‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 181 sur 318 · DangeaUj 20 novembre · texte numérisé non relu

DangeaUj 20 novembre

2. « Une place, dit ailleurs Saint-Simon, qu'il ne tient qu'à celui qui la remplit de rendre aussi lucrative qu'il veut. » (Tome 1, p. 302.)

50000 écusau père du marié. La récente capture d'un vaisseau espagnol chargé de piastres Pavait mis en libérale humeur, et le ministre de la marine profita de cette bonne fortune. M. de Phélypeaux prit, à partir de ce moment, le titre de comte de Maurepas, d'une terre considérable située près de Pontchartrain *.

Ce mariage en amena un autre plus frappant encore par la distance qui séparait les familles des deux époux : ce fut celui d'un frère de M"' de Roye avec la fille d'un vaillant chef d'escadre, du Casse. Les ancêtres du mari étaient des la Rochefou-^ cauld; ceux de la femme, des marchands de jambons. (( Du Casse était d'autour de Rayonne, où son père et son frère faisaient et vendaient des jambons, n^ Et ailleurs : c Du Casse était connu pour le fils d'un petit charcutier qui vendait des jambons à Rayonne. > Saint-Simon est sans pitié et retourne le fer dans la plaie faite à l'orgueil des la Rochefoucauld. Du Casse était parti jeune pour l'Amérique ; il s'y mit à la tête des flibustiers, y gagna richesses et renommée; la marine royale s'ouvrit à son courage et à ses talents : malgré son origine, à force d'actions d'éclat, il finit par obtenir le commandement d'une escadre et conduisit à la victoire les cadets des grandes maisons. Sa fortune, accrue de sa part de prises, atteignait à 1200 000 livres. Sa fille était unique et avait 200000 écus de dot. Les la Rochefoucauld-Rove se laissèrent tenter et persuader; l'affaire fut engagée, conduite et conclue par le comte de Maurepas, tandis que son beau-frère, le chevalier de Roucy, tenait la mer. Celui-ci n'eut plus qu'à en recueillir les fruits ; il trouva, en débarquant, une femme, une dot et la charge de lieutenant général des galères, que son beau-père avait achetée pour lui du bailli de Noailles, au prix de 180 000 francs (1703).

Du Casse, de son côté, espérait bien profiter aussi de cette alliance. Il n'avait eu jusque-là pour s'avancer que son mérite, et il n'était encore que chef d'escadre : le mariage de sa fille lui assurait la faveur des la Rochefoucauld et la protection du ministre de la marine ; il n'avait plus qu'à faire brillamment son métier, en laissant à ses alliés le soin de lui

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