Lettre du U mars 1G
ration des grands services que les cardinaux de Richelieu et de Mazarin avaient rendus à l'État t>. Ainsi d'indignes arrièreneveux allaient gaspillant la gloire de ces grands noms, et ne songeaient qu'à en faire la rançon de leurs folies. Quant au père de M"*" de Mazarin, s'il avait l'imagination la plus chaste et la conscience la plus timorée du royaume, il était aussi le plus ridicule des grands seigneurs par l'excès puéril de ses vertus et par la faiblesse versatile de son humeur. 11 n'était compté, ni à la cour, ni chez lui Sa femme, ses enfants, lui échappaient. Sa femme se sauvait à Londres pour ne plus le voir, et quand on voulait la rapprocher de lui, elle répétait gaiement le cri de la Fronde : c Point de Mazarin, point de Mazarin ^ ». Sa fille, tandis qu'il demandait à Dieu dans de pieuses retraites si elle était faite ou non pour le mariage, mettait un terme à ses incertitudes en passant par-dessus les murs du couvent pour épouser son séducteur *.
Il n'était pas jusqu'au mariage de son fils unique qui ne divertît la cour aux dépens de sa pauvre cervelle^ Ce jeune homme, à peine âgé de dix-neuf ans, faisait ses exercices à Besançon, où commandait le maréchal de Duras. Le maréchal, en bon père de famille, voulut se l'assurer pour gendre avant qu'il parût à la cour, et fit si bien circonvenir le père, qu'il obtint son consentement. M. de Mazarin donnait à son fils le duché de la Meilleraye et le bailliage de Haguenau. M. de Duras qui ne tenait pas à s'incommoder, et savait son gendre riche pour deux, assurait à sa fille 100000 écus payables en neuf ans. Le contrat fut signé par le roi, les bans publiés : tout à coup M. de Mazarin fut pris d'hésitations, demanda un délai, allégua un procès dont il voulait attendre le dénoùment, et s'en alla en Bretagne assister aux noces de la fille de son écuyer. Les Duras le laissèrent dire et faire, et, tandis qu'il mariait en Bretagne la fille de son écuyer, ils lui marièrent tranquillement son fils en Franche-Comté. Le maréchal de Lorges n'eut que la peine de donner au roi quelques explications ; il allégua l'état avancé des choses, montra une lettre de M. de Mazarin à l'archevêque de Besançon où il expri-