Satires, I
Jean Rémi Hénault, mon père, avait été fermier général ; il avait la confiance de M. de Pontchartrain, contrôleur général, et il ne tint pas à lui que son successeur, M. de Cbamillart, qui Taimaît beaucoup et qui lui avait abandonné le détail de ses fermes, n'acceptât pas la place de secrétaire d'État de la guerre. Sa place de ferîmier général n'était pas alors si lucrative qu'elle l'est devenue depuis ; les fortunes étaient iiornées, mais la considération n'était peut-être pas moindre. On con^ fond tout cela sous le titre de gens d'affaires, mais tous les états ont leur nuance.
Le président connaît les côtés faibles de cette profession , et il a le désir bien naturel chez un magistrat savant et lettré d*y relever encore une autre nuance à Thonneur de sa famille, et de se persuader que son père était à la fois fermier général et homme d'esprit. Il a fait, il est vrai, campagne avec Subligny contre Racine, mais il était si étroitement lié avec les Corneille ! S'il faut laisser Pierre Corneille à Montauron, Thomas revient à Jean-Remi Hénault, qui a reçu de ses lettres, et après sa mort a recueilli sa tille, veuve de M. de Marsilly, enseigne des gardes du corps, tué au combat de Leuze. Il s'est intéressé au théâtre sous toutes ses formes, à la comédie comme à la tragédie, et peut même revendiquer quelque chose dans Tœuvre de Molière : c'est la robe de chambre et le bonnet de nuit dont s'affublait le malade imaginaire. Il les tenait de M. Foucault, son parent, le père chagrin et morose de l'implacable persécuteur des protestants, et il en avait fait don au poète *.
La fille unique de Rémi Hénault, qui joignait une belle dot à un mérite agréable et solide, avait épousé le comte de Jonsac, fils du lieutenant général d'Aubeterre, et son frère suit avec complaisance la brillante destinée de ses enfants et petitsenfants alliés aux Seignelay, aux Thiange, aux Nicolaï. Il passe plus rapidement sur les Montargis, et se détourne vers ses alliés les d'Arpajon, dont la fille épousa le fils aîné du duc de Noailles. Le Bas de Montargis et la maréchale, que nous avons montrée gouvernant la florissante tribu des Noailles, se trouvèrent avoir une petite-fille commune, et le président ajoute que la maréchale voyait en elle celle qui devait la remplacer.
Cette comtesse de Noailles reçut en se mariant un honneur extraordinaire. Le duc d'Arpajon avait au siècle précédent levé