AVANT-PROPOS. XIII
mon livre est encore sous presse, puisque le manuscrit n'est pas même achevé?
< Qui a donc le droit de s'ériger en juge d'une œuvre quelconque sans la connaître, sans avoir pu la lire?
< Ma préface, la seule partie du roman publiée est là; tout le monde Ta lue; qui peut y signaler un seul fait, un seul mot obscène ou immoral ?
« J'ai, dit-on, dévoilé des mystères?
c Certes, l'immoralité que je me propose de flétrir se rencontre parfois ici-bas, et je n'écris pas pour le monde de la lune; il est donc possible que quelqu'un ait cru se reconnaître dans le portrait des personnages de fantaisie indiqués dans ma préface.
c Mais franchement, est-ce ma faute?
c Si la ressemblance, en supposant qu'elle existe, n'est pas remarquée, ceux qui se croient frappés n'ont qu'à se taire et le mystère ne sera pas dévoilé.
« Si, au contraire, le public la signale, c'est que le prétendu mystère n'avait rien de mystérieux.
c Dans ces deux cas, le livre n'est-il pas innocent du reproche préventif qu'on lui adresse?
« D'ailleurs, ne serait-il plus même permis de ridiculiser les vices et les crimes, par la crainte de voir les vicieux et les criminels se croire personnellement offensés?
c Singulière liberté! heureux criminels! pauvres écrivains! »
Telles étaient les réflexions que je faisais à part moi, réflexions que, du reste, je crois assez justes.
ÎIV AYANT PRO^O».
Mais hélas i je n'avais pas songé que parmi les pern sonnes qui pouvaient craindre d'être flétries paii men livre, il se trouverait, peut-être, quelqu'un de ceux qu'on appelle les puissants d'iei-bas, puissants par leup position, leurs relations et leur fortune.
Eh bien, c'est, à ce qu'il parait, ce qui a eu lieu, et le roman que je me proposais de publier pouvait, m'assure-ton, s'appliquer directement à quelques-uns de ces êtres privilégiés qui, loin d'être déshonorés par rinfan^ie, ont 1^ pouvoir de faire honorer rin*-. famie.
Aussi qu'est-il arrivé? Un mol d'ordre fut donné, et les injures, les outrages et les calom^nies s'élevèrent, comme par enchantement, contre un ouvrage que personne ne ooAnaissait et dont il était, par conséquent, impossible d'apprécier la vs^leur ou la moralité.
On voulut, à tout prix, en empêcher la publication, et quelques journaux eurent le triste courage de m'accabler d'invectives, sans avoir ni l'audace ni la loyauté d'insérer dans leurs colonnes les rectifications que j'avais le droit d'exiger d'eux.
Je donne ici, dans cette post-préface, puisque je n'ai pas pu trouver un organe qui voulût, je ne dirai pas me défendre, mais accepter mes réclamations, je donne, dis-je, le démenti le plus formel à toutes Les calomnies dont j ai été la victime.
Chose digne de remarque, un petit journal littéraire, le Club^ m'avait accusée d'être l'auteur des Mémoires JHune femme d^ cheunbrel f^ voulu faire rectifier
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cetle «fiSrnlMioo aussi absurde que ridicule ; la direetion du journal était prête à accueillir mon démenti, quand un ordre supérieur, venu je ne sais d'où, mit un veto à la rectification-.
Je n'ai pas l'intention d'entrer dans tous les détails relatifs à cette persécution ; je me contenterai de citer un second fait qui ne manque pas d'une certaine importance : peu de jours après la publication de ma préface et précisément au moment où l'on répandait contre moi les bruits calomnieux que je viens .d'indiquer, j'envoyai par la poste, à mon éditeur, la dernière partie de mon roman que je m'étais empressée d'achever, parce que sa publication immédiate me paraissait être le moyen le plus propre à mettre un terme aux suppositions malveillantes dont il était l'objet.
J'attendis, mais en vain, un accusé de réception de la part démon éditeur. Hélas! il n'avait rien reçu. Le manuscrit avait disparu !...
Je renonce à faire le moindre commentaire sur cette mystérieuse dis()arition ; je me borne seulement à la signaler au public pour me justifier du retard que la publication de mon livre a dû subir.
Cette publication aura lieu prochainement; elle aura lieu malgré les obstacles qu'on lui a suscités et que l'on essaiera sans doute de lui susciter encore; elle aura lieu parce qu'il faut que le public impartial me juge ou me condamne en connaissance de cause.
