I. Saint'Sunony t. II, p. 71; l. IM, p. 181 et suiv
les sàbols (c'est toujours Saint-Simon qui parle) fut un professeur de droit de Toulouse que la reine de Navarre, sœur de François P% employa dans les affaires et fit nommer lieutenant civil à Paris. Ce professeur pesait aux Mesmes; ne pouvant s'en débarrasser, ils essayaient de le décrasser, inclinaient à croire qu'il descendait du consul Memmius (ici nous entendons Tallemant) et qu'il enseignait le droit pour son plaisir. Molière leur avait-il emprunté ce mot pour l'accommoder à la vanité et à la profession de M. Jourdain?
Le fils aîné du docteur en droit, Henri de Mesmes, fonde la fortune de sa race : professeur, maître des requêtes, capitaine, négociateur, il réunit les talents les plus divers ; il est le second de Montluc dans la république de Sienne ; son nom, comme celui du futur maréchal de Biron, demeure ironiquement attaché à la courte paix que tous deux négocient avec les huguenots en 1570, et qui fut appelée boiteuse et mal assise, Biron boitait, M. de Mesmes était seigneur de Malassise. Familier avec les lettres anciennes, il étend sur les érudits son libéral patronage, goûte et recherche leur commerce : Passerat est le précepteur de son fils, et Lambin lui dédie son (^icéron en lui attribuant le meilleur de ses commentaires.
Henri de Mesmes donne à son fils pour dot la terre d'Ii'val, ainsi que celle d'Avaux qui fut plus lard érigée en comté en retour des services rendus par les Mesmes aux couronnes de France et de Navarre. Ses petits-enfants commencent à s'allier avec la première noblesse. Si l'une de ses petites-filles épouse un simple maître des requêtes, Lambert d'Herbigny, lautre, mariée à Maximilien de Belforière, est la mère de ce brillant marquis de Soyecourt, grand coureur d'aventures et grand chasseur, l'effroi des maris jaloux chez Tallemant, et des gens pressés d'arriver au but chez Molière. Ses petits-fils sont des personnages considérables. L'aîné, Henri de Mesmes II, est le premier des quatre présidents à mortier de ce nom. De Mesmes, disait-on au Palais en jouant sur les mots, toujours de Mesmes. 11 épousa successivement deux filles nobles, Jeanne de Montluc, petite nièce du célèbre Montluc, et Marie des Fossés, dont le père était gouverneur de Lorraine et chevalier du Saint- Esprit. Elle était veuve de Gilles de Saint-Gelais, et mère d«î la duchesse de Créquy, dame d'honneur de la reine. L'éclat de
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ses alliances éblouit sans doute le président à mortier. H esl comme rempli de lui-même: il accueille ses Trères avec une Tamiliarité hautaine, ne se lève pas pour eux, leur dte à peine son chapeau : il traitait l'un en écolier, dit Tallemant, Tautre
en avocat '.
Malheureusement, il n'avait pas fait souche d eniants mâles pour continuer sa grandeur en ligne directe, il n'avait que deux filles. Tout entêté de noblesse qu'il était, el bi«ii qu'avec iOOOOO livres de rente en fonds de terre, il pût s'ofiirir le loie d'un gendre gentilhomme, il ne voulut pas laisser sa charge sortir de sa famille, et la laissa au fils de M. d'Irval, son plus jeune frère, à la condition qu'il épouserait une de ses filles. Si Ion ne voulait pas de lui pour époux, il lui faisait un don gratuit de h charge. La présidente de Mesmes avait tout intérêt à appuyer cette alliance, mais elle était née demoiselle, avait ^irdé le goùlde répée,etellefittfii catimini le mariage de sa filleavecle fils du duc de Mortemart, avec ce M. de Vivonne dont M"* de Sévigné nous a dit les bons mots, le faste et les débauches. Dix-huit cent mille livTes de dot entrèrent avec Antoinette de Alesmes dans cette maison qui avait le renom de se ruiner par ses vices et de se recrépir par ses mariages. Disons cependant à la décharge de M. de Vivonne qu'il ne dévora pas tout seul les grands biens amassés par les Mesmes : sa femme l'y aida de tout son appétit. Spirituelle, galante, prodigue et joueuse, elle l'ut de tout point digne de son mari. Rarement on vit dans un ménage tant de désordre et tant d*esprit. Lorsqu'il arrivait aux deux époux de se trouver ensemble, ils faisaient assaut de verve à réjouir tous les assistants; leurs querelles mêmes étaient des plus divertissantes. Entre M™'^ de Vivonne et ses bell(*s-sœurs M"" de Montespan, de Thianges et de Fontevraull, les rapports étaient plus polis que tendres: des deux côtés on était en fonds de malice caustique et Ton se tenait en respect; si |)arr()is raccord tacitement consenti venait à se rompre, heureux les témoins de ces brillantes passes d*armes où l'esprit des Alcîsînes se clioijuait à celui des Mortemart 1 Le temps ruina la Ibrtuncî et la beauté de M'"" de Vivonne : sa verve ne s*épuisa
I. TallfMiiunt, t. IV, M. (VAvaux et son frère le président de Mesmes. — Sainl-Simon, t. Vï, p. 213 et suiv. — Dangeau, 21 septembre 1688.
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jamais. Pauvre, rangée, convertie, mais toujours spirituelle, de sa dévotion même sortaient des traits charmants ^
Par ce mariage avec les Mortemart, les paysans de Mont-de- Marsan se trouvaient alliés avec la maison de France. Les enfants de M. et de M"® de Vivonne étaient les neveux de M"** de Montespan, c'est-à-dire les cousins germains du duc du Maine, de la duchesse d'Orléans et de Madame la Duchesse. De telles attaches assurent leurs établissements et leur tiennent lieu des biens maternels dissipés en folles profusions. Le tils unique, le duc de Mortemart , épouse une fille de Colbert ; l'aînée de ses sœurs entre dans la maison de LoiTaine et devient duchesse d'Elbœuf; la seconde trouve un mari grâce à la lutte engagée dans le Languedoc entre le cardinal de Bonzi, archevêque de Narbonne, et le redoutable Basville ; le cardinal lui donne son neveu, M. de Castries, pour se ménager Tappui du duc du Maine, gouverneur de la province.
M. de Castries était un intrépide et brillant officier qui aimait la guerre avec passion, et qui aurait été loin si sa santé ne l'avait condamné au repos ; d'ailleurs homme pétri d'honneur et de vertu, doux, sage, poli, fort aimé et de bonne compagnie. La dot de M"' de Mortemart était faite un peu de toutes pièces : 50000 francs sur la maison de ville, 1000 écus de pension du roi, 1000 écus aussi de M""® de Montespan, avec le logement et la nourriture. De ses parents elle ne tenait guère que son esprit, mais en cela du moins ils l'avaient magnifiquement dotée ; on ne pouvait l'avoir plus vif, plus varié, plus intarissable ; à la fois plus orné et plus naturel ; elle avait la grâce suprême : elle était spirituelle sans vouloir l'être ; ce qu'il y avait de plus exquis dans les deux races dont elle descendait paraissait se rassembler et se confondre en elle. Elle était tout esprit : de corps elle n'en avait point, ou si peu qu'un souflle l'eût renversée, mais cet être chétif, presque informe, tenait ceux qui l'écoutaient dans une sorte de ravissement.
M™* de Castries était un quart de femme, une espèce de biscuit manqué, extrêmement petite, mais bien prise, et aurait passé dans un médiocre anneau ; ni derrière, ni gorge, ni menton, fort laide, Tair toujours en peine et étonné ; avec cela une physionomie qui éclatait