‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 193 sur 318 · Saint-Simon, t. IH, p. 370; t. IV, p. 82 et suiv · texte numérisé non relu

Saint-Simon, t. IH, p. 370; t. IV, p. 82 et suiv

s'irrite, se soulève; les honnêtes gens et les autres s'unissent pour battre le ministre en brèche ; les intrigues se nouent, les premiers coups se portent dans l'ombre ; peu à peu les attaques s'enhardissent, se multiplient, se concentrent; d'Antin luimême, symptôme significatif, ose mordre le favori ; la maréchale de Villars reçoit des Chamillart une invitation à dtner et se croit magnanime en acceptant. Le jour même où ce dîner devait avoir lieu, le ministre, longtemps ballotté entre la crainte et l'espérance, tour à tour chancelant et raffermi, tombait d'une chute irréparable, a Le Chamillart n'est plus » , dit la maréchale de Villars à Saint-Simon, qui jette un cri « comme à la mort d'un malade quoique dès longtemps condamné et dont pourtant on attend la fin à tous moments ».

L'émotion de Saint-Simon était d'autant plus vive qu'il avait joué dans ces circonstances le rôle nouveau pour lui d'ami, de conseiller et de défenseur du ministre; mais son émotion n'enlève rien à sa curiosité et à sa clairvoyance d'observateur. Que de trouble et de larmes dans cette famille naguère si florissante ! Chamillart, qui reçoit le coup avec une admirable fermeté, songe uniquement à l'adoucir aux siens, surtout à cette bru que la faveur seule lui avait donnée : il lui parle de l'honneur de son alliance, il la comble de respects et d'amitié; il semble confus de n'être plus ministre et d'être encore son beau-père. Il n'avait d'ailleurs qu'à se louer de sa conduite respectueuse et irréprochable* : la fière M"'' de Mortemart, devenue M"« de Cani, était trop honnête femme pour user du genre de représailles de M*"' de la Vrillière, née Mailly.

Sa disgrâce n'était pas moins amère à ses propres filles, à la duchesse de la Feuillade, déjà si peu comptée de son mari; à la duchesse de Lorges, si adulée et si éprise de la cour dès

1. Cani mourut fort jeune, de la petite vérole, en 1716. En 1722, sa veuve épousa le prince de Chalais, neveu de Biaise de Talleyrand, le premier mari de la princesse des Ursins. M. de Chalais était grand d'Espagne, « La dame, dit Mathieu Marais, aura rang de duclicsse et sera assise à la cour, et va se débarbouiller du nom de Chamillart. » Elle avait plusieurs enfants de sou premier mariage, qu'elle et son mari traitèrent toujours avec tendresse. Elle fut dame du palais de la reine, et put goûter pleinement ce genre de grandeurs qu'elle avait si fort enviées ; mais après l'enivrement vint le dégoût; elle céda sa place à sa lillc et se relira avec son mari de la cour et du grand monde. {Mémoires de Mathieu Marais, t. II, décembre 1722. — Saint-Simon, t. XH, p. 138.)

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^T4Ît être éUnielle. Toote» dmx da des hooneor»: maïs leur ainât. Baiîee si pctitcBCBl, qa'aliaîl-dle deTeoir ? HeoreoscnMnl M" Drcox aiait Fcsfrit feme ci anse. A b première noaindle de la dîsfrkep die cooml chez M*** la Ducbesse, la troora an jev, et qooîqae cdle-d s'offrit a l'eateodre. elle attend il palîfmmentqae la partie fût achevée, déroraet ses larmes, calme en apparence. La partie dura une heure entière: après quoi eUesmrît Jl" la Duchesse dans son cabinel, lui conta son inlMtone et obtint d^'cUe une chaleureuse promesse de protedicMi.

Cani fut aussi ferme que son père : il parut sorlool sentir la délivrance d'une chaire qui n'allait pas à ses ^oàls; raccoeil que lui fit le roi, la première fois qu'il Talla saluer avec tout le monde^ au sortir de la chapelle, pouvait aussi le rassurer sur sou avenir.

Il s'arrêta à lui, le regarda d*iin air d'ailectioo et de coniplaisaiice, l'assura qu'il aurait soin de lui, et qu'il lui Toulatt fûre du bîeD ; et se sentant atlen^irir, il se hâta d'entrer. On fut bien surpris que quelques moments après le roi rouvrit la porte du cabuiet, les yeoi rouges qu'il Tenait d'essuyer, rappela Cani, loi répéta encore les mêmes choses, et plus fortement.

l>es deux cendres, dans une commune épreuve, tinrent une c^Hiduite bien difTérenle. Le duc de Lorges, mécontent de toute la famille, choisit ce moment pour se rapprocher d'elle et combla r son beau- père de marques de respect et d'affection. Le duc de la Feuiilacîe, qui n'avait pas trouvé de homes au dévouement du ministre, était à Meudon chez Monseigneur lors- (|ij*il reçut de Chamiliart un billet lui annonçant sa disgrâce; il mit le billet en poche, prit son temps, songea à lui-même et au moyen de sauver quelque épave de la faveur ministérielle. Le lendemain matin, il se tenait sur le passage du roi, qui allait à la messe, l'abordait d'un air libre et dégagé, lui rappelait r|u'il lui avait offert son argenterie pour venir en aide àTEtatS le, priait de lui conserverie logement que lui avait donné Cha-