Quant aux calomnies dont j'ai été victime, elles m'importent peu. La vérité a seule le privilège d^im-
Xn AVANT-PROPOS.
primer sur ceux qui la redoutent une tache ineffaçable.
14 mars 1865.
Marie IIattazzi.
Malgré tous les obstacles le livre paraîtra, disais-je. J'avais tort.
L'opinion, quand rien ne Téclaire, est facile à influencer.
Rappelez-vous le mot d'Henri Heine : c Qu'on fasse circuler ensemble une absurdité, une ineptie, une fausseté et une vérité, la vérité a graiid'chance d'arriver la dernière. »
Rappelez-vous encore cette vérité populaire : Qu'un cadavre soit exposé à la morgue, il se présentera dix personnes qui toutes prétendront reconnaître dans le mort quelqu'un qu'elles auront perdu. Les Tartuffes du temps de Molière voulaient de même se reconnaître dans son immortelle comédie. Les Madame Marneffes contemporaines se sont ruées à Tenvi sur nous, et ce seul point de parenté avec Balzac a de quoi nous rendre fière. Il nous semblait impossible, nous l'avouons, qu'aucune femme, si perdue qu'elle fût, osât dire de l'héroïne de notre préface : c'est moi!...
Il paraît qu'il s'en est trouvé !
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On déeida que mon volume ne paraîtrait pas.
D*abord, on employa les petits moyens :
Je fus menacée de brochures, de pamphlets, de libelles; on fit appel à l'auteur anonyme d'un livre immonde intitulé les Femmes galantes des Napoléons et les amours de Napoléon III, et dans lequel, au milieu de gens fort étonnés de se trouver réunis ensemble, on injurie à Tenvi la reine de Naples, le cardinal Morlot, toute la famille impériale de France, etc., etc., et enfin l'auteur lui-même, fort surpris de se trouver compris, mêlé, confondu, lui obscur et jaloux de son obscurité, dans les outrages déversés sur tant de hauts et puissants personnages avec lesquels il se trouve associé, on ne sait ni pourquoi ni comment.
C'était me connaître bien peu que de mettre en avant de pareils moyens ! . . . Convaincue d'avoir fait une œuvre morale, pleine de foi dans la justice de ma cause, je ne voulais pas douter que les honnêtes gens$ un instant trompés par des manœuvres indignes et des rapports mensongers ne revinssent, après avoir lu mon livre, en connaissance de cause, de bonne foi, à des sentiments d'impartialité et de sympathie.
récrivis à M. Dentu pour presser l'apparition du livre.
Ici mille pelils embarras dont je n'ose rechercher la cause : tantôt M. Dentu prend un prétexte, tantôt il en prend un autre, pour ne publier le livre que la semaine ou le mois suivant ; c'est une épreuve qui s'est perdue en route; c'est une erreur.de date dans un chapitre;
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c'est la suppressfondequelqueËi Ugnesquî foili lôtagiidur dans un autre; c'est une menace qu'on disait venue de la préfecture de police : on saisira le livre arbit)rai^ement, sans motif a Voué, sans procès à venir, etc., etCà M. bentu, effrayé, hésite. Il veut réfléchir. Je le mets en demeure de faire paraître le volume ou de me rendre le manuscrit. Il joint son bon à tirer au mien... Enfin le livre va paraître, — après un an !
Pour l'arrêter, on avait essayé de tous les Inoyeiis :
On avait abusé l'opinion ;
Imposé silence aux journaux ;
Payé des pamphlétaires;
Intimidé un éditeur;
Tout cela en vain.
Que faire?
On s'adressa à la justice.
Oh ! pas de procès, cependant i on n'en voulait pas.
Mais des menaces : M. Dentu et son imprimeur» Simon Raçon, se dirent mandés au parquet.
Là un magistrat osa leur dire, affirment-ils : « Si le livre parait, nous le poursuivrons et nous vous condamnerons au maximum de la peine! »
Des poursuites ! Pourquoi ? La peine! Quelle pekie?
On ne daigna pas leur expliquer le mystère.
En présence del'énormité du fait, j'avoue que j'aime à en douter, à croire à un malentendu.
Bref, l'imprimeur eut peur ou fit semblant d'avoir peur de perdre «m brevet ; il refusa de livrer les feuille