‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 242 sur 318 · Mathieu Marais, t. III, p · texte numérisé non relu

Mathieu Marais, t. III, p

Les secondes noces étaient la consolation des vanités froissées par une première alliance^ avec la robe, et M""' Bouchu n'en avait pas donné le premier exemple. Une fille d'une naissance, il est vrai, plus brillante que M"® Rouillé, la fille du secrétaire d'État Chavigny, veuve de M. Brûlard, premier président du parlement de Bourgogne, épouse le duc de Choiseul, et prend le pas sur sa sœur, la maréchale de Clérembault. Le duc de Choiseul était aussi un veuf; il avait épousé en 1681, séduit par ses attraits. M"® la Baume le Blanc, nièce de M"® de la Vallière, qui n'avait pas la moitié de son âge et qui ne se montra que trop sensible à l'amour de plus jeunes cavaliers. Excellent homme de guerre, mais aveugle mari, il fallut, pour qu'il vît enfin clair, que le roi, prêta faire une promotion de maréchaux, le mît en demeure de renoncer au bâton ou de renvoyer sa femme. M. de Choiseul bien averti cette fois, mais indigné qu'on mît à ce prix la récompense de ses services, refusa le bâton et garda sa femme ; sacrifice inutile : l'incorrigible duchesse en fit tant qu'il dut la chasser peu après et sans compensation (1693). Cinq ans plus tard, elle mourait épuisée, à la fleur de son âge. Sa chute avait été rapide et profonde ; elle avait achevé de déshonorer sa beauté, son charmant esprit, et « en était tombée jusques dans le mépris de ses amants ». Son mari ne voulut pas même la voir à sa mort. L'année suivante, il contractait un second mariage pour soulager sa pauvreté sans troubler son repos : la présidente Brûlard avait cinquante ans et 46000 livres de rente.

La fille du premier lit de la nouvelle duchesse de Choiseul, soutenue de ses grands biens et du second mariage de sa mère, était désormais promise à de grandes alliances. Elle épouse en 1704 le fils du duc de Charost, perd son mari à Malplaquet (1709), et après un long veuvage se remarie, à quarante-huit ans, au petit-fils de Dangeau, au duc de Luynes, qui n'en avait que trente-sept (1733).

Une fille de robe succédait à la petite-fille du comte de Soissons et du maréchal de Luxembourg, et même elle devenait, en 1735, dame d'honneur de la reine de France.

Une autre fille de Chavigny dut considérer d'un œil jaloux les secondes noces de sa sœur la duchesse de Choiseul, car elle fut et resta toute sa vie la femme de M. de Bosmelet, président

4R LA ftOKE.

à mortior da putement de Rouen, te neoaleil qa^à M»im- Tée à Rouen, el.e alfeclait de donner à tons les pasim. Gomme on admirait m charité : c Ce n'est pas eeb, viponttelle, cTest de peur de relaser ranmâne à qodqoes panais de M. de Bosmdet, sans le savoir. » Elle se eonaoln de an médbcriié par rédalant éiablisscmmt de sa fille. IP* de Booafrlet, farte d'âne dot de AOOOOO livres éL d'espérances an moiat ^ales à ce chifte, époosa le fils da doc de la Force; ILdsk Force obtint en même tonpsda roi la permission de céder son 'dachéà son fils'.

L*impertinente bonlade de M"* de Bo6melet,quin*teit apiès toot qa'one fille de secrétaire d'Étal, nous donne nne idée des sentiments qœ les filles yniment bien nées devaient poits dans loin alliances avec la robe. Telle praid des airs «le vie* time; telle autre, tradaisant son dédain soos nne fimne moins mâanoofiqae, cherche an contraire les agréables passe4emps, et traite son roUn de mari avec mie liberté plus que familière; s'il arrive qae les Ages diffèrent entant que les haUtudes» ona de véritables ménages de comédie qai fcmtla joiedeTalkmant des Réanx etromement de ses historiettes : td fat le ménage d'an vénérable ccmsdlleraa Pàriement, M. de Ghamprond.

M. de Ghamprond fait à quatre-vingts ans la sottise d'épooser en troisièmes noces ht jolie fille du marquis de Dampienne. Une sage régularité régnait dans sa maison : on y sonpait à sept heures, on s'y couchait à huit ; M"* de Dampierre à d'autres goûts, et elle les satisfait sans contrarier ceux de son mari. Elle soupe à sept heures, se couche à huit, se relèye à neuf, et ne vient se remettre au lit qu'à cinq heures du matin. Lorsque le conseiller se lève à son tour pour aller au Palais, il recommande à ses gens de ne pas troubler Texcellent sommeil de sa femme. Bientôt M"** de Ghamprond prend sa sœur cadette avec elle, et il faut, bon gré mal gré, que le conseiller s'accommode de ce surcroît de charges. Les visites deviennent peu à peu plus nombreuses et plus brillantes ; le conseiller s'émeut, mais on lui prouve que cette cadette n*a pas d'autre moyen de faire un mariage sortable, et il laisse le

1. Saint-Simon, t. I, p. 25, 385; ^U II, p. 8; t. III, p. iSi. ~ Addition à Dangeau, 15 juin 1698.

champ libre aux visiteurs sans se demander à laquelle des deux sœurs ils en veulent. On le travaille si bien, qu'avant de mourir, outre les grands avantages qu'il fait à sa femme, il assure une dot à cette petite belle-sœur qui lui était particulièrement odieuse.