1. L'i Kouill.Klf, ,'ivf'c la plupart des courtisans, avait suivi rexemplc que v<!riai<!rit de donner le due de Gramont et son gendre, le maréchal de lW)uni<Ts.

millart, et obleuait pour toute réponse un froid et méprisant signe de tète qui ne lui enlevait rien de son assurance; tout h la Gn de la matinée, il se défait à aller offrir ses consolations à son beau-père, et arrivait à TÉtang * à peu près avec tout le monde. Saint-Simon s'y rendait aussi, au sortir de table ; mais dès la veille il y avait fait porter par le duc de Lorges des paroles de tendre amitié, et ne s'était abstenu d'y paraître que par discrétion.

M"« de Sévigné nous a montré l'auçore éclatante de la faveur de Chamillart; entrons avec Saint-Simon dans la maison du disgracié, nous allions dire dans la maison mortuaire :

Quel spectacle 1 une foule de gens oisifs et curieux, et prompls aux compliments, un domestique éperdu, une famille désolée, des femmes en pleurs, dont les sanglots étaient les paroles, nulle contrainte en une si amère douleur. A cet aspect, qui n'eût' cherché la chambre de parade et le . goupillon pour rendre ce devoir au mort ? Ou avait besoin d'effort pour se souvenir qu'il n'y eu avait point, et pour ne trouver pas à redire qu'il n'y eût point de tenture et d'appareil funèbre ; et on était effrayé de voir ce mort, sur qui on venait plomber, marcher et parler d'un air doux, tranquille, le front serein, sans rien de contraint ni d'affecté, attentif à chacun, point ou très-peu différent de ce qu'il avait coutume d'être.

Saint-Simon s'arrête avec admiration devant la figure doucement héroïque de Chamillart, qui paraissait, au moment même où il était précipité de si haut, donner encore audience à toute la cour. Son esprit médiocre et entêté, son air un peu trop naïf, sa démarche dandinante, tous les défauts ou les ridicules que la cour se plaisait à relever dans le bourgeois parvenu, s'effacent et disparaissent dans la noblesse et la grâce presque souriante de sa résignation. L'évêque de Senlis et le comte de Chamillart, sols comme à l'ordinaire et plaisants sans vouloir l'être, demeuraient stupides ou « s'émerveillaient comment le roi s'était pu séparer de leur frère ». Le bon évêque dut cependant à cette disgrâce de voir un peu plus clair dans les choses de ce monde. Il avait toujours cru que M. le Prince l'aimait pour lui-même, et que les fréquents envois de gibier de Chantilly s'adressaient à sa personne; les envois cessèrent

1 . La maison de TÉtang, près de Versailles, acquise par Cliamillart, avait été bâtie par Barbezicux. {DangeaUy 23 janvier 1701.)

:m LES FAMILLES DES SECRÉTAIRES D*£TAT.

tout d'un coup avec la chute de Chamillart. Ce fut pour M. de Sentis un trait de lumière et un désenchantement douloureux : peut-être regretta-t-il moins encore le gihier de M. le Prince que lahonne opinion qu'il avait de lui-même.

La Feuillade n'était pas de ces naïfs que les événements surprennent et déconcertent ; il va^ vient, voltige dans la maison éplorée, et disserte avec une grâce impertinente sur rinstabilité des fortunes : il avait mis le matin ses intérêts en sûreté, et pouvait, l'après-midi, philosophera son aise sur les malheurs d'aulrui. N'exagérons point cependant les torts de sa conduite. Chamillart, pour échapper au flot grossissant des visiteurs, s'étant retiré d'abord aux Bnivères, chez le duc de larges, puis à Mont-l'Evêque, près de Sentis, la Feuillade •fit rciïort de coucher une nuit aux Bnivères et deux nuits à Senlis. Ce procédé, qui révolta tout le monde, pénétra Chamillart de reconnaissance, comme s'il ne s'était point attendu à tant de grandeur d'âme. Il devait, du reste, garder toute sa vie cet engouement pour son gendre : l'honnête et simple bourgeois avait été comme fasciné par la brillante corruption de l'homme de race*.

Chamillart eut pour successeur Voysin, l'intendant de Paris, un travailleur infatigable, mais d'humeur raide, cassante, qui ne serait sans doute pas arrivé au ministère si sa femme, bien (lillVîrentc do M"** Chamillart, ne l'y eût peu à peu et doucement porté par ses grâces insinuantes. Elle était fille de Trudaine, maître des comptes, et avait épousé Voysin en 1683, lorsqu'il était encore maître des requêtes.

Elle avait un visage fort agréable, sans rien d'emprunté ni de paré; l'air on était doux, simple, modeste, retenu et mesuré, et d'élre toute occupée de son domestique et de bonnes œuvres ; au fond, de l'cîsprit, du sens, du manège, de l'adresse, de la conduite, surtout un(î insinuation naturelle, et Tart d'amener les choses sans qu'il y parût. Personne ne s'entendait mieux qu'elle à tenir une maison, et

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