‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 231 sur 318 · Saint-Simotit t. I, p. 424.— Dangeau, 29 avril · texte numérisé non relu

Saint-Simotit t. I, p. 424.— Dangeau, 29 avril

Le duc de Brissac perdait en février 1684 la charmante sœur de Saint-Simon, et épousait en juillet de la même année une petite bossue, fille d'un maître des requêtes. Elisabeth de Vertamont avait d'ailleurs « beaucoup de vertu, infiniment d'esprit, de conversation agréable et de lecture». 11 n'en voulait qu'à son bien et il eut le temps de la ruiner avant de mourir : cette duchesse, qui avait tabouret à la cour et n'avait pas de quoi se vêtir, fut recueillie par son frère, premier président du grand conseil.

Quel gîte et quel hôte lui donnait sa mauvaise fortune 1 Ce Vertamont était, avec des millions, d une avarice sordide. Sa propre fille manquait de bas, de souliers, vivait dans un grenier, sans feu; il la maria, par ambition, avec le marquis de Bellegarde, second fils du duc d'Ântin, et elle passa de son grenier dans le plus somptueux hôtel de Paris. Le jour de sa noce, elle trouva sur sa toilette deux bourses de cent louis d'or chacune, et toutes sortes de riches bijoux. Grave question, disait un plaisant, de savoir de quelle maison venaient ces présents ? de celle qu'elle quittait? de celle où elle entrait? La transition de Tune à l'autre fut si brusque, l'abondance et le luxe étaient pour elle chose si neuve, que bien qu'elle ne manquât pas d'esprit, elle éclata longtemps en naïves surprises fort divertissantes pour ceux qui l'entouraient. Cependant son père obtenait, grâce à d'Antin, une charge de l'ordre du Saint-Esprit, et comme il était aussi glorieux qu'avare, c'était plaisir de le voir tout à la fois se mirer dans son cordon bleu et regretter amèrement toutes les broderies des Saints Esprits qui augmentaient la dépense de ses robes K

Les Aubry, une bonne et riche famille de robe de Paris, s'allient aux premières maisons du royaume, quoiqu'ils aient des vinaigriers pour ancêtres. M"' de Vauvineux, femme du comte de Cochefilet et mère de la princesse de Hohan-Guémené, était née Aubry. Un cadet delà Trémoille, M. de Noirmoutiers, le frère de la princesse des Ursins et du cardinal de la Trémoille, était Aubry par sa mère. Beau, bien fait, aimable, mais frappé subitement de cécité à l'âge de dix-huit ans, M. de Noirmoutiers

1. Saint-Simon, l. VIII, p. 305; t. XI, p. 378. — Addition à Dangeau, 3 février 1716. — Lettres à la marquise de la Cour de BaHeroy, t. I, p. 12Î BERTIN. 28

43i LA ROBE.

se retire dans la solitude, occupe ses longs loisirs à se faire lire les meilleurs livres; Tétude, la réflexion ornent et aiguisent son esprit naturellement agréable et solide, le rendent digne d*étre recherché et goûté de la compagnie la plus élevée et la plus choisie : contribuèrent-elles aussi, avec le sentiment de son infirmité, à délivrer sa raison du joug du préjugé? Toujours est-il quil épouse la veuve d'un simple conseiller, en laissant sa sœur crier à la mésalliance. Devenu veuf au boutde dix-huit mois, il se remarie par amour, deux ans plus lard, à la fille d'un président de la cour des comptes : tous deux s'étaient charmés par leur esprit. M"* Duret de Chevry n'était pas seulement spirituelle ; elle avait 200000 fr. de dot et lOOOOOécus d'espérances, ce qui n'était pas pour diminuer l'inclination de M. de Noirmoutiers. La princesse des Ursins cria de plus belle, comme si elle n'avait pas eu une Aubry pour mère, et pour grand'mère une Bouhier, fille d'un trésorier de l'épargne, mais il vint un jour où son ambition sentit le besoin de s'aider de l'esprit, de l'influence, des amis de M. de Noirmoutiers; celui-ci devint le conseil et l'àme de ses affaires ; quand elle eut tout ce qu'elle désirait, moitié par reconnaissance, moitié par orgueil de race, elle laissa tomber sur lui un rayon de sa faveur : elle le fit duc et pair. La fille du président de la cour des comptes alla prendre son tabouret à la cour et participer à la gloire de sa belle-sœur : c'était le moment où la princesse des Ursins allait, après une courte disgrâce, faire sa rentrée triomphante en Espagne (1705) *.

Une famille de robe illustrée entre toutes par ses alliances est celle des Mesmes. « Ils se piquaient furieusement de noblesse », ditTaliemant. Moreri les fait venir de gentilshommes d'Ecosse. Mensonge! s'écrie Saint-Simon; ils descendent de paysans de Mont-de-Marsan, « et il en est demeuré dans ce premier étal qui payent encore aujourd'hui la taille ». Le premier qui laissa

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