureusement, ce règlement a bien réussi. Sur cela on m'a demandé la destruction de la Compagnie, je ne rapporte pas ici la réponse que j'ai donnée. Pai tenu conseil avec le Hou-Pou (intendant de la province) pour la destruction de la dite Compagnie, en voici le résultat:

La Compagnie exclusive n'a été établie que parceque les Etrangers arrivés à Canton, n'avaient pas de demeure fixe; ce qui a donné occasion aux désordres et je ne Pal permise que dans l'espérance que les marchands chinois, unis en corps, s'efforceraient d'empêcher les commerces secrets; mais depuis plus de dix ans que ladite Compagnie a été formée, bien loin d'être utile au public, elle

14 HSKBI OOBDIBR.

ne sert qu'à donner plus de moyens aux Chinois avides de commercer en secret. Ceux qui ]a composent ne sont payés que de belles paroles, sans pouvoir exécuter ce dont ils se sont chargés. C'est pourquoi suivant les raisons ci-dessus rapportées, je donne les ordres marqués ci-dessous.

J'avertis tous les marchands et interprètes que désormais les marchands étrangers arrivés à Canton, logeront dans les hong ordinaires, et je charge chacun des grands marchands chinois d'obvier aux désordres, le tout en particulier, non en corps; je défends en même temps à qui que ce soit de conduire les dits étrangers hors de leur hong pour les loger parmi les Chinois, afin de commercer en secret. Ainsi, si quelqu'un ose violer mes ordres, il sera puni sévèrement sans aucune gi-Àce. Pour ce qui regarde le Co-hang^ je le déclare détruit. Que chacun observe mes ordres: c'est pour cela expressément que je donne cet avertissement.

Cet édit resta lettre morte.

Les Iianistes pressurés par les haats fonctionnaires, ne pou?aient suffire à lenrs demandes. Senqna, le premier des marchands hanistes qni ait manqué à ses engagements, avait, en 1774, une dette de 266.072 piastres qni fat payée, sans intérêt, en dix annuités '). L'argent dû aux négociants anglais par les hanistes amena en 1|79 l'intervention du Gouvernement de Madras.

^^T^^" R. Montgomery Martin, en général bien renseigné, raconte *) Fantom, ^j^^- j^ missiou du Capitaine Pan ton:

«Â.D. 1771. Cette année, le Cb-/uin^, ou comité pour régler et fixer les prix auxquels toutes les marchandises doivent être vendues et acquises, fut aboli, aux dépens de 100,000 taëls pour la Compagnie des Indes Orientales.

Cependant nous trouvons qu'en 1779, cet instrument d'extortion opérait pleinement sous un nouveau nom, Conaoo Fund^ dont voici l'histoira et l'origine:

L'énorme somme de 3,808,076 dollars espagnols, en relativement peu de temps, fut due aux sujets britanniques, sans aucun espoir de pouvoir en recouvrer l'équivalent.

Tous les efforts pour recouvrer une partie de cette juste dette ayant échoué, le cas fut soumis au gouvernement de Madras, qui dépêcha le Capitaine Panton, sur un des navires de Sa Majesté, pour réclamer le paiement. Le Capitaine avait des instructions de l'Amiral Sir E. Vernon, pour insister et obtenir une audience du Vice-roi de Canton.

1) H. Cordier, La Framee m CJUne, p. 60. 2) CAina, 1847, II, p. 16.

LES MARCHANDS HANISTSS Dl CANTON. 15

L'audience fut accordée, mais noti sans menaces de la part du commandant britannique. L'arrangement qui eut lieu, était l'acceptation de dix shillings à la livre (sans intérêt)^ comme composition devant être payée en dix ans.

Le Capitaine Paaton n'était pas plutôt parti, que le Cansoo Fund était établi. Et ainsi cette dette légitime ayant été d'abord réduite de moitié, le fut encore par un nouvel impôt sur le commerce européen, qui fut continué jusqu'à une période récente».

Traduction d'un Ecrit du Fou-yuen Li à TEmpereur E'ien-Louug, au sujet d*un vaisseau anglais arrivé à Canton en 1779, commandé par M. Panton.

Il est arrivé en 1779 un vaisseau de Madras à Canton, commandé par M'. Panton lequel m*a présenté une requête dans laquelle il était dit que les banistes chinois devaient beaucoup aux Européens, et qu'ils demandaient à être payés; comme dans cette requête, il n'y avait aucun détail des sommes dues, pas même les noms des débiteurs ni des créanciers, j'ai fait rassembler tous les négociants européens ainsi que les banistes chinois pour qu'en ma présence ils fassent Teuis comptes. Les Messieurs Hollandais, Suédois, Danois et Impériaux me dirent qu'ils s'étaient conformés à Tordre de l'Empereur venu en 1759 et que^depuis les banistes chinois ne leur devaient rien, parce qu'ils avaient toujours soldé leurs comptes avec eux chaque année. Le chef de la Compagnie anglaise, nommé M'. Fitx Hugh avec le second, appelé M'. Beavan disent aussi que depuis vingt années ils s'étaient conformés aux ordres de leur Compagnie, qui soûi conformes à ceux de l'Empereur de la Chine ; qu'ils avaient soldé leurs comptes chaque année avec les banistes et qu'ils ne leur devaient rien; mais qu*il se pourrait être que Messieurs les Particuliers de Côte Anglais ne se soient point conformés aux lois de l'Empereur de la Chine; qu'ils aient fait une importation de fonds pour les placer frauduleusement à intérêts chez les banistes* chinois à Canton, qu'il n'y aurait rien en cela de surprenant, parce que ces Messieurs sont sujets à ne point se conformer à bien des règlements. Ils me proposèrent de faire partir M. Panton pour retourner à Madras prendre un compte exact et détaillé des créances sur les banistes dans lesquelles les créanciers et débiteurs seraient nommés, me disant que dans quelques mois j'aurais la réponse et le compte suivant mes désirs. Je consentis à cette proposition et M'. Panton partit en conséquence.

