I. Saint-Simon, t. III, p. 168; t. XI, p
risé par Philippe V à lui céder sa graudesse. M"* Boiichu, devenue la belle-mère d'un grand d'Espagne, se trouvait à demi dégagée de la robe, où sa naissance et son inariage semblaient ravoir fixée : une suprême folie l'en affranchit complètement ayant la fin de ses jours.
M. Bouchu mourut en 1715; sa veuve faillit devenir princesse d'Auvergne en 1718, en épousant le gueux et cynique chevalier de Bouillon, mais ils ne purent s'entendre sur les conditions du marché à conclure. En 1731 seulement elle trouva un mari titré, mais cul-de-jatte, le duc de Châlillon, second fils du maréchal de Luxembourg. Encore le cul-de-jatte fit-il ses conditions; il exigea la jouissance de 100000 écus pour lui, le fonds pour son fils le duc d'Olonne, et 24000 livres de rente pour la dépense de la maison : tel fut le prix qu'elle paya pour être enfin assise comme sa sœur, M°* de Richelieu : ajoutez-y les grossiers couplets que lui décocha son gendre qui se trouvait lésé, les dégoûts de la vie commune avec son triste mari, et enfin la fluxion de poitrine dont elle mourut pour avoir voulu aller jouir en plein hiver de son tabouret à Versailles ^
La marquise de Noailles et M*"' Bouchu avaient pu satisfaire leur soif de grandeurs, grâce à la mort opportune de leurs premiers maris : M™® de Bullion fut condamnée au sien à perpétuité. Son orgueil cependant surpassait encore celui de ses sœurs : « C'était une femme d'esprit, mais dominante dans sa famille, habile, altière, ambitieuse, et qui ne se consolait point d'être Rouillé et femme de Bullion. «Ne pouvant remplacer brillamment son mari, elle s'efforça de l'exhausser aussi haut qu'elle put. Il était de riche famille de robe ; son grand-père, M. de Bullion, surintendant des finances et président à mortier, avait vécu avec simplicité et doté ses enfants avec magnificence. Lorsqu'il avait marié sa fille à M. de Bellièvre, alors maître des requêtes, le notaire ayant lu le chiffre de la dot, qui était de 100000 écus,« ajoutez d'or, fit-il avec bonhomie. » lîichelieu, qui l'avait nommé surintendant, fit le mariage de son fils, Bonnelle, avec M"® de Toussy, sœur aînée de la future maré-
I. Saint-Simon, t. lU, p. 216; t. VI, p. 294. —Da/iyeau, 2 décembre 17a5. — Mathieu Marais, t. IV, p. 208.
chale de la Molhe gouvernante de Monseigneur Bonnelle eat pour dot 67000 livres de rente en fonds de terre, et2OOO00fr. de meubles et de bijoux. Le surintendant, malgré toutes ces largesses n'en laissa pas moins à sa mort 700 000 livres de
rente *.
Son petit-fils, s'il n'était pas gentilhomme, pouvait s*appuyer d'une grande fortune et d'une illustre parenté : il avait pour tante la maréchale de la Mothe, et pour cousines germaines les trois filles de la maréchale, les duchesses d'Aumont, de Yentadour et de la Ferté. Il fut d'abord d'épée, comme son cadet, Fervaques, mais sans vocation bien marquée. « Un jour, à la tranchée, on s'aperçut qu'il ne mangeait point; on 1*en pressa; il répondit plaisamment qu'il ne mangeait jamais qu'il ne fût sûr de la digestion. » La peur qu'il avouait avec celte franchise ne lui fit commettre aucun acte déshonorant, et à la fin de la campagne il quitta le service avec l'estime de ses camarades. Sou père avait vendu sa charge de président à mortier; il en prit une de conseiller au parlement de Metz, mais il la garda peu de temps et acheta pour 50000 écus la charge de prévôt de Paris, à l'ombre de laquelle il put reprendre Tépée et la porter à Paris et à Versailles*.
L'orgueil de M"' de Bullion n'était qu'à demi satisfait: elle paraissait à la cour, elle n'était pas de la cour ; il y avait là une nuance qui faisait son désespoir. Elle s'applique à la faire disparaître : elle se mêle, elle s'attache aux femmes de qualité, ne bouge de chez la maréchale de la Mothe et de chez ses tilles. Un violent désir l'obsédait depuis de longues années, c'était d'entrer dans les carrosses de Monsieur et de Madame, dont M^Ma duchesse de Ventadour était la dame d'honneur, et de mangera leur table : elle supplie sa cousine de lui faire obtenir cette grâce, et son désir s'iiTitant des difficultés qu'elle rencontre, elle lui promet, en cas de succès, une somme fort ronde. M""* de Ventapour fut tentée ; elle demanda à Madame la permission de s'enrichir à si peu de frais, et M"* de Bullion put enfin une