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Revue du clergé français, p

Ces objections pourraient être aussi justement adressées aux travaux et à la méthode de Le Play.

culables maux, de multiples réactions pathologiques et dégénérescences. En scrutant les faits, on échappe au péril de méconnaître les lois et de verser dans l'arbitraire ou de spéculer dans le vide. La constatation des faits met un terme à d'abondantes discussions oiseuses qui s'éternisaient sans profit. Mainte querelle d'école n'avait d'autre origine que l'ignorance de la réalité. La détermination du contenu du réel résout la controverse ou s'oppose à l'éclosion de vaines disputes. De même que dans les sciences naturelles, le fait rapporté par le témoin a la valeur d'un témoignage : cela est parce que je l'ai vu et que tout autre observateur peut le voir à son tour. Ce témoignage enveloppe une certitude qui clôt tout débat. En travaillant sur ces faits, l'esprit s'élève aux formules qui expriment tout l'intelligible que récèle l'expérience. Lorsque le rationnel demeure en liaison intime avec les données des sens, il y a grande chance pour que s'édifie une doctrine adéquate au réel. H ne faut pas confondre l'utilité de la méthode concrète avec le besoin de certains esprits de voir, pour la comprendre, de l'économie politique en images ou en action.

L'abus de l'idéalisme et les inconvénients qui en découlent ont amené, au début de ce siècle, une réaction en faveur de l'étude des réalités. L'analyse directe du réel apparaît ainsi, à tout le moins, comme une méthode de circonstance, mais enfin comme une méthode. L'aveu en échappe au criti-

que lorsqu'il reconnaît qu'il s'agit là de « recherches » et de recherches utiles : « l'utilité de telles recherches est indiscutable ». Pourquoi sinon parce qu'elle donne des résultats que ne donnent pas d'autres recherches ? Mais les recherches se différencient par les procédés qu'elles mettent en œuvre. Comment le critique pensait donc écrire, quelques lignes plus bas, qu'il ne s'agit « pas précisément d'une méthode nouvelle d'investigation..., mais d'une méthode d'exposition »? Un procédé de « recherches » ne diffère pas d'une « méthode d'investigation ». Entreprendre une série de recherches inspirées par certains principes etsoumises à certaines règles, cela s'appelle appliquer une « méthode d'investigation ».

Que certains esprits, rebelles à d'autres méthodes, se montrent plus facilement accessibles au genre de démonstration que l'usage de cette méthode-ci implique, il est possible et même certain : c'est le propre de toute méthode, quelle qu'elle soit, de plaire davantage aux uns et de moins convenir aux autres, de montrer pour ceux-ci plus et pour ceux-là moins d'efficacité. Mais cette considération de convenance personnelle demeure tout à fait indifférente à la question de savoir s'il s'agit ou non d'une méthode d'investigation ou seulement d'exposition.

On pourrait même contester, en l'espèce, la valeur d'une telle distinction : exposer, n'est-ce pas essentiellement exposer une recherche et donc

recommencer, oralement ou par écrit, cette recherche ? L'exposition, c'est le récit de la recherche, la répétition verbale des phrases de la recherche. Si donc un certain mode d'exposition d'un problème a pour effet de produire la conviction dans un certain nombre d'esprits rebelles aux modes d'expositions antérieurement connus, cela ne peut s'expliquer que parce que les aspects, déjà vainement mis en lumière, du problème s'enrichissent d'aspects nouveaux capables de persuader. Et si la découverte de ces nouveaux éléments de solution et de conviction constitue une acquisition, les moyens nouveaux de réaliser cette acquisition constituent une méthode, et une méthode nouvelle, d'investigation et de découverte.

Bien plus. On peut se demander, indépendamment de l'espèce considérée, s'il existe jamais de différence substantielle entre la méthode de recherche et la méthode d'exposition, si celle-ci ne se borne pas à toujours refléter celle-là. Même ceux qui dénient toute valeur, comme moyen de recherche, à la scolastique, lui reconnaissent une valeur comme moyen d'exposition. Mais avouer qu'elle vaut pour enseigner, n'est-ce pas avouer qu'elle vaut pour découvrir ? Plusieursbiologistes, à la suite de M. Houssay, ne voient, dans l'hypothèse de l'évolution transformiste, qu'une bonne méthode pédagogique, mais aussi et du même coup la considèrent comme une méthode féconde de recherche.