Pendant l'absence de M'. Panton, Intchia vint me présenter son compte par lequel il démontrait qu'en 1757 et 1758, après avoir payé aux Européens une partie de ses dettes, il leur devait encore la somme de 165,600 piastres, et que pour lors en 1759 l'ordre de l'Empereur est venu pour défendre d'emprunter et de prêter des fonds à intérêts.

16 HBNRI CORDIER.

Inichia igouta encore que ses créanciers européenb n'osèrent point (eu égard à cet ordre) le forcer à payer par le moyen de la justice, mais qu'ils ajoutaient depuis ce temps les intérêts avec le capital et faisaient renouveler leurs billets chaque année: que le commei'ce ne lui avait point été lucratif à commercer depuis cette époque. Je lui répondis que je verrais par la réponse que j'attendais de Madras si ce qu'il me disait était vrai.

Mil. Fitz Hugh et Beavan vinrent m'avertir que M. Panton était de retour, et qu'il donnait pour réponse qu'à Madras on ne pouvait donner le détail de ce compte, mais qu'il y avait à Macao trois Messieurs anglais appelés Hutton, Smith, Crichton, qui ont le détail et le maniement de cette affaire. Je fis tout de suite venir ces Messieurs à Canton. A leur arrivée, je rassemblai tous les hanistes, pour qu'ils fissent de concert avec eux leura comptes. Suivant ces susdits Messieurs, ils étaient onze Messieui*s anglais qui avaient leur part dans les fonds placés à intérêts. Intchia devait capital et intérêts i, 354,000 piastres. Cocciai) devait capital et intérêts 438,000 piastres. Je demandai à Intchia pourquoi il m'avait trompé; il me répondit que la somme de J 65,600 piastres dont il m'avait fait ci-devant mention était sa seule dette, et que MM. Fitz Hugh et Beavan pour lors présents, pouvaient certifier de vive voix; que la cause que le montant de ses dettes était monté à la quantité que ces Messieurs réclamaient, provenait de ce qu'ils feisaient renouveler leurs billets, et quand ils retournaient en Europe ne pouvant être payés, ils établissaient des procureurs qui renouvelaient de même leurs papiers et qu'ils le faisaient avec doutant plus de flEiciliiés qu'ils y étaient intéressés. Ces Messieurs Fitz Hugh et Beavan répondirent qu'ils ne connaissaient rien de cette affaire, seulement qu'ils souffraient beaucoup de voir une si mauvaise conduite qui devenait honteuse. Je vis clairement que tous ces contrats étaient contre la loi venue en 4759, mais sachant qu'ils avaient été passés en 1757 et 1758, qui sont un ou deux ans avant la publication de cette loi, j'ai cru agir conformément à vos intentions et à la bienveillance que vous accordez aux Européens, en faisant payer aux créanciers européens le double de leur premier capital placé à l'origine: parce qu'il eût été injuste de &ire payer les intérêts surchargés des capitaux depuis tant d'années. J'ai ensuite exilé ces deux hanistes pour la vie.

Mon jugement porté, les tribunaux de Pe-King l'ont approuvé d'après les lois. Ils ont vu qu'effectivement lorsqu'un haniste commerçant avec les Européens est en danger de banqueroute, les lois sont de vendre tous ses biens et du produit, de payer les droits qu'il doit à l'Empereur; s'il y a du surplus, de payer un à compte aux créanciers qui diminueront leurs créances d'autant; ensuite de faire payer le solde des créances par dixième en dix ans, par le restant des hanistes, pour que dans la suite, ils ne s'associent point avec des

1) Coooit fat arrêté ta mois de jaillet 1781.

LBS MAEGHAIIDS HÂNI8TKS DB CANTON. 17

coquins. Les tribunaux m*ont recommandé de dire aux che& des nations d'écrire en Europe, pour donner Tordre aux Messieurs négociants, européens venant ici, de ne point placer des fonds à intérêts, parce que si cela arrive encore, les fonds seront confisqués et le créancier européen renvoyé pour toujours de TEmpire.

Il &udrait que les hanistes seuls eussent le privilège exclusif de ce oommerce, et qu'il y eût un tarif fixé à perpétuité des marchandises d'importation et d'exportation; pour lors mettre un mandarin demeurant dans la pagode de la rue de la Porcelaine qui serait là pour recueillir le bénéfice de chaque haniste; de ces bénéfices on paierait en premier les droits de TEmpereur, et du restant on paierait au prorata les anciennes dettes; de cette manière, le commerce sera chaque année soldé, les Européens ne pourront prêter de fonds à intérêts, les hanistes ne pounx)nt plus manquer à leurs devoirs et les droits de FEmpereur ne manqueront point *).

