I . C'est ce que fait actuellement l'abbé Platau
santé enseigne : Coopérative de la Batellerie belge et de la Batellerie française...
» La libre pensée, la persécution, les tentations, les suggestions detoutes sortes n'étaient pas le seul ennemi qu'il (le curé de l'Ile Saint-Denis) eût à combattre. Il rencontrait aussi, presque à chaque pas, les plus singulières superstitions, les plus insensées et les plus extraordinaires, les plus invétérées et les plus tenaces'... » Par exemple, après Pâques, une jeune fille vient lui demander un des clous du cierge pascal afm que se réalise le mariage qu'ellesouhaite.Elle n accomplissait d'ailleurs jamais aucun devoir religieux régulier, mais elle pratiquait fidèlement une dévotion individuelle,le chemin de croix, chaque vendredi, dans une église. «Dans toutes les circonstances de leur vie, rien n'est plus fréquent, chez les mariniers, que le recours à des talismans ou des conjurations dont ils conservent les formules dans des ouvrages clandestinement imprimés ou recopiés par eux à la main sur des cahiers *. » Talmeyr cite la conjura-
tion contre l'entorse, la conjuration en vue du mariage. « La croyance aux sorts se retrouve dnns toutes les campagnes, mais ne sévit nulle part comme parmi les mariniers *. »
Les deux soeurs de Cluny font le catéchisme aux enfants qu'elles vont chercher sur les bateaux. « Les deux saintes filles, depuis la persécution, logent au fond d'une impasse, chacune dans sa mansarde, sous les combles d'un bâtiment... Un lit-cnge relevé et poussé dans un coin, un mauvais meuble à côté et un crucifix sur le mur, sous la lucarne du toit, c'est tout ce que pourrait voir, chez l'une ou l'autre, le commissaire qui viendrait perquisitionner... ' »
« L'une d'elles, une année, sur plus de 8.000 bateaux, n'en rencontra que deux où elle ne trouva pas de sympathie. Malgré tout, cependant, elles doivent quelquefois renoncer à leurs visites. Le monde des débardeurs et des forts est souvent mêlé de ces malfaiteurs et de ces brutes parmi lesquels se recrutaient déjà autrefois les massacreurs de la
Révolution, et, là où ils sont trop en nombre, à certains moments ou dans certains quartiers, la sœur ne doit pas songera approcher. Dans ces cas-là, seulement, par un hasard singulier, elle est toujours prévenue à temps. Il se trouve toujours là quelqu'un... pour lui dire, en l'apercevant : Ma sœur, ne venez pas par ici...' »
Le curé de l'Ile Saint-Denis dit à M. Talmeyr: <n Personne ne se doute qu'il puisse exister à Paris une population aussi bonne et aussi naïve dans sa bonté. En raison même de ces instincts ingénus etbons, on peut très facilement l'illusionner, et il ne manque pas, autour d'elle, d'agents et d'étrangers pour essayer de la pervertir... Elle a vraiment le fond chrétien et l'âme généreuse et saine. .. Vous pourrez juger combien ces gens du peuple sont souvent peu vulgaires. . . et combien, chez eux, l'âme est bonne...' »
Tandis que j'ai surtout vécu dans l'intimité des mariniers du Centre, l'étude de Talmeyr
porte principalement sur les mariniers du Nord. Elle peut se résumer ainsi: la population de mariniers de l'Ile Saint-Denis conserve un résidu de croyances chrétiennes fragmentaires, altérées et mêlées de superstitions ; malgré l'hostilité officielle, le manque d'hommes, la pénurie d'argent, l'action religieuse sur ces gens à l'âme « bonne, généreuse et saine », donne les meilleurs résultats.
Ces conclusions optimistes paraîtront peutêtre contraster avec l'impression plutôt pessimiste qui se dégage de mon étude concrète
L'opposition n'est qu'apparente entre des faits dont la réalité demeure. Elle s'explique, à la fois, parla différence entre les provinces du Nord demeurées assez généralement croyantes et les provinces du Centre ravagées par l'anticléricalisme, et par la différence de point de vue des observateurs. Les mariniers m'apparaissent comme ils sont et je les prends tels qu'ils m'apparaissent. Au prêtre informateur de Talmeyr, les mariniers apparaissent tels qu'ils désirent être, dans
leur effort pour devenir meilleurs et dans le succès qui couronne cet effort. Que beaucoup soient infériorisés, mais tous aisément capables de progrès rapides, cela tient à ce que, abaissés depuis peu de temps sous la pression de circonstances extérieures et générales, ils ont gardé assez de bon vouloir et de désir du bien pour demeurer susceptibles d'un prompt relèvement.