Marie-Louise-ÉUsabeth d'Orléan:*, née le 20 août
3. C'était ainsi qu'on désignait la fille aînco du duc d'Orléans. La fille aînée de Gaston, frère de Louis XIIl, avait pris Ja première ce nom, pour s'clcvcr au-dessus de ses sœurs du sscond lit.
son projet par un aulre, d'opposer Mademoiselle à M'** de Bourbon. Bien préférable assurément serait une alliance étrangère qui servirait les intérêts de la France et sauverait la descendance du roi du mélange avec un sang adultère ; mais cette alliance ne se présente pas, ou se présentera trop tard, tant M'°'' la Duchesse fait diligence : puisqu'il n'y a pas moyen d'échapper à une fille de bâtarde, mieux vaut encore la prendre chez ses amis que chez ses ennemis.
Les obstacles sont nombreux, divers; il faut y comprendre même l'apathie naturelle des principaux intéressés, des parents de Mademoiselle : mais le plus grave est le profond ressentiment de Monseigneur et de M"' de Maintenon contre le duc d'Orléans, ressentiment excité par sa conduite en Espagne, dans la campagne de 1709. Monseigneur, à tort ou à raison, l'accusait d'avoir nourri le projet d'usurper la couronne sur son fils, Philippe V. M" de Maintenon ne lui avait pas pardonné le toast cynique qu'il lui avait porté de l'autre côté des Pyrénées ^ Saint-Simon, sans se dissimuler les difficultés qu'il alTronte, entre résolument en campagne. Son plan, savamment combiné, ne néglige aucun moyen d'action. les futilités décident souvent d'événements considérables ; il sera futile par calcul et par profondeur. Le duc et la duchesse d'Orléans, qui ont tout à gagner à ce mariage, « noient leurs désirs dans une oisiveté profonde » ; heureusement, si la duchesse d'Orléans n'aime que médiocrement sa fille, elle n'est pas jalouse à demi de la duchesse de Bourbon. Saint-Simon cultive cette disposition misérable et précieuse ; il irrite son orgueil, la réveille, l'anime, et la décide à seconder ses efforts, moins pour faire la fortune de sa fille que le désespoir de sa sœur.
La duchesse de Bourgogne est plus capable de pensées suivies, elle l'a prouvé dans sa lutte contre la cabale du duc de Vendôme : l'intérêt de son mari la touchera sans doute ; mais si cet intérêt se confond avec celui de sa coquetterie et de sa vanité, elle le sentira plus vivement encore. Il faut lui montrer me rivale dans M"* de Bourbon, l'effrayer de ses gaietés '.t de ses saillies enfantines qui vont effacer les siennes, déjà