Traduction de la réponse des Tribananx de Pe-Eing au dernier article ci-dessus, prétendue de la part de l'Empereur.

n résnltemit beaucoup d'autres abus de la part de ce mandarin que vous projetés de mettre à la tête des hanistes; il faut que ^pons tachiez absolument de trouver un autre remède. ^

En 1780, dans le mois de Juin.

Je, soussigné, interprète pour le Roy en langue chinoise, certifie la tradoetion d-dessus fidèle, traduite verbo ad verhum sur l'original déposé aux Archives de la Chancellerie.

En foi de quoi j'ai signé le présent à Canton, le cinq janvier mil sept cent quatre vingt un. >)

Galbert. ')

Notre Consul, Yauquelin ^), écrivait de Gantou, le 6 jan?ier 1781, à M. de Sartine, Ministre et Secrétaire d'Etat:

1) Arehivet des Coloniei: CHnci, 1776—1782, No. 18.

S) Archives des Colonies: Cnuft, 1776—1782, No. 18.

8) Jetn Chsrles François Galbert, chtnoelier du Consalat de Canton, 26 sept. 1782; lionaire en fsveor de Costar en d^mbre 1782, conservant le poste d'interprète; il était né en 1767 et était le fils d*an ancien sabrécargae de la Compagnie des Indes.

4) Pierre Charles François Vaaqaelin, sneien sabrécargae des vsisseaax de la Compagnie dea Indes; premier consnl de France à Canton, nommé le 20 oetobra 1776; f à Canton, le 28 sept. 1782.

18 HBNRI CORDIBR.

«Par mes lettres de Tannée dernière, j'ai eu Fhonneur de vous donner un précis de la situation de la place de Canton. J'ai eu l'honneur de vous observer combien le commerce de Chine avait dégénéré de son antique splendeur, je vous prédisais en partie une catastrophe totale, elle me paroissoit inévitable, mais je la croyais plus éloignée. Je n'aurais pas cru pouvoir vous annoncer cette anâ^ l'accomplissement de mes conjectures. L'arrivée de la frégate ang-

laii^^, S^ Horse a porté le dernier coup au commerce de la Chine, les

repi^ééen^tions faites à l'Empereur au sujet des dettes des Chinois, bien loin de pilaire un bon effet a causé la ruine de deux des principaux négociants de Canton. Le mémoire présenté par le Fou-youen i) est un tissu de fausseté. J*ai l'honneur de vous en remettre çi-joint une copie ; vous y verrez. Monseigneur, la ruine des Européens signée d'une manière irrévocable. La requête des Européens était dirigée contre six négociants hanistes, Yoqua mort depuis quatre années, Coqua, détenu depuis deux ans dans les prisons, délivré après avoir été dépouillé de tous ses bieils et richesses que les mandariife se^nt an*ogés, Sayonqua, Intchiat et Coccia tenant encore leur maison lors des premières plaintes portées contre eux; la mort de Yoqua l'a sauvé, Coqua ruiné par les vexations des Mandarins a financé pour n'être pas compris dans la chappe présentée à l'Empereur; Sayonqua a suivi la même méthode; les seuls Intchia et Coccia ont été sacrifiés. La réponse de l'Empereur est arrivée à Canton en juillet; ces deux hanistes ont été plongés dans les prisons, leurs biens confisqués au profit de rEm|>ereur et finalement exilés pour la vie à Ili, petite ville de la Corée *). En novembre dernier, le Fou-f^uen 3 donné un décret par lequel il déclare les Européens usuriers pour avoir placé des fonds à 18 et 20% d'intérêt annuel chez les Chinois sans hypothèque ni autre garantie que leur simple parole et la bonne foi qu'un négociant a droit d'attendre d'un autre, cependant, Monseigneur, les lois de TEmpire accordeîit jusqu'à 33 Vo ^^^ hy~ pothèque, le remboursement fixé à trois années et au cas de non paiement, le prêteur devient propriétaire des biens hypothéqués. Les dettes des Chinois peuvent se monter vis-à-vis des Européens seulement à six millions de piastres^ les seuls Anglais y sont compris pour plus de quatre millions; cette catastrophe a empiré les affaires; les Mandarins après avoir dépouillé les nommés Intchia et Coccia se sont appliqués leurs biens, ont fait un compte par lequel le déficit était de 175.000 taels pour solde de ce qu'ils dévoient à l'Empereur, conséquemment que suivant les lois les cinq hanistes encore subsistant auraient à payer cette somme sur les profits de leur commerce, que les Européens ne pouvaient rien prétendre puisque liquidation faite, il ne restait pas assez pour acquitter les droits impériaux. Le commerce a été obligé de payer cette année

^) Ifc fô • gouvemear.

2) ! Je n'ai pas besoin de faire ressortir l'ignorance du Consal en g^graphié.

