‹ Les Mariages Consanguins et Leurs ConsequencesChapitre 20 sur 31 · sourdsg-muets sur 10.000 blancs · texte numérisé non relu

sourdsg-muets sur 10.000 blancs

212 sourds-muets sur 10.000 esclaves.

C'est-à-dire que dans la population de couleur, dans laquelle l'esclavage facilite les unions consanguines, la proportion des sourds-muet était quatre-vingl-onte fois plus élevée que dans la population blanche, protégée par les lois civile, morale et religieuse.

5° La surdi-mutité ne se produit pas toujours directement par les parents consanguins ; on la voit se manifester parfois indirectement dans des mariages croisés, dont l’un des.conjoints était issu de mariages consanguins.

G° Les parents consanguins les mieux porlants peuvent procréer des enfants sourds-muets ; par contre des parents sourds-muets, mais non Consanguins, ne produisent des enfants sourds-muets que très exceptionnellement: la fréquence de la surdi-mutité chez les enfants de parents consanguins est done radicalement indépendante de toute influence d'hérédité morbide.

7° Le nombre des sourds-muets augmente souvent d’une manière très sensible daus les localités dans lesquelles il existe des obstacles naturels aux mariages croisés. Ainsi, la proportion des sourd-muets qui est, pour l'ensemble de la France, de 6 sur 10.000 habitants, et de 2 seulement pour le département de la Seine, s'élève en Corse, à 14 sur 10.000 habitants : dans les Hautes- Alpes, à 13 ; en Irlande, à 11 et dans le canton de Berne à 28.

8° On peut estimer à environ 25.00) le nombre total des sourds-muets en Europe. »

ST Ci

Comme on le voit, Boudin est loin d’être favorable aux mariages consanguins. Nous donnerons d’ailleurs, dans un instant, notre avis sur cette statistique dont il tire des conclusions trop rigoureuses.

Pour M. Loubrieu, les sourds-muets de naissance seraient trois fois plus nombreux dans les mariages entre consanguins que dans les mariages entre étrangers.

D’après le D' Ladreit de Lacharrière, médecin en chef de l'Institut des sourds-muets, sur 100 sourds-muets, 79 ont été atteints de cette infirmité après la naissance, pour. une cause ou pour une autre et les vingt-et-un autre cas peuvent être mis sur lecompte de la surdi-mutité congénitale ou d’une cause qui a échappé à l'observation des parents ou des médecins.

À une époque relativement récente, Lacassagne examinant avec soin les 197 cas de surdi-mutité constatés de 1867 à 1875 à l’Institution des sourds-muets de Paris, en trouva 107 datant de naissance. Sur ce nombre 18 étaient issus de mariages consanguins, dont 9 entre cousins germains. Sur ces 18 cas il en élimina 15 qui parurent suspects de n’être pas congénitaux au D" Ladreit de Lacharrière. Sur 197 cas de surdi-mutité, 107 datant de naissance, il n’y en eût donc que trois seulement dans lesquels dit-il, on pouvait certainement accuser la consanguinité. Voilà, je crois, l'influence de la consanguinité sur la surdi-mutité, tout en étant admise, réduite à sa plus simple expres- Sion. |

Georges Darwin, ayant fait par voix de questionnaire une enquête dans les Instituts de Sourds-muets d’Angleterre, trouva sur 366 sourds-muets de naissance, dont la

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famille a pu être connue, 8 pensionnaires seulement (soit 2,20 pour 400) issus de parents consanguins, Cétte proportion, d’ailleurs analogue à celle qu’il admet pour le nombre des mariages entre cousins germains en Angleterre, est fondée en vérité sur un pelit nombre d'observations, mais telle qu’elle est, elle est loin d’être défavorable à la consanguinité. Er

Enfin les recherches de Van La Perre de Roo,effectuées

aussi par questionnaires, donnentà Anvers, sur 200 sourdsmuets, pas de consanguins : à Liège, 5 sur 49 ; à Berlin, 1 sur 92 ; à Munich, 0 sur 80 ; à Lyon, 4 sur 80 ;à Bordeaux, 6 sur 173 ; à Paris, aucun suivant Chervin.

Comme on le voit, l'influence des mariages consanguins sur la surdi-mutité à été bien différemment appréciée ; et la différence est grande entre les statistiques de Boudin et celles de Lacassagne, de Darwin et de Van La Perre de Roo.Cela tient,croyons-nous à deux causes; d’abord à la difficulté d'établir dans tous les cas une étiologie précise de la surdi-mutité : il est en effet souventtrès difficile de déterminer si une méladie de l'oreille est congénitale ou acquise, les altérations pouvant avoir pour siège le labyrinthe, ce qui ne laisse aucune trace et ne permet pas de se prononcer ; puis, en second lieu, à une idée préconçue de la part: des savants qui ont étudié l'affection, Entre les mains de Boudin, la méthode numérique incrimine gravement la consanguinité. Mais cet auteur passionné attribuait trop d'importance à ses travaux. L'enquête qu'il avait faite à l’Institut des Sourds-muets de Paris était tout-à-fait insuffisante. De ce qu’il y avait trouvé une douzaine de sourds-muets, issus de consanguins, il se croyait en droit d'affirmer que

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la consanguinité multiplait par dix-huit le danger d’être

sourd-muet. C'était assurément conclure sur un nombre d'observations beaucoup trop restreintes. De même pour Lacassagne, nous sommes d'avis qu'il a serré de trop près sa statistique. Nous avons vu,.en effet, qu’il n'avait trouvé, sur {8 sourds-mueêts nés de parents consanguins, que 3 cas seulement qui puissent vraiment être imputés à la consanguinité ; or ces 18 enfants avaient été pris parmi 107 autres atteints de surdité de toute autre ciuse que la consanguinité, et sur les 18 il en avait éliminé 15 comme suspects d’avoir acquis leur infirmité après la naissance. Mais il aurait fallu, dit avec raison Regnault, faire la même élimination sur les 107 pour justifier la proposition admise par Lacassagne.