Si la recherche concrète, en science sociale, est bien une méthode concrète de recherche, faudrat-il la considérer seulement comme une méthode de circonstance, ou bien comme une méthode dont l'utilité serait permanente?

L'étude des réalités expérimentales est inséparable de l'usage d'une méthode expérimentale. Les faits, par définition, ne sont pas des réalités abstraites, mais concrètes : ils sont donnés à nos sens et non à notre raison; notre sensibilité .les saisit, et non pas notre pensée si ce n'est au travers de notre sensibilité. Si notre jugement peut s'exercer sur les faits, nos sens, d'abord, doivent les recueillir ; et si notre jugement inspire déjà ce travail de nos sens, le fruit de leur travail inspire ensuite notre jugement. Donc, dans l'étude des faits, l'expérience conserve une valeur permanente, non seulement pour les enseigner, mais aussi et d'abord pour les découvrir. Elle permet, en outre, d'en déterminer la signification en nous conduisant jusqu'aux principes directeurs de l'expérience : ces principes étant enveloppés dans les foits dont ils règlent le déroulement, l'analyse des faits révèle nécessairement les lois auxquelles ils sont assujettis.

Assurément je n'entends pas qu'il soit nécessaire de chercher à atteindre à des conclusions certaines uniquement par cette voie expérimentale que j'ai cru pouvoir appeler la méthode concrète : il existe d'autres procédés expérimentaux

et qui peuvent être plus féconds. Il n'y aura pas moindre intérêt, d'autre part, à continuer de recourir, même pour l'étude des choses de l'expérience, aux différentes méthodes a priori : l'idée et le fait, l'esprit et les choses, n'étant point séparés dans la réalité, doivent se rejoindre dans l'étude et les méthodes d'étude de l'abstrait et du concret. Les principes ne sont pas en un lieu et les faits en un autre ; les lois pénètrent le réel et le soulèvent; l'analyse du réel décèle la présence et révèle la signification des lois, comme une analyse des principes universels peut aussi conduire à une certaine connaissance des réalités. Les lois ne sont-elles pas des réalités de fait ? et les faits n'expriment-ils pas la présence et le sens des lois ? L'étude du réel peut donc à la fois se poursuivre déductivement en passant de l'abstrait au concret et inductivement en passant du concret à l'abstrait. J'ai précédemment pris fort nettement position en ce sens en affirmant que toutes les méthodes étaient d'un légitime et fructueux emploi, chacune d'elles d'ailleurs ne donnant que ce qu'elle peut donner; l'importance des résultats diffère sans que pour cela le recours au moyen de les obtenir cesse d'être nécessaire. J'ajoutais que l'utilité de l'application de ces méthodes variées est d'autant plus grande que leur usage, en permettant d'aboutir à d'identiques conclusions par des voies très différentes, leur apporte le prix exceptionnel d'une multiple vérification. La riche

complexité des phénomènes sociaux exige qu'on l'assiège de toutes parts et qu'on tente de la pénétrer et de la réduire par tous les moyens.

La méthode concrète une fois retenue comme l'une des méthodes expérimentales d'investigation et d'exposition scientifiques, on peut résoudre aisément la difficulté soulevée relativement à la notation et à la publication de certains faits qu'il serait intolérable de retenir s'ils n'étaient destinés qu'à des ouvrages de vulgarisation à l'usage de la jeunesse.

« Nous regrettons vivement, écrit M, Calippe, « que l'auteur ait cru devoir, par un scrupule « assurément excessif d'objectivité, reproduire « textuellement, ou à peu près, des blasphèmes « ou des obscénités choquantes qui empêchent de « mettre ses livres en n'importe quelles mains. « La préoccupation de faire une œuvre « scienti- « fique » l'a empêché d'apercevoir le point de vue « plus pratique que nous envisageons ici, parce « qu'il nous semble pour ainsi dire le seul qui, « dans cette entreprise, mérite d'être retenu (i). »

Si l'étude de l'action corruptrice d'un système politique et économique donné offre quelque intérêt, il est tout à fait vain de l'entreprendre avec l'intention de se borner à signaler en termes géné-

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