‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 172 sur 318 · M'^'' de Sévigné à M*"* de Grignan, 19 et 21 avril · texte numérisé non relu

M'^'' de Sévigné à M*"* de Grignan, 19 et 21 avril

|)eut'être en lui remettant les fameuses pendeloques : « Ma nièce, vous allez être duchesse comme votre sœur, mais n'aller pas croire que vous soyez pareilles; car je vous avertis que votre mari ne serait pas bon pour être page de votre beaufrère*. *

Ce propos se répandit et fil faire la grimace au maréchal de Villeroy. Quant à la nouvelle duchesse, elle était d'humeur à le goûter plutôt qu'à s'en olTenser; elle avait la franchise de sa race sur ces questions d'origine qui inspiraient à la plupart des parvenus tant de rélicences ou de mensonges, et elle s'expliquait toujours si nettement et si publiquement sur sa naissance et sur celle de son mari, que les gens en demeuraient comme embarrassés. Sa dignité n'y perdait rien, bien au contraire; nulle ne savait mieux se faire rendre tout ce qu'on lui devait. Klle avait d'ailleurs un aussi grand air, un port aussi majestueux que si elle était née Rochechouart ou la Trémoille; elle dansait avec une grâce imposante ; elle parait les fêtes de Versailles par sa beauté plus noble que correcte; les plus régulièrement belles étaient effacées et vaincues. Les Lorrains, les Bouillon, lui offraient à Tenvi leurs hommages^, et il eût été à souhaiter pour le duc de Villeroy qu'elle en eût souffert d'un peu moins marqués; mais l'amant presque public de M"'* de Caylus n'avait-il pas un peu mérité ces représailles et perdu le droit d'être plaint ?

Sans avoir rien de brillant dans l'esprit, elle avait beaucoup de sens, de vues, de conduite, et elle éclipsa complètement sa sœur, la duchesse de la Rocheguyon, par l'ascendant qu'elle prit à la cour. Il y avait du Louvois en elle ; elle en avait le trait distinctif, l'autorité, non sans mélange de rudesse. Elle mène le duc son mari et le maréchal son beau-père ; elle

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