‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 17 sur 318 · Lettre du 26 janvier · texte numérisé non relu

Lettre du 26 janvier

faire. Le roi lui demande s*il n*aumit pas de répugnance à se marier; il sourit à cette question, et se déclare prêt à attendre sa volonté sans empressement et sans éloignement. Le roi lui propose d'épouser Mademoiselle ; il répond qu'il lui obéira avec plaisir. Là-dessus il sort et va courre le loup avec son père, dont il partageait les goûts et imitait la docilité.

Quant à Mademoiselle, elle avait beaucoup d'esprit et un esprit merveilleusement précoce. Elle désirait passionnément ce mariage, non par goût pour le duc de Berry, mais par ambition. Sa taille, son embonpoint, étaient un obstacle, déplaisaient au roi , lui faisaient craindre qu'elle n'eût pas d'enfants ; elle contint son appétit, qui était insatiable, ne mangea plus à table, mais toujours en courant, et réussit à se maigrir *. Elle suivait avec une ardeur inquiète, à l'insu du principal négociateur, toutes les négociations engagées, et savait jour par jour combien de pas elle avait faits vers le rang de lille de France. Le jour où le mariage fut déclaré à Saint-Cloud, apercevant le duc de Saint-Simon qui était Tobjet d'une ovation bruyante, elle courut à sa rencontre pour lui payer sa part de reconnaissance, et devant tout le monde l'embrassa bravement sur les deux joues. Mademoiselle n'avait pas encore quinze ans, mais elle avait les impressions vives et le caractère décidé.

a Mademoiselle, écrit agréablement Dangeau, se tire de tout cela avec un air de modestie à travers laquelle sa joie paraît *. » La joie de Mademoiselle, n'en déplaise à Dangeau, est encore plus sensible que sa modestie. Elle entraîne Saint-Simon dans l'orangerie, lui raconte la visite qu'elle vient de recevoir de M"' la Duchesse et de ses filles, la feinte joie et les respects hypocrites des visiteuses, les grâces protectrices et les attentions cérémonieuses dont elle les a malignement accablées; comment M"* la Duchesse Ta suppliée de conserver de la bonté pour ses filles, comment elle a répondu qu'elle les aimerait toujours autant qu'elle avait fait, à quoi elle n'aura pas grand'peine, ajoute-t-elle en riant de tout son cœur. On ne conte pas avec plus de malice, on ne remercie pas avec plus

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