Tallemant des Réaux, t. II, M. (le Dullion
2. « Cette charge, écrit Dangeau (20 octobre 1684), a des droits honoriliques fort beaux... Les arrêts du Chàtelet se rendent au nom du prévôt de Paris, et le lieutenant civil était à son égard ce que sont les lieutenants généraux dans les présidiaux à Tégard du grand bailli ou du sénéchal de la province.
fois dans sa vie, une seule, goûter le bonheur d'être de la cour : ce bonheur lui avait coûté 20000 francs.
La vanité était encore plus forte que Tavarice qui la possédait. Fervaques venant à mourir en laissant .vacant le gouvernement du Maine et du Perche, les Bullion offrent 200000 francs au roi pour obtenir ce gouvernement, et appuient leur demande de la faveur et des démarches de M"* de la Mothe : la maréchale emporte l'assentiment royal et M™* de Bullion monte d'un degré, devient la femme d'un gouverneur de province *.
Ses enfants, par leur brillante destinée, la dédommagèrent de ce mari qui pesait à son ambition et qu'elle soulevait si péniblement jusqu'aux honneurs réservés aux gens d'épée. En 1698, le duc d'Uzès, petit-fils de M. de Monlausier, avait épousé à dix-huit ans M"** de Monaco qui en avait trente-quatre ou trentecinq, accompagnés il est vrai de 500 000 francs de dot. En 1 700, la duchesse d'Uzès mourait étouffée par un ulcère à la gorge. Son mari, qui vivait « avec des gueuses », lui avait donné le mal qui la tuait; il l'avait aussi légué à ses enfants qui devaient en mourir jusqu'au dernier : lui seul échappa. C'est à cet homme que M"* de Bullion osa livrer quelques années plus tard l'aînée de ses filles, jeune, belle et dotée de 500000 livres, pour que son sang du moins pût jouir des honneurs dont elle s'indignait d'être frustrée *.
La cadette était réservée à une alliance encore plus relevée, sans avoir à la payer du même prix : elle épousa le second fils de la princesse de Tarente, le prince de Talmont, qui, dépité de n'avoir point d'assez grosses abbayes, avait quitté le petit collet, et cherchait une héritière qui valût mieux que ses bénéfices. Il était grand, parfaitement bien fait, et cousin germain de Madame; nous avons raconté plus haut le mariage de son aîné, M. de la Trémoille, avec une Créquy. La princesse de Tarente n'existait plus. Madame s'emporta, tonna centre cet indigne mélange de son sang, fit un vacarme effroyable. M. de la Trémoille, qui voyait sans déplaisir la grosse dot épousée par son frère, imagina, pour calmer ces transports, un moyen ingénieux, sinon efficace. Tous les fils aînés et toutes les filles aînées des
1. Saint-Simon, t. I, p. 345. — Addition à Dangeau, 25 novembre 170t.