‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 212 sur 318 · Saint'Simont t. II, p · texte numérisé non relu

Saint'Simont t. II, p

Uose, président à la cour des comptes, celui des secrétaires du roi qui avait la plume, c'est-à-dire la fonction de contrefaire l 'écriture du roi, d'être faussaire public et autorisé, se distingue entre tous parle tour original de son esprit et de son caractère. Il a garde du bourgeois en lui ; il répugne à la dépense, il a de ses droits un sentiment vif, irritable, et la parole à la main pour la défendre ; mais à ces traits de race il associe Taisance et la grâce des gens de cour, en homme qui a passé toute sa vie dans la confiance de Mazarin, de la reine mère et du roi.

Saint-Simon est comme attiré vers ce personnage, dont le sang était rùédiocre, mais dont Tâme était finement et fièrement trempée ; il se montre sensible à son amitié, il le décrit avec une curiosité sympathique, note jusqu'aux particularités de sou costume :

Rose était un petit homme ni gras, ni maigre, avec un assez beau visage, une physionomie line, des yeux perçants et pétillants d'esprit, uu petit manteau, une calotte de satin sur ses cheveux presque blancs, un petit rabat uni, presque d'abbé, et toujours son mouchoir entre son habit et sa veste : il disait qu'il était là plus près de son

nez Il était fort riche et fort avare, mais c'élail un homme de

beaucoup d'esprit, et qui avait des saillies et des reparties incomparables, beaucoup de lettres, une mémoire nette et admirable, et un parfait répertoire de cour et d'affaires; gai, libre, hardi, volontiers audacieux; mais à qui ne lui marchait point sur le pied, poli, respectueux, tout à fait en sa place, et sentant extrêmement la vieille cour K

Deux traits peignent l'homme et montrent à la fois ce que pouvaient oser en ce temps, même sans l'appui d'une haute naissance, un esprit fin et un caractère résolu. Il était voisin de M. le Prince, qui enviait fort sa terre pour agrandir Chantilly. Rose, tout en lui rendant force respects, refusait nettement de la lui vendre. M. le Prince, pour l'en dégoûter, se procure trois ou quatre cents renards ou renardeaux, et les fait jeter en une seule nuit par-dessus les murs du parc de son voisin :

Le bonhomme, qui était colère et véhément, et qui connaissait bien M. le Prince, ne se méprit pas à Fauteur du présent. Il s'en alla trouver le roi dans son cabinet, et tout résolument lui demanda la permission de lui faire une question peut-être un peu sauvage. Le roi, fort accoutumé à lui et à ses goguenarderies, car il était plaisant

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