‹ Les Marges, 1903-1908Chapitre 9 sur 28 · SAINTES POUR JEUNES FILLES · texte numérisé non relu

SAINTES POUR JEUNES FILLES

par Mgr GOLO

Ne serait-ce pas à dégoûter de la sainteté ? Quelle déconvenue : être un saint, et cependant ne pas en être un pour les jeunes filles !

« M. Georges Eekhoud publie /'Autre Vie, et M. Elémir Bourges un beau roman, la Nef » écrivait bravement le mois dernier dans le Figaro M. Ph. -Emmanuel Glaser.

Voyons, M. Ph. -Emmanuel Glaser ! il vous suffisait cependant, d'un doigt, de soulever la couverture de la Nef, et vous vous seriez aperçu c|ue la Nef n'était pas un roman, — « un

beau roman ».

Nietzsche contre le théâtre :

Il faut dire cent fois à la face des wagnériens ce qu'est le théâtre : ce îi'est jamais qu'une manifestation au-dessous de Fart, quelque chose de secondaire, quelque chose qui est devenu plus grossier, quelque chose qui s'adapte au goût des inasses lorsqu'on Va faussé pour elle.

C'est avec une satisfaction profonde que nous enregistrons, aux Marges, le retour de Jules Lemaître à la Littérature.

De tels écrivains aller se fourvoyer dans la politique !

Mais pourquoi ?... Ne sentent-ils donc pas que la meilleure façon pour eux d'être utiles à la patrie, ou au genre humain, c'est de se laisser aller à leur génie naturel, et d'écrire. Aucun parti ne manque d'économistes, ni d'hommes d'Etat. D'écrivains véritables, au contraire, il n'y en a pas trop pour que nous les voyions sans déplaisir déserter la httérature. (/)

Un artiste est un créateur de belles choses.

Révéler Vart en cachant V artiste, tel est le but de Fart.

Le critique est celui qui peut traduire dans une autre manière ou avec de nouveaux procédés V itnpression que lui laissent de belles choses.

Un livre n'est point moral ou iminoral. Il est bien ou mal écrit. C'est tout.

L'artiste ne désire prouver quoi que ce soit : même les choses vraies peuvent être prouvées.

Nous pouvons pardonner à un homme d'avoir fait une chose utile, aussi longtemps qu'il ne l'admire pas ; la seule excuse d'avoir fait une chose inutile est de l'admirer intensément.

L'art est tout à fait inutile.

Je copie ces pensées d'Oscar Wilde dans VŒuvre nouvelle.

A cette occasion, félicitons YŒuvre nouvelle qui sait faire une place à la sociologie, une autre à l'art. Cette revue ne mêle pas tout et, si préoccupée qu'elle se montre des questions sociales, elle ne parle jamais d'art <( social ». Cela, qui est simplement raisonnable, est aujourd'hui original.

Dernière heure. — Dans La Revue du 15 janvier, M. Mauclair publie un singulier article. Pour lui, tous les artistes, qui comprennent et aiment la tradition française en art, sont « des nationalistes », c'est-à-dire qu'ils ont d'abord une opinion politique, de laquelle dérive leur sentiment artistique.

Alors, vous croyez que le véritable artiste, celui pour lequel l'art est toute la vie, possède sérieusement une opinion en politique ? Mais non ! Il s'en fiche, M. Mauclair. Il s'en fiche : voilà la vérité !

M. Mauclair ensuite reproche aux écrivains leur ignorance : les écrivains ne savent rien du tout, ils ignorent la chimie, ils ignorent la zoologie, ils ne sont point gens de science. Or, selon M. Mauclair, pour être un romancier ou un poète, il faut être d'abord un homme de science : « Un romancier se prétend psychologue, mais il ignore la physiologie ! Il analyse les impulsions amoureuses d'une femme, il ne saurait pas nettement expliquer le fonctionnement de son organisme. N'est-ce pas ridicule ? » dit M. Mauclair.

Eh non, ce n'est pas ridicule ; ce qui le serait plutôt, peutêtre, c'est cette réflexion-là. Il semble en effet, qu'il y est commis une légère confusion. Bientôt, son auteur ne supportera pluSjSans doute, que des romans écrits par les élèves du laboratoire de M. Binet. (m)

Un critique qui autrefois, pourtant, savait la Httérature. Ses articles sur Mallarmé ou sur Laforgue restent parmi les plus intelhgents. Alors quoi ? Que s'est-il passé ? — L'intoxication. L'intoxication par l'idée de ï' « art social ».

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