‹ Les mariages dans l'ancienne société françaiseChapitre 95 sur 318 · Tallemant, t. Il, Louis treiiiesme · texte numérisé non relu

Tallemant, t. Il, Louis treiiiesme

2. Le père de Fauteur des Mémoires sortait d'une branche cadette (la branche de Rasse) de la maison de Rouvroy Saint-Simon. Mathieu de Rouvroy, le plus ancien de cette race qui fût authentiquement connu, avait épousé vers 1332 la dame de Saint-Simon, descendante, prétendait-on, des comtes de Vermandois. Rouvroy et Saint-Simon sont deux villages situés aux environs de Saint-Quentin. (Voyez Notice sur la vie et les Mémoires de Saint-SimOHy par Chéruel.)

Fronde ^ en repoussant avec mépris les oiïres de TEspaj en se ruinant pour équiper et défrayer, dix-huit mois durac^i la garnison de sa ciUdelle de Blaye, enfin en exaltant toute ^s?a vie la mémoire et le règne de son bienfaiteur avec une adnM/ration fanatique qui passa jusque dans l'âme de son fils. Plû( à Dieu que la faveur des rois de France ne se fût jamais égarée sur de plus indignes sujets !

Un duc et pair ne gardait pas le célibat. Claude de Saint- Simon se maria deux fois, et chaque fois il sut, chose rare^ concilier ce qu'exigeaient la dignité et l'intérêt de sa maison avec le choix d'une compagne aimable et sûre. Son frère avait épousé la sœur du duc d'Uzès, veuve de M. de Portes, du nom de Budos, vice-amiral, chevalier de l'Ordre, frère de la connétable de Montmorency, grand'naère de Condé. Il n'avait pas eu d'enfants, mais sa femme avait deux filles du premier lit, « une Lia et une Rachel. L'aînée était également laide, méchante, glorieuse, artificieuse; la cadette, belle et agréable au possible, avec une douceur, une bonté, et des agréments qui ne firent que rehausser sa vertu et qui la firent aimer de tout le monde. t> Le duc de Saint-Simon choisit la cadette et joignit à rhonneur d'épouser la tante à la mode de Bretagne des princes de Condé, de Conti, et de M™' de Longueville, l'avantage de posséder une femme charmante et fidèle.

C'est de cette union que naquit cette belle, spirituelle et coquette M"* de Brissac, la duchesse la plus agressive de la cour, mais pas seulement dans le même sens que son frère, l'auteur des Mémoires. Personne n'échappait au feu de ses regards. Elle tirait sur tout, sans distinction et sans choix, tantôt sur des princes du sang, tantôt sur des moines sans défense. M"* de Sévigné, qui s'amusait à suivre ses ravages, vit un jour de ses propres yeux flamber un Célestin *. Avide d'hommages, elle faisait dans la belle saison ses provisions d'hiver; en 1672, elles'étaitassuré une réserve d'adorateurs, la fine fleur de la galanterie, M. de Longueville (le comte de Saint-

1 . Il faut cependant reconnaître, quoique Saint-Simon s*en taise, que la fidélité de son père fut quelque temps au moins hésitante entre Mazarin et la faction des princes, comme l'atteste sa correspondance autograpiie. (Voyez la Notice sur la vie et les Mémoires du duc de Saint-Simon, par Chéruel.)

Page 1