À l'Institut National des Sourds-muets de Paris, où nous nous sommes rendu, M. le Censeur des études a bien voulu nous donner les renseignements suivants :

Depuis 1888, il est entré à l’Institution 214 pensionnaires sourds-muets. Sur ce nombre,

98 sont sourds-muets de naissance.

106 le sont devenus accidentellement, après la naissance.

. 40 n’ont pu étre classés, faute de renseignents assez

| précis.

Sur les 98 sourds-muets de naissance, 14 sont nés de parents consanguins ; et sur les 106 qui sont devenus sourds accidentellement, il y en a 4 nés de proches parents.

Cette statistique, pour être établie sur un petit nombre de cas, n’en est pas moins instructive : elle nous enseigne que la proportion des surdi-mutités congénitales est d’en-

Perrin. ( 7

viron 50 pour 100 ; et que celle des surdi-mutités consan- . guines est de une sur 7. Cette dernière proportion, inférieure à celle de Boudin, mais supérieure à celle de Lacassagne nous montre que la consanguinité peut jouer un rôle dans la production de la surdi-mutité.

OBSER VATION XII (Personnelle)

Nous ne connaissons personnellement qu’une famille où la consanginité semble avoir été une cause directe de surdi-mutité. C’est la famille de Chat... de Q.-L.-T..…., l’une des plus anciennes et plus riches familles de l'Yonne: (Morvan). M. de Chat... a épousé sa cousine germaine. Tous les deux sont bien portants ; de cette union sont nés trois enfants qui sont sourds-muets.

M. le Censeur des études de l’Institut national des sourds-muets de Paris, a bien voulu nous permettre de citer l’observation suivante, qui est assez curieuse :

OBSERVATION XIH

Aux environs de Clermont-Ferrand, il connait personnellement une famille dont le père et la mère sont cousins germains. Tous les deux sont très bien portants. De cette union sont nés 10 enfants : les n°3, 6, 9, sont sourdsmuets de naissance, les7 autres enfants se portent trèsbien.

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Maladies de la vue

Il est probable que la consanguinité joue dans cette circonstance un rôle fâcheux, mais aucun fait n'autorise encore à l’affirmer. Le Docteur Bemiss dit pourtant que 27 mariages consanguins féconds ont produit deux enfants aveugles et six autres avec des troubles divers de la vision,

Liebreich, de Berlin, que nous avons déjà cité dans notre revue des travaux publiés sur cette question, signale la coïncidence entre la consanguinité et la rétinite pigmenlaire congénitale. D'après lui les mariages consanguins interviendraient une fois sur deux dans la production de cette affection. Mooren, Hutchinson sont de cet avis ; le Docteur Delens, a écrit dans le Traité de Chirurgie de Duplay et Reclus : « Les vices de conformation (microcéphalie, polydactylie, bec de lièvre), la surdi-mutité, l’idiotie observés chez un certain nombre de sujets atteints de rétinite pigmentaire, confirment l’idée de l'influence des “mariages consanguins. » Cependant A. Sichel dit avoir eu (très rarement occasion de la vérifier sur un grand nombre de cas. De même d’autres oculistes, plus affirmatifs, Monoyer, Galezowski, Maurice Perrin, Abadie, ont dénié toute influence à la consanguinité. |

L’albinisme, dû à un arrêt de développement, résulterait aussi de la consanguinité. Un agronome distingué, Aubé, a établi le fait chez les animaux domestiques. Chez

le lapin, s’il y a la moindre petite tache chez les ascendants consanguins, celle-ci s’agrandit chez les rejetons qui arri-

vent rapidement à l’albinisme complet. Et il a pu de même observer un albinos humain lequel provenait d’un mariage

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entre cousins germains. Maurice Raynaud dans l’article Albinisme du Dictionnaire de Jaccoud, dit : «... parmi les circonstances qui peuvent concourir à la production de l’albinisme, il en est une qui parait aujourd’hui hors de doute : nous voulons parler de l’absence ou de l'insuffisance des croisements. »

Stérilité

Que faut-il penser du reproche de stérilité adressé aux mariages consanguins ? Il nous semble que cette fois encore les causes de l'affection sont si nombreuses et si variées, tant chez l’homme que chez la femme (une femme est stérile sur 8), qu’il est bien difficile d'émettre une opinion décisive à ce sujet: Les faits suivants cependant tendent à faire croire que dans quelques cas les unions consanguinés peuvent avoir une influence fâcheuse sur la génération. Une union entre consanguins est restée stérile ; l’un des conjoints, après s'être remarié avec une personne étrangère à sa famille, voit son ‘nouveau mariage devenir fécond. Inversement, l'union de deux personnes étrangères a donné des enfants ; un nouveau mariage, contracté par l’un des époux avec un membre de sa famille est demeuré sans résultat. Mais si, d’une part,on a cité quelques mariages entre parents stériles, stérilité qui serait imputable à la consanguinité seule, on en a cité aussi beaucoup d’autres où les enfants et petits enfants forment une lignée très nombreuse .: Dans l'Etat de l'Ohio (Amérique), 873 mariages entre cousins ont donné 3,900 enfants ; dans le Massachusetts, 17 familles ont produit 96 enfants (Howe). Que veut-on de plus ? On cite une famille qui, sur neuf

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