LES MARCHANDS HANISTES DK CANTON. 19

de vexations extraordinaires une somme de 175.000 taels; pour y réussir les marchands hanistes soutenus des Mandarins ont fait une association excluant tous les marchands particuliers qui auraient pu entrer en concurrence avec eux ; les Européens ont été forcés de vendre leurs marchandises à 50 Vt ^^ moins que les années précédentes et d*acheter les marchandises de sortie à 50 V« plus cher. Cette manoeuvre quoique préjudiciable au commerce momenfitné aurait pu produire un bien pour Tavenir si effectivement les profits imniMses 4^ les hanistes devaient faire fussent restés entre leurs mains, mais la vente des marchandises faites, les contrats de retour signés, les Mandarins ont pressuré les hanistes dans une proportion supérieure au bénéfice qu'ils pouvaient espérer; tes marchands des provinces auxquels on avait coupé toute communication avec les Européens ont tenu leurs marchandises à un taux proportionnel à l'accroissement du pris exigé par les hanistes. Il y a plus, Monseigneur, les nommés Intchia et Coccia non seulement devaient des sommes immenses aux Européens, mais encorèf à leurs fournisseurs des Provinces ; ^ceux-ci enveloppés dans leur disgrâce ont signifié aux hanistes qu'ils ne leur fourniraient rien sans argent, qu'ils ne leur feraient plus dorénavant de crédit, qu'il était nécessaire avant d'entamer les négociations pour cette année de liquider les anciennes dettes et de continuer désormais^ l'argent à la main. Voici, Monseigneur, le tableau fidèle de la situation d'une place que j'ai vue si brillante; die ne présente plus que misàre, pauvreté, mauvaise foi, perspective peu éloignée d'une banqueroute générale. Je pensti Monseigneur, vous en annoncer deyx qui si elles ne s'effectuent pas l'année prQfhain#ne peuvent manquer de se déclarer infailliblement dans deux années. L'ouverture du commerce promettait mieux» *).

A la fin de l'année, le consul de France écrit an Marquis de Castries (Canton, 81 Dec. 1781):

«D'après la ^intire que j'ai eu l'honneur de faire l'an dernier à Monseigneur de Sartine de la triste situation du commerce de Chine, je croyais n'avoir rien à ajouter, mais il en est autrement: les difficultés de la part des Chinois augmentent de jour en jour; ils sont parvenus à restreindre toute négociation à quatre hanistes auxquels les Mandarins ont accordé le privilège exclusif de commercer avec les Européens, cette frauduleuse association ayant détruit toute concurrence. Us ont fixé les marchandises d'importation à un taux si bas que les vaisseaux de côte ont essuyé une perte de plus de 40o/o; les marchandises d'exportation ont été fixées à un prix si haut que trois capitaines anglais ont vendu leurs vaisseaux aux Portugais de Macao pour s'épargner la perte évidente qui les attendait supposé leur heureuse arrivée dans les différentes parties de

1) ArchiTM dei Colonies: CmMi, 1776—1782, No. 18.

20 HSNEI COEDIBR.

la côte de Tlnde. Les hanistes associés favorisés par les mandarins ont fait entourer de palissades le quai assigné pour la résidence des Européens pour leur couper toute communication avec la rivière et fait passer des corps de garde pour épier tous les mouvements des Européens» i).

Le 81 décembre 1782, Ph. Vieillard ^), vice-consul à Canton, écrit:

«La guerre a occasionné des révolutions qui ont contribué à porter le coup mortel à plusieui^ mai*chands hanistes de façon que le nombre de ces marchands privilégiés par le Gouvernement pour traiter avec les Européens était réduit à cinq dopt deux d'une faiblesse si grande qu'il y avait tout lieu de craindre une banqueroute totale. Les principaux Mandarins pour pallier le mal ont augmenté le nombre de ces hanistes jusqu'à dix. Ils ont eu attention de choisir cinq nouveaux sujets dont la plupart sont plus connus pour leurs richesses que pour leur intelligence. Le commeiee se &it donc avec plus de sûreté, plus de promptitude que les années précédentes; mais, Monseigneur, les Mandarins n'ayant pas renoncé aux extorsions pour lesquelles ils ont un goût aussi difficile à décrire qu'à éteindre, ce remède n'est que momentané, et il y a tout lieu de craindre pour les suites les mêmes révolutions que le commerce a déjà éprouvées. L'avarice insatiable des Mandarins qui exigent des marchands les mêmes droits sur i4 vaisseaux que sut 30, qui arrachent des sommes d'argent pour les offrir à UEnipereur, pour enrichir leur famille, pour acheter leur innocence, la Cour ne manquant pas de les trouver coupables s'ils soot riches, telle a été jusqu'à ce moment la cause des désastres que le Commerce de Chine a éprouvés, et la cause ne cessant pas, il y a tout à craindre que les effets ne se fassent ressentir avant peu, surtout si les vaisseaux n'abondent pas plus par les suites que cette année et l'an dernier. Pour avoir toujours les mêmes sommes à offrir à l'Empereur, le hou'pou ou Intendant des Douanes de Canton a exigé des marchands hanistes une somme de 6.000 piastres par chacun d'eux et a doublé les droits d'entrée et de sortie sur les marchandises importées et exportées par les Européens» <).

Se référant à la lettre de Yaaquelin, écrite en 1781, on rappelle dans nne note (1783), avant l'envoi da chevalier d'Entrecasteaax à Canton :

1) Ârchiret des Colonies: Chinb, 1776—1782, No. 18.

2) Philippe Vieillard, ait de Loais Alexandre Vieillard, Docteur Ragent de la Faealté de Médecine en rUnifersit^ de Paris — chancelier à la fondation dn consulat de Canton, 1770»; îrice-consul et garant dn consulat à la mort de Vanquelin.

f ^^ÂrchiTes des Colonies: Chimb, 1776—1782, No. 18.

