‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 150 sur 318 · Saini-Simoiiy t. II, p · texte numérisé non relu

Saini-Simoiiy t. II, p

4. Fontenay-Marcuil a laissé des Mémoires qui embrassent la fin du nVgno i](*. Henri IV ot le commencement du règne do rouis \\\\. :î. Tallemant, t. IV, .1/. et M"'" de Cuimenê,

un LES FAMILLES DES SECBÉTAIBES D*ÉTAT.

Gesvres en a toute la honte et est demeurée toute penaude. Elle était montée sur Testrade, elle avait Até ses gants, et tout cela pour voir donner la serviette de plus près par M°* d'Arpajon. Ma bonne, je suis méchante, cela m'a réjouie ; c'est bien employé. A-t-on jamais vu accourir pour ôter à M<»* d'Arpajon, qui est dans la ruelle, un petit honneur qui lui vient tout naturellement? La Puisieux s'en est épanoui la rate. Mademoiselle n'osait lever les yeux ; et moi, j'avais une mine qui ne valait rien ^

La Kne revanche et le piquant contraste entre la situation des deux adversaires à la fin de la bataille , l'une debout sur Testrade, sa maigre main dégantée et sans emploi, l'autre admirant cette attitude et la savourant avec une mine que le crayon de Nanteuil n'a malheureusement pas fait passer à la postérité !

Nous retrouvons la duchesse de Gesvres, dans les Mémoires^ h une soirée de Trianon, non plus belle et charmante comme en 1671 ; quelque trente ans ont passé sur ses grâces, et la maigreur des mains a gagné le reste :

C'était une espèce de fée, grande et maigre, qui marchait comme ces grands oiseaux qu'on îippelle des demoiselles de Nuraidio. Elle venait quelquefois à la cour, et avec du singulier, et l'air de la famine 011 son mari l'avait réduite, elle avait beaucoup de vertu , d'esprit, et de la dignité.

Le respect que méritait sa vertu, sa fierté savait au besoin l'exiger; la jeune cour en fit l'expérience à ses dépens. Le roi, pendant un été, alla souvent le soir faire collation à Trianon : les princesses ses filles y menaient leurs amies; toute la cour avait la permission d'y venir et était d'ailleurs invitée par la beauté du lieu. Les vastes jardins en terrasse sur un bras du canal, les parterres chaque jour renouvelés, l'air embaumé de parfums, tout donnait à ces soirées infiniment de magnificence et de charme. Il prit fantaisie à M™' de Gesvres d'y faire son apparition :

Son âge, sa rareté à la cour, son accoutrement et sa figure excitèrent les princesses à se moquer tout bas d'elle avec leurs favorites. Elle s'en aperçut, et, sans s'en embarrasser, leur donna leur fait si sec et si serré, qu'elle les fit taire et leur fit baisser les yeux, (le ne

1. Lettre de M""^ de Sévigné à M""* de Grigiiatif 13 mars 1671.

LES VILLEROY, LES (iESVUES, LES SERVIEN, ETC. 279

fut pas tout : après la collation, ello s'expliqua si librement, mais si plaisamment, sur leur compte, que la peur leur en prit au point qu'elles lui firent faire des excuses et tout franciiement demander quartier. M™** de Gesvres voulut bien le leur accorder, mais leur fit dire (fue ce n'était qu'à condition qu'elles apprendraient à vivre. Oncques depuis, elles n'osèrent la regarder entre deux yeux*.

Cette fois, M"'* de Gesvres avait pour elle mieux qu'un titre de duchesse, c'est-à-dire la dignité de l'âge et la supériorité de l'esprit, et M"® de Sévigné aurait été la première à applaudir à la vigueur de la riposte.

Lorsqu'elle mourut, elle était depuis longtemps séparée de son mari, qui lui avait mangé des millions, tout en l'accablant de son humeur fantasque et maligne. Le duc de Gesvres avait alors quatre-vingts ans ; à cet âge, avec tous ses vices et toutes ses infirmités, ce rejeton d'ancienne bourgeoisie se remaria trois mois après la mort de sa femme, tout comme un seigneur de vieille roche. Il voulut goûter le plaisir de faire une nouvelle duchesse, et surtout d'être particulièrement désagréable à ses enfants. M"® de la Chesnelayè, riche, belle et bien faite, accepta le tabouret et l'octogénaire ; au bout de deux ans, il ne lui restait plus que le tabouret, et elle était dédommagée d'une nuit de noces qui avait excité l'hilarité de toute la cour*. M. de Gesvres mourait ayant manqué le but principal de son second mariage : sa femme l'avait réconcilié avec son fils, le marquis de Gesvres; elle avait même obtenu de lui qu'il cédât au marquis son duché et tout ce qu'il n'avait pas dévoré de ses biens. C'était une femme d'esprit qui n'était pas avide, mais seulement ambitieuse; veuve et duchesse, elle n'eut plus rien à désirer, et elle jouit tranquillement de son titre, sans rougir de la honte dont elle l'avait payé : n'était-ce pas une honte à la mode, fort courue et fort bien portée ^ ?

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