Les Mémoires de Saint-Simon n'enregistrent qu'un assez petit nombre de mésalliances de cette sorte. Quand les seigneurs se marient dans des familles de robe, l'origine de la femme disparaît sous le nom et le titre du mari, mais on comprend que la noblesse éprouve un froissement autrement pénible lorsque ce sont ses filles qui se mésallient ; il faut, pour la décider à de pareilles unions, la fortune et l'éclat de la première magistrature, l'attrait des personnes, ou bien encore des services militaires effaçant chez les descendants des « robins » la marque du métier paternel.

La princesse d'Espinoy, née Rohan-^- Chabot, sœur de M"" de Soubise et de Coetquen, épouse en secondes noces Pelletier deSousy, mais elle ne déclare pas son mariage, quoique personne ne le mette en doute. L'intérêt l'avait d'abord rapPprochée de Pelletier, intendant de la province de Flandre, où elle devait souvent résider pour administrer les biens de ses enfants; l'amitié suivit les services rendus et l'amour enfin succéda à l'amitié.

Talllemant raconte que M"** du Tillet, si célèbre par la franchise caustique de ses propos, allant voir la veuve de M. de Termes qui s'était récemment remariée par amour avec M. Vigne, premier président du parlement de Metz, affecta d'ignorer cette seconde alliance, et eut avec elle le dialogue suivant :

Que veulent dire vos gens, madame ma mie ? ils vous appellent M"** Vigne ; vous avez un beau et bon nom, pourquoy ne vous appellentils pas M™Me Termes? — c Hé ! mademoiselle,» dit Tautre, « c'est que j'ay espousé M. le président Vigne. — Jésus ! ma mie, que dites-vous là? > reprit-elle; € si vous aimiez ce garçon, eh bien ! ne pouviez-vous pas en passer votre envie? Dieu pardonne, madame ma mie; mais les hommes ne pardonnent point ^ »

1. Tallemanty 1. 1, p. 74; t. VI, p. 458. — M"« du Tillet était ÛUe de Jean du Tillet, greflier en chef du parlement de Paris ; elle était arrivée, à force d'esprit, à s*assurer les bonnes grâces et la confiance de Marie de Médicis.

Mi LA ROBE.

Entre le défi jeté au préjugé par M"* de Termes, et la conduite effrontée ironiquement conseillée par W^ du Tillet, la princesse d^Espinoy avait pris un tiers parti : un mariage secret contentait son cœur en épargnant son amour-propre el celui de ses enfants : ces derniers vécurent en parfait accord avec ceux que M. Pelletier avait eus d'une première alliance *.

La S(imr cadette du comte et du maréchal de Ghâtillon accepte Coigny pour époux, quoiqu'il descende de juges de Basse-Normandie, mais il était déjà décrassé par la carrière des armes, et elle n'avait pas un sou vaillant. Il avait du talent et du cœur; il devint lieutenant général, toucha presque au bâton, et vécut avec ses beaux- frères dans une respectueuse intimité. Pour se rendre tout à fait digne de leur alliance, il acheta les terres et prit le nom des Franquetot, une ancienne famille de Normandie qui s'éteignait fort à point pour l'anoblir. Nulle fraude d'ailleurs en cette substitution, dûment autorisée par lettres patentes qu'enregistra le parlement de Rouen, mais il y avait des chances pour qu'elle échappât, sinon aux Saint- Simon et autres fureteurs de registres, du moins au • gros du monde. Guillot, son ancien nom, prétait à rire; le nouveau commandait le respect. Le fils alla plus loin encore que le père, jusqu'au bâton de maréchal, et au titre de duc de Franquetot. Une grande alliance venant à propos étayer un solide mérite avait mis les descendants d'avocats et de procureurs du roi sur le chemin de la plus haute fortune ^.

M""^ de Molteville avait fait un mariage tristement raisonnable : elle avait épousé à dix-huit ans le premier président de la chambre des comptes de Normandie, M. deMotleville, qui en avait quatre-vingts, et qui convolait en troisièmes noces, mais sa noblesse était mince ; son père, Pierre Berlaut, gentilhomme ordinaire de la Chambre, était mort; Richelieu la voyait d'un œil déliant, à cause de l'amitié que la reine témoignait à sa mère ^, et elle n'avait d'autre bien que sa beauté et sa réputation. L'intérêt cependant ne la détermina point à profiter des avantages qu'on pouvait et qu'on voulait lui faire ; elle ne paraît

Page 1