«Le fou-yuen Li ordonna que les Hanistes paieraient seulement à leurs créanciers le double du premier capital, ce qui faisait

Pour Intchia 330.000 P.

Et pour CkKxia par une réduction proportionnelle. . i 07.000 »

Total .... 437.000 P.

Les tribunaux de Pe-King confirmèrent son jugement et le chargèrent de notifier aux Européens que s'il leur arrivait encore de placer des fonds, à intérêts, ces fonds seraient conGsqués et le créancier européen renvoyé pour toujours de TEmpire. Par la même décision du mois de juin i780, le ibu-yuen Li était chargé d'indiquer un autre moyen que celui qu'il avait proposé pour consommer l'a£bire.

«n est malheureux qu'on ne puisse ajouter foi à des faits annoncés d'une manière aussi authentique. M. Vauquelin assure dans sa lettre d'envoi que le mémoire du fou-yuen Li était un tissu de faussetés; de ses négociants hannistes contre lesquels la requête des Européens pour le paiement des dettes était dirigée, Intchia et Coccia, seules victimes, ont perdu leui*s biens confisqués au profit de l'Empereur, ont été plongés dans les prisons et finalement exilés. Les autres étaient morts ou s'étaient ruinés par les sacrifices qu'ils avaient faits pour n'être pas compris dans le mémoire du fou-yuen Li. M. Vauquelin prétend que les dettes des Chinois envers les Européens seulement, montaient à plus de 6 millions de piastres dont 4 millions pour les Anglais, que Intchia et Coccia deroient des sommes immenses non seulement aux Européens, mais encore à leurs fournisseurs chinois» >).

Dans une autre note relative à la mission du capitaine Pantoni nous lisons:

«Le fou-yuen ou gouverneur de Canton, surpris de Ténormité des dettes réclamées, ordonna aux Cohannistes, marchands qui commercent exclusivement avec les Européens, de les liquider. On prétend qu'elles montèrent à 2 millions de piastres ou 10.800.000 I. tournois. Il fut stipulé que le paiement en serait fait en 10 ans et que le premier terme serait acquitté en 1780.

«Cette opération fut faite secrètement entre les subrécargues anglais et les Cobannistes. Il pai*ait que pour effectuer les paiements il fut convenu que les droits d'entrée et de sortie sur les marchandises seraient augmentés de 5 % et que le produit de cette augmentation serait versé chaque année dans la caisse des Anglais. Ainsi les nations étrangères qui font la moitié du commerce de Chine (les Anglais faisant seuls le surplus) paient dans le fait la moitié des 2 millions de piastres dûep à la nation anglaise. On prétend même que les

1) Archive! des Affaires étrangères. — Henri Cordier, La froMee en Ciimé, pp. 298—4.

22 HENRI CORDIBR.

nations étrangères paient la totalité, en ce que chaque année on restitue aux subrécargues anglais ce qu'ils n'ont payé que fictivement pour les 5Vo d'augmentation, manoeuvre secrète que M. Haumont du Tertre assure avoir été découverte par le S. Febvre, négociant français» *).

En 1783, il était dû aux Français, suivant l'état de notre yice-ccmsul. Vieillard, 617,480 piastres qni à 5 .8 faisaient la somme de 3.334.862^ >)

Noos imitâmes les Anglais et le Capitaine Panton, en envoyant le Chevalier d'Entrecasteaux à Canton.

NoUêurlê En 1779, le Commandant d'une frégate anglaise réclama, au nom du «î-r" * gouvernement le paiement de. sommes dues a«x négocians de sa nation. Le gouvernement de Canton ordonna aux Hanistes de liquider leurs comptes.

Quelques uns assurent qu'ils se trouvèrent débiteurs de près de 2 millions de piastres ou 10 millions de livres tournois, d'autres ont prétendu qu'il n'était ÛA aux Anglais que environ 440.000 piastres, ou 2.370.000 livres. Dans tous les eas, il parait certain qu'il fut convenu que la dette serait acquittée en dix ans et on croit que les Chinois emploient à cet acquittement le produit des impôts qu'ils lèvent sur les marchandises étrangères et dont ils ont augmenté la masse.

A la fin de 1784, les nations se sont réunies pour faire au Gouvernement do Cbnton des représentations sur les vexations que le commerce éprouvait et les 4ettes qui n'étaient point acquittées. Ce gouvernement a &it sur l'article des griefs dos promesses vagues qui n'ont point été exécutées, et n'a rien répondu sur les dettes.

Un état que le Consul de France a envoyé au commencement de 1785 porte à 617,480 piastres ou 3,334,362 livres tournois les sommes dues aux négociants français.

