Voyez livre lï, ch. m
2. c C*était de tous points une fée qui, avec de Tesprit, ne voulait voir presque personne, moins encore à donner à manger à aucun de ce peu qu'elle voyait ; jamais à la cour, et presque jamais hors de chez elle. Sa maison, dont la porte était toujours ouverte, était aussi toujours fermée d'une grille qui laissait voir un vrai palais de fée, tel que les dépeignent les romans. Le dedans presque désert, mais de la dernière magnificence, y répondait par sa singularité, que ne démentaient pas son train, sa livrée, la housse jaune de son carrosse, et ses deux grands Maures avec tout leur appareil. » {Saint'Simo7i, t. Vlll, p. 332.)
3. Lettre de Coulanges à .1/"" île Simianey (» janvier 169(). — hamjeau. (Icccnibrc 1695, janvier lODd.
^00 LA iNonLESSE i)Ë IIACË.
Irop t(H |)Our le bonheur de sa femme. Celle-ci nous est déjà connue : c'est celle jeune veuve à la beauté noble, au cœur fidèle, qui se défendit si vaillamment contre Tamour du duc de iMantoue.
Même dextérité de la part des Duras dans le mariage de leur fils aîné. Le comte de Brionne, le fils de M. le Grand, était sur le point d'épouser une héritière de la maison de la Marck, l'affaire rompit subitement avec aigreur; ils saisirent ce moment opportun, présentèrent leur fils à la place de M. de Brionne, et conclurent le mariage dans les vingtquatre heures *. M"*" de la Marck était beaucoup plus âgée, mais aussi beaucoup plus riche que son mari, dont le principal appiit était le titre de duc que son père lui cédait en se contentant de se faire appeler M. le maréchal. Les Duras trouvèrent l'affaire bonne et laissèrent les gens d'esprit se railler de la maturité de l'épouse. L'époux, du reste, mena une vie si désordonnée, qu'il eut bientôt rattrapé l'âge de sa femme : quoiqu'il eût d'excellentes qualités (sans avoir grand esprit, il était brave, désireux de bien faire, fort aimé pour sa douceur), il se donna au vin et aux autres débauches. Qui sait ce qu'il dut de ses vices au dégoût de son singulier mariage? 8a vigueur et sa beauté se flétrirent; la petite vérole l'emporta dans la campagne de Flandre (1697), au moment où il allait obtenir la survivance de la charge paternelle de capitaine des gardes-. II ne laissait que des filles qui portèrent la forlune malernelle dans d'autres maisons, mais son tilre de duc passait h son frère el assurait son avenir. C'est ce dernier qui, dix ans plus lard, offrait un tabouret à M'^^de Bournonville en échange de ses grâces et de ses grands biens; la maréchale de Noailles les mariait chez elle, et leur donnait généreusement le logement el la nourriture'. Que pouvait souhaiter de plus 31""' de Duras? Habile ouvrière en brillants et solides mariages, la maréchale de Duras a sa place marquée dans la galerie des mères célèbres à ce titre, non pas à côté, mais un peu audessous de la maréchale de Noailles. Celle-ci reste en efl'el sans
1. DaiKjeau, A murs 108!). — Sêriijné, 4 mars 1081). "2. Sainl-SunoUj t. I, p. 300.
u. Damjeau, 21) dcccmbrc 1705.
vîvale, et par la quantité et par la qualité des alliances. Nous la retrouvons encore en 1732, assistant au mariage de son petit-fils, le duc de Vaujours, fils de M. et de M™' de la Vallière : elle était bien capable d'y avoir mis la main, malgré ses soixante et quatorze ans, quoique, à vrai dire, elle eût suffisamment mérité de sa famille, en se contentant d'établir la première génération. Combien, en effet, de fêtes de ce genre avait-elle préparées avec son alerte et industrieux génie, avant de les présider avec celte belle humeur qui répandait la joie autour d'elle ! Saluons d'un dernier hommage, à cette noce du duc de Vaujours, l'aïeule vénérable et charmante qui pouvait embrasser d'un regard satisfait cinquante-deux enfants, fils, filles, gendres, belles-filles, petits-enfants ou arrière-pet itsenfants (cinquante-deux ! le compte est exact et garanti par M"»** de Simiane *). Mais tout en lui rendant un hommage si bien mérité, constatons qu'aucune des alliances, d'ailleurs fort honorables, de ses nombreuses filles n'avait été décidée par l'accord des sentiments. Elle avait trop d'enfants peutêtre, et certainement trop d'ambition, pour leur permellre le luxe de l'amour dans le mariage.
î, .1/'"' de Simiane au marquiade Caumonl, 2() février l7o!2.