I. Saint-Simni}, t. IV, p. 54. — Mercure de septembre
t. Lellres ile M""" de Sévigné ù 3/™" de GrigmUy des 5 et 6 avril 1680.
licat et de plus fin dans les conversations, elle a encore ces saillies heureuses qui, entre autres plaisirs qu'elles font, dispensent toujours de la réplique. Elle vous parle comme celle qui n'est pas savante, qui doute et qui cherche à s'éclaircir ; et elle vous écoute comme celle qui sait beaucoup, qui connaît le prix de ce que vous lui dites, et auprès de qui vous ne perdez rien de ce qui vous échappe. Loin de s'appliquer à vous contredire avec esprit, et d'imiter Elvire, qui aime mieux passer pour une femme vive que marquer du bon sens et de la justesse, elle s'approprie vos sentiments, elle les croit siens, elle les étend, elle les embellit : vous êtes content de vous d'avoir pensé si bien, et d'avoir mieux dit encore que vous n'aviez cru. Elle est toujours au-dessus de la vanité, soit qu'elle parle, soit qu'elle écrive : elle oublie les traits où il faut des raisons ; elle a déjà compris que la simplicité est éloquente.
Ce pur diamant, ce n'était pas à Chantilly que la Bruyère l'avait rencontré, s'il faut en croire le témoignage de Tabbé de Chaulieu ; il brillait à la ville : Arthénice désignait Catherine Turgot Saint-Clair, mariée à M. d'Aligre-Boislandry; elle appartenait à l'une des plus riches familles de la robe etavait épousé un petit-fils et un arrière-petit-fils des chanceliers d'Aligre *.
L'importance des charges, la grandeur des biens, la dignité du ton, l'élégance des manières, les grâces de l'esprit, tout assignait à la robe une place distinguée, même dans une société qui attachait tant de prix à la naissance. M"* de Caylus, pariant du goût de M""^ de Maintenon pour la noblesse, ajoute :
1. La Bruyère, Des jugements. — Dangeau, 6 août 1686. — Œuvres de ChaulieUy la Haye, 1777, in-12, t. I. — Les mœurs de M"" d'Aligre-Boislandry s'accordent mal avec le portrait d' Arthénice (voyez le Recueil de chansons historiques, t. VU, p. 427). Il est vrai que ce portrait n'a été publié que dans rédition des Caractères de 1694, et que M™' d'Aligre-Boislandry n'avait pas encore fait aussi bon marché de son honneur qu'elle flt par la suite; cependant, dès l'année précédente, son mari lui avait intenté un procès scandaleux, et si la plus infamante de ses assertions fut prouvée fausse, la séparation n'en fut pas moins prononcée. Un mélange d'illusion amoureuse et de généreuse délicatesse poussa-t-il la Bruyère à peindre Arthénice sous le« plus nobles traits pour la venger des indignes procédés de son époux? — Consultez sur M"" d'Aligre-Boislandry les Cours galantes de Desnoireterres, t. II, et la Comédie de la Bruyère de E. Fournier. Nous voyons avec M. Ghassang, dans le fragment iV Arthénice jun éloge des plus délicats, et non, comme le veut M. Fournier, une satire détournée.
« Je l'ai toujours vue choquée de ce qu'excepté certains grands noms, on confondait trop à la cour la noblesse avec la bourgeoisie. 9 L'aveu est bon à recueillir en ce qu'il nous éclaire sur la prédilection de M"* de Maintenon et sur la confusion des deux classes que la force des préjugés ne pouvait empêcher de s'étendre.
La confusion cependant n'est pas assez complète au gré des gens de robe : ils aspirent à s'identifier avec la noblesse; ils sont jaloux de relever leurs mérites réels par des mérites d'imagination. Les offices des cours souveraines leur conféraient la noblesse héréditaire après vingt ans d'exercice; les présidents à mortier veulent davantage : il ne leur suffit pas que leurs fils soient nobles, ils a marquisent et corntisent » leurs frères à ce seul litre d'être frères de présidents à mortier, et l'usage étend ainsi peu à peu les concessions de la loi. On ne veut plus de collatéraux roturiers, et la noblesse remonte de la branche anoblie à la souche commune ^ Sous la Régence, pendant la lutte engagée avec les pairs, les présidents à mortier du Parlement de Paris proposent comme a accommodement modeste > la housse et le tabouret pour leurs femmes 2.
La gravité de la tenue du magistrat n'est pas moins importune que la modestie de l'origine ; on essaye de se débarrasser de son costume comme de son nom. Le président de la commission des grands jours d'Auvergne, Novion, se montre hors du palais presque toujours habillé de court^. M. d'Avaux (le neveu) dépouille autant qu'il peut rextérieur de son ordre :
Accoutumé à porter l'épée et à ôlre le comte d'Avaux en pays étranger, où ses ambassades l'avaient tenu bien des années à diverses reprises, il ne put se résoudre à se défaire, en ses retours ici, ni de son épée, ni de sa qualité de comte, ni à reprendre l'habit de son état. 11 était donc à son regret vêtu de noir, n'osant hasarder l'or ni le gris, mais avec la cravate et le petit canif à garde d'argent au côté.
llevélu de la charge de grand maître des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit, il porte le cordon bleu, non pas au