[ n a paru que le même moyen qui a procuré aux Anglais la liquidation

et le recouvrement des sommes qui leur étaient dues pourrait être utilement employé pour faire rentrer les créances des négociants français. F :^ M. d'Entrecasteaux, commandant la station de l'Inde, pourrait se porter

à Canton avec un vaisseau et une corvette. Il prendrait à son arrivée des éclaircissements précis sur ce qui s'est passé en 1779 entre le gouvernement chinois et le commandant de la frégate anglaise. 11 examinerait les titres des

1) Arehivei dei Affaires étrangères. — Henri Cordier, Za^VouMMCiûi^, pp. 287^8. 8) La Framee en Chine, p. 989.

créances des négociants français pour vérifier si elles sont bien exigibles, ou si elles ne sont pas formées par une accumulation d'intérêt sans mesure.^ consulterait les personnes désintéressées sur le plus ou le moins de possibilité d'amener le gouvernement de Canton à donner des ordres efficaces pour la liquidation et le paiement de ces dettes, ainsi que sur les moyens les plus convenables pour remplir cet objet. D ne ferait surtout aucune démarche d*éclat sans une sorte de cei*titude de succès. Il éviterait particulièrement tout ce qui pourrait compromettre le pavillon du Roi et la nation en général, ou mener à une interruption de commerce dont les inconvénients ne pourraient pas être balancés par le i*ecouvrement des dettes qui, par une liquidation raisonnable, éprouveront sans doute une grande réduction.

[ndépendamment du recouvrement des dettes considérables que réclament les négociants français, Tapparîtion du pavillon du Roi dans ces mers ne pourra qu'augmenter la considération dont la nation française ne jouit peut-être pas à Canton au degré qui lui est dû. A cet égard, le succès dépendra de la bonne conduite de M. d'Entrecasteaux, qui devra se régler sur les circonstances. Ce commandant mérite par sa sagesse et par ses lumières toute [la confiance du Roi.

Cette expédition enfin peut être très utile par les connaissances nautiques que M. d'Entrecasteaux pourra se procurer en suivant dee instructions particulières qui lui seront données, i)

Je reprendrai quelque jour l'histoire de la mission du chevalier d'Entrecasteaux.

Canton, 6 Janvier 1781. ExémUÙM

Monseigneur *)

J'ai l'honneur de vous remettre ci-joint copie de la sentence de mort prononcée par le Fou-yuen de Canton, contre le nommé Louis, matelot déserteur du service de France depuis quatre années. Ce malheureux, pour se soustraire au service des Anglais, avait déserté de leurs vaisseaux et s'était réfugié chez un Chinois chez lequel demeurait le supercargue d'un vaisseau Portugais, qui à cette époque était à Macao. Un moine portugais, fugitif de Goa, servait sur le même vaisseau anglais en qualité de matelot depuis plusieurs années. Soit

1) ArehiTM des Coloniet: Chimi, 1787— 18U8, No. 16.

2) Monseignear de Sartine, Ministre et Secrétaire d'Ëiat. — Antoine Raimond Jean Gaalbert Gabriel de Sartine, né à Barcelone, le 18 jaillet 1729; Mcrétaire d'EUt an département de la marine, 24 août 1774; minittre d'Eut en 1776; f à Tarragone, 7 aept.

24 HENRI CORDIBR.

remords, soit désir de rejoindre sa patrie, il vint se présenter chez M. Miranda pour prendre service sur son vaisseau: cet homme vint sur les minuit frapper à la porte du nommé Louis, qui refusa d'ouvrir jusqu'à ce qu'il y fut forcé par le hruit redoublé qui ne promettait de finir qu'à l'ouverture de sa chambre ; pour lors, le moine portugais accablant d'injures le nommé Louis, ce dernier s'emporta, menaça le Portugais de le faire sortir; celui-ci, armé d'un couteau, menace Louis, qui faisant peu de cas de ces menaces, voulait se contenter de refermer sa porte. Le moine fond sur Louis, le blesse au côté et au visage, menaçant de le tuer. Louis recourt à la même arme et tue raide le Portugais. Le Chinois, propriétaire de la maison, chez lequel le meurtre s'était passé, craignant les suites, avertit les mandarins. Le Chinois fut au préalable, condamné à douze mille piastres d'amende, le commerce interdit tant pour lui que pour le vaisseau portugais; finalement, les Chinois, après avoir tiré du Chinois trois mille piastres, demandèrent la représentation du meurtrier, qu'il soit conduit à Macao pour ètra remis entre les mains du Sénat qui jugerait de son innocence ou de son crime. Le nommé Louis fut remis sur la parole du lieutenant de police, qu'il le ferait partir sous deux heures pour Macao: celui-ci le traduisit devant le Fou-yuan^ homme d'une violence enhardie par le despotisme, qui, autorisé par les lois de ce pays, l'a condamné à mort et &it exécuter, alléguant que les lois de l'Empire ne permettent point l'homicide, pas même pour défendre sa vie.

Je ne ferai aucune réflexion. Monseigneur, sut un jugement aussi barbare qu'absurde. La lecture de l'arrêt est plus que suffisante pour faire voir combien nous avons à souffrir d'une nation, que quelques enthousiastes représentent coiBine un modèle de sagesse, et qui, appréciée par des hommes plus amateurs de la vérité que du merveilleux, n'est qu'un amas d'esclaves victimes d'un di^potisroe intolérable à moins d'avoir sucé ses principes dès la plus tendra eilfkn^.

^ Je suis avec respect,

' Monseigneur,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Vauqueun. ')

Traduction d'un écrit du Tson^tou des deux provinces Eouang- Toung et Eonang-Si, appelé Eio-lo-pa, et du Fou-yuen de la province de Eouang-Toung, nommé Li (Il Dec. 1780).

La position de Canton fiicilitant le commerce à un grand nombre de négociants de différentes nations, qui viennent conformément aux intentions et

1) Archives des Colonies: Chinb, 1776—1782, No. 18.

