‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 119 sur 318 · Saint-Simon, t. 11, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. 11, p

favori ! M"" de la Ferlé ne mil à son consenlement qu'une condilion : c'est que son gendre prendrait les armes et les livrées de sa fille et le nom de marquis de la Ferlé. Singulière Taçon de relever un nom sur le point de s'éteindre, que de le transmettre à un homme de mœurs infâmes ! Le duc de la Ferlé protesf a ; son frère, le chevalier, fit de même, bien qu'il n'en eût guère le droit : c'était un fripon, qui avait un jour dérobé l'argenterie du maréchal d'Estrées, et de toutes ses malhonnêtetés, celle-là était la moindre.

Après bien du vacarme et des propos fâcheux. Monsieur apaisa toul avec de l'argent ; tous consentirent, et la duchesse de la Ferlé donna une fête à Monsieur en faisant la noce K

Trois ans après ce mariage, Monsieur, frappé d'une attaque d'apoplexie, expirait lentement à Saint-Cloud, dans ce palais de délices qui fut cette nuit-là un lieu d'horreur et de confusion.

Les premiers officiers et autres qui perdaient charges et pensions faisaient retentir Tair de leurs cris, tandis que toutes ces femmes qui étaient à Saint-Gloud et qui perdaient leur considération et tout leur amusement, couraient çà et là, criant échevelées comme des bacchantes.

Le roi venait de partir; la foule, qui était accourue avec lui de Marly, s'écoulait peu à peu.

Monsieur mourant, jeté sur un lit de repos dans son cabinet, demeura exposé aux marmitons et aux bas officiers, qui la plupart, par affection ou par intérêt, étaient fort affligés.

Une femme entra dans ce cabinet, et, considérant attentivement ce pauvre prince qui palpitait encore : « Pardi, s'ccrial-elle dans la profondeur de ses réflexions, voilà une fille bien mariée! » L'auteur de celte laconique oraison funèbre était la duchesse de la Ferlé, qui venait, elle aussi, apporter à Monsieur le tribut de ses regrets et le pleurer à sa manière 2.

Les mignons, les maîtresses, les bâtards des fils et petitsfils de France ou des souverains élran":ers trouvent moins un

1. Sainl-Simon, t. I, p. 376. — AiUlition à Dangeau, 19 juillet 1703.

Page 1