LIS MARCHANDS HANI8TBS DS CANTON. 25

à la bienveillance de notre Empereur, il s'ensuit que dans cette multitude d'Européens, il se trouve des hommes de tous caractères, et il est immanquable qu'il n'arrive quelques disputes et meurtres. L'homicide ne se pardonne jamais. Si un Chinois est tué, il faut que le meurtrier subisse la punition conforme aux lois de notre Souverain. Pour ce qui regarde l'homicide commis d'Européen à Européen, nous pourrions ne pas nous en mêler; mais les Européens éloignés de leur patrie, commerçant ici sur notre terrain, n'ont point le pouvoir de juger et remédier à de pareils cas. Si nous consentons à vous laisser l'homicide pour le punir ou ne pas le punir à son arrivée en Europe, c'est dont nous ne sommes pas certain; dans la suite, plusieurs imiteront la même action. Les divers Européens étant sur notre terrain, pourront opposer la force à ceux qui en manquent, insulter ceux qui sont en petit nombre, abuser de la position critique d'un chacun et causer un affreux désordre; vouh autres, Messieurs, ne seriez plus sûrs de votre personne, et seriez toujours inquiétés. Notre Empereur est de même que tous les autres Souverains; il doit et veut entretenir le bon ordre et la tranquillité parmi vous. C'est la raison que depuis longtemps les anciens faits par nous jugés (au sujet des Européens qui ont commis un délit sur notre terrain) l'ont toujours été suivant nos lois. Il faut que les Européens des différentes nations craignent dans la suite à commettre un délit. Ceci est dans l'intention d'agir pour le bien de chacun. Supposez l'homicide jugé suivant les lois de vos royaumes, il serait sûrement puni de mort; serait-il possible qu'on consente et qu'on approuve le délit de se nuire et de s'entredétruire?

Cette année, dans la dixième lune *), un matelot français nommé Louis étant dans le hang Y-fhong') a eu une dispute avec un matelot portugais nommé Aguiera et l'a tué avec un couteau. Le premier supercargue portugais a ci-devant présenté requête demandant qu'on lui laisse cet homme pour le &ire juger en Europe. Mais moi, Fou-yuen, je me sers de mon autorité privilégiée, je ne veux point consentir à ce qu'il retourne en Europe, et veux q^^îl soit puni sur le terrain de l'Empereur. Le nommé Louis étant remis ati lieutenant de police, pour attendre son jugement, je conçois que vous croyez nos lois justes. Je charge le lieutenant de police de se conformer à nos lois, et j'en avertis l'Empereur. Vous voyez mes volontés sur ce papier, que les hanistes commerçant avec les Européens, avec les interprêtes, doivent vous expliquer et afiQcher sur le terrain de l'Empereur que vous habitez.

Vous venez ici. Messieurs, de loin pour commercer et tâcher de vous faire un bien-être; les gens qui vous sont subordonnés et les hommes à gages pour le service de votre commerce, travaillent aussi pour gagner quelque chose. Que chacun se tienne donc suivant son rang et sa qualité ; empêchez et mettez

1) Dans le mois de novembre 1780.

2) Maison du premier supercargue portugais.

26 HENRI COBDIBB.

ordre à ce que vos matelots et tous les gens à gages qui vous sont subordonnés ne s'écartent pas de leur devoir, se soûlent, aillent se quereller et se disputer. Les lois de notre Empereur sont très sévères; il n'y aura point de grâce pour rhoraicide; le criminel ne pourra ni se sauver ni retourner dans sa patrie. La volonté de l'Empereur est de punir ces sortes de meurtriers qui troublent la tranquillité des gens de bien. Conformez-vous, Messieurs, et instruisez les gens qui vous sont subordonnés, des lois qui sont ci-dessus mentionnées, pour que à l'occasion, ils n'aient point à prendre une cause d'ignorance.

Le seize de la onzième lune de la quarante cinquième année du règne de l'Empereur K^en-Loung qui répond à la date du onze Décembre mil sept cent quatre vingt.

Je, soussigné. Interprète pour le Roi en langue chinoise, certifie la traduction çi«d668us fidèle, traduite verho ad verbum sur l'original déposé aux Archives de 1b Ohancellerie. En foi de quoi, j'ai signé le pi*ésent à Canton en Chine, le cinq janvier mil sept cent quatre vingt un.

Galbert. 1)

OonfuHeê de C*est par rintermédiaire des hanistes que la graynre des seize dessins du frère Attiret, de Jean Damascène, de Joseph Castiglione, d'^nace Sichelbarth, représentant les conquêtes de TEmpereur E'ien-Loung, envoyés en Europe pour être gravés sous la direction de C. N. Gochin fils, par Masquelier, Aliamet, Le Bas, Aug. de St. Aubin, Née, B. L. Prévost, Ghofifard, N. de Launay, furent payés ainsi qu'en témoigne l'intéressant document suivant. C'est par un décret de la 30^ année de son règne, daté du 13 juillet 1765, que K'ien-Loung avait donné Tordre d'envoyer les dessins eu Europe pour fitfe gravés par les plus célèbres artistes.

BlLLBT d'obligation ^^ [Ta Uêu] *).

P'an T^oung-wen et autres, marchands hannistes au Kouang-Toung '), en

1) Arcbives des Coloniei: Chink, 1776—1782, No. 18.

2) Ce docament qae j'ai examina % été tradait et m'a été commaiiiqQé obligeamment par M. Maarice Courant. Il porte le No. 5281 da Nouveau Fonds chinois dont H. Courant dresse le catalogue à la Bibliothèque nationale.

8) S j^ 7£ ^y Kouang Toung Tang Hong; ^y , Hong en eantonnaÏB.

LES IfABCHAHDS HANISTSS DB CANTON. 27

s'engageant publiquement &it une commande a Kan-tché-li ^) et à Wou-kia-lang '), chefs') pour le royaume de France.

Nous avons reçu de LL. EE. le vice-roi et le surintendant des Douanes communication d'un ordre impérial prescrivant de transmettre, pour les faire graver sur cuivre, quatre dessins représentant les victoires remportées lors de la soumission des tribus musulmanes de Dzoungarie. Avec bordei*eau ont été envoyés: le camp de Ngai-yu-chi-tcha, dessin original de Lang Chi-ning*), 1 feuille; A-eul-tch*ou-eul, dessin original de Wang Tché-tch'eng *), 1 feuille; le peuple d*Di faisant sa soumission, dessin original de Ngai K^i-mong *), 1 feuille ; K*ou-eul-man, dessin original de Ngan Te-yi ^), 1 feuille. En même temps ont été envoyés deux papiers en caractères barbares (fan) dltalie *) et deux papiers en caractères barbares {fan) ayant cours dans tous les pays d'Occident Ces diverses pièces sont parvenues à notre comptoir, avec Tordre transmis par les autorités de traiter [cette affaire].

Ifaintenant nous ramettons aux chefs Elau-tché-li et Wou-kia-lang l'ensemble des quatre dessins originaux et des quatre papiers en caractères bar* bares, pour que le tout soit porté par le vaisseau Po-yé^) en Votre pays et qu'on prenne la peine de le remettre à la Compagnie ^*) ; celle-ci confiera les pièces aux Ministres d'Etat de votre pays et les chargera de faire graver quatre planches de cuivre avec une exactitude respectueuse, en se conformant aux modèles et aux instructions contenues dans les documents en caractères barbares. La gravure étant achevée, pour chaque planche on tirera 200 exemplaires sur bon papier résistant; soit en tout 800 feuilles, qui, avec les planches de cuivre,^ seront divisées [en deux lots] et chargées sur deux vaisseaux pour être rapportées: chaque vaisseau devra porter 2 planches de cuivre et 100 exemplaires de chaque gravure, soit en tout, 400 feuilles. Les quatre dessins originaux en-

d'ane

y^ 1^ ^""fh chef; en fidgim-iugHih, (ai-ptm, nom donn< an chef et au atioeUi maiion de commerce.

jE^ Ttr SC Lan Chi^itig, Joaeph Caitiglione.

^^Wi ^"^ TeȎ4eA'tMt.

^ le ^ ^^" ^^■ -^ 3^ S ^^^ ^* y*-

28 HEHEI COBDIBB.

Yoyés d'ici et les quatre documents en caractères barbares seront joints, et le tout exactement devra arriver au Kouang-Toung environ dans la 33* année *) pour être remis aux autorités.

Maintenant on verse à Tavance 5000 taels d'argent fioâ-^iën*) à titre d'arrhes. Si pour le prix du travail cela n'est pas suffisant, au jour de l'arrivée des planches de cuivre, on complétera intégralement le prix. S'il y a quelque accident de mer, le prix du travail et le fret seront portés au compte de notre comptoir.

Ce billet d'obligation est dressé en deux exemplaires semblables, l'un est remis au chef Kan-tché-li qui l'emportera dans son pays et s'y conformera, l'autre est remis au chef Wou-kia-lang résidant à Canton pour qu'il le conserve comme preuve. Des deux parts, il n'y aura pas de négligence.

Cela est une affaire importante transmise par les autorités pour être traitée ; il faut que la gravure soit très fine et conforme au modèle. Aussitôt [le travail] fiût, renvoyer le tout dans les délais; le plus t6t sera le mieux.

Ce billet d'obligation est remis à MM. les chefs Kan-tché-li et Wou-kia-Iang.

K*ien-loung, 30* année, lune, jour 1765.

[Signé par] P*an T'oung-wen JSp ^ '^.

YENPaï-houo |g^^.

ToH^EN Kouang-chouen ^ & fE, K*iE0U Yi-foung fij Ts'Ai Tsiu-foung

TOH^EN Youen-ts'iuen ^ ;M ^ .

Ts'ai Fong-youen ^ ^ ^ • TOHANO Kiai-youen ^ ^^ ^ .

Toh'gn Youen-lai ^ j|â ^.

Ye Kouang-youen |^ ^ "^ •

Sombre deê Le nombre des marchands hanistes a souvent varié; on vieut

Hamiiie»,

de voir qu'il était de dix en 1765; Sounerat (Fby., II, p. 10) n*en comptait que sept.

En novembre 1807, lors de la visite de Renouard de Sainte-Croix, il 7 avait à Canton douze marchands hanistes:

2) ^ ^ ^ "• milled dollar" (Williams).

LM MARCHANDS HAHIfiTBS DE OAITTON. 29

«1. Panquekois: mandarin à bouton bleu foncé. D ne fait plus d'affaires; mais il a toujours deux parts dans celles de la compagnie